Initiative sur le mitage : une voie sans issue

Le 10 février prochain, les citoyennes et citoyens suisses sont appelés à se prononcer sur l’initiative des jeunes verts dite contre le mitage. Ce texte prévoit un gel des surfaces à bâtir en Suisse et nous mènerait droit dans une impasse concernant la mobilité et les infrastructures.

Avec leur texte, les initiants prétendent vouloir rapprocher les lieux de résidence des lieux de travail. Or, c’est tout le contraire qui se produirait à moyen terme. En effet, il est évident que le verrouillage complet des surfaces à bâtir prévu par l’initiative, ne prenant en compte ni la croissance démographique ni l’évolution des besoins socio-économiques de la population, aurait pour conséquence d’accroître rapidement la pression sur le logement dans les centres urbains. Cette hausse de la demande couplée aux coûts de la densification (reconstruction, rehaussement de bâtiments, etc.) engendrerait une hausse des loyers, ainsi qu’une augmentation des prix à la vente du terrain comme des biens immobiliers. De nombreuses personnes pourraient alors être tentées de s’éloigner des grandes villes pour diminuer leur loyer ou pour accéder à la propriété… même si cela implique de se déplacer davantage pour se rendre au travail, car les emplois se concentrent généralement dans les centres urbains et les grandes agglomérations.

Dans le même temps, la voiture deviendra de plus en plus automatisée et efficiente. De nouveaux services de mobilité partagées verront le jour, les véhicules autonomes permettront à davantage de personnes de se déplacer. Ces nouvelles technologies vont révolutionner les comportements, mais contrairement à ce que certains s’imaginent, elles ne vont pas diminuer la mobilité. Ces innovations se traduiront à moyen terme par une hausse d’environ 20% du trafic routier selon les premières études mandatées par l’Office fédéral du développement territorial (ARE). Dans ce contexte, garantir la fluidité du trafic constituera non seulement un véritable défi, mais c’est aussi indéniablement une partie de la solution pour réussir à densifier le milieu bâti de manière raisonnable et raisonnée.

Vous l’aurez compris, la densification vers l’intérieur nécessite une adaptation rapide de nos infrastructures – notamment routières – à l’évolution des besoins actuels et futurs. Des investissements importants dans les infrastructures de transport sont d’ailleurs planifiés dans le cadre du fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomérations (FORTA). Cependant, l’initiative des jeunes verts bloquerait ces aménagements pourtant indispensables pour adapter nos infrastructures de transport aux réalités du 21ème siècle. Ce texte nous précipiterait par conséquent dans une voie sans issue, car il créerait d’un côté une pression accrues sur nos réseaux d’infrastructures déjà surchargés, mais il ne laisserait de l’autre côté presque aucune possibilité de les adapter en conséquence. Cette volonté à peine masquée de décroissance est en parfaite contradiction avec le développement durable d’une Suisse prospère, dynamique et innovante.