Des syndicats qui paient pour des témoignages négatifs

Quelques petites lignes après un long moment d'absence pour revenir sur une institution qui me tient particulièrement à coeur. Je tombe sur un petit article dans la Tribune de Genève, signé Alain Jourdan, mettant en lumière les pratiques de syndicats consistant à payer des travailleurs pour obtenir des témoignages négatifs.

Ok il s'agit du Qatar et on sait que les travailleurs migrants ne sont pas forcément très bien traités, même si le gouvernement local fait d'immenses efforts pour se rapprocher des standards internationaux en la matière. Le fait d'attaquer le seul gouvernement de la région qui tente d'améliorer les conditions de travail de ses millions de travailleurs relève déjà d'une stupidité stratégique digne d'être relevée. Mais le faire dans un contexte tendu tant à l'interne où les conservateurs n'attendent que ce genre d'attaques pour démonter les progrès réalisés par le pouvoir en place qu'à l'international ou le pays en question est sujet à de nombreuses attaques sur des supposés rôles troubles joués dans leur soutient au terrorisme (tout en abritant la plus grande flotte de guerre américaine) est pour le moins idiot si comme pour tout syndicat qui se respecte, le sort et les conditions de vie des travailleurs sont le centre des préoccupations.

L'article de la Tribune de Genève à au moins le mérite de s'intéresser à des dérives particulièrement inquiétantes même s'il ne rends pas forcément hommage au contenu des documents sur lesquels il s'appuie. En effet, la réalité décrite par Sajeeva Reddy, Président du plus grand syndicat indien INTUC et membre du Directoire de l'ITUC, ou Confédération Syndicale Internationale, semble bien plus sordide.

M. Reddy indique comment une ONG basée à Bruxelles, nommée la World Solidarity Movement (WSM) a effectivement recruté des travailleurs népalais et indiens à leur retour du Qatar pour les persuader, contre paiements, de délivrer des témoignages négatifs sur leur séjour au Moyen orient. mais il va plus loin: le WSM était aidé par le GEFONT (l'antenne népalaise du ITUC aussi basé à Bruxelles) pour identifier les travailleurs, lesquels ont vu leurs témoignages publiés sur le site de l'ITUC en Europe.

Choqué par la pratique, M. Reddy a écrit un courrier à M. Guy Snyder, Directeur Général du BIT/ILO à Genève, pour demander des éclaircissements notamment quand au rôle joué par le WSM, le bras armé de l'ITUC. Il y mentionne également que le WSM a payé des sommes importantes (environ 300'000 EUR) tant au GEFONT, le syndicat népalais qu'au NDMW basé dans l'Etat du Tamil Nadu en Inde pour payer l'organisation de la récolte de témoignages et les personnes interviewvées qui ne se sont pas privées….quand 10 euros font une différence, on aurait tort de s'en priver et de leur jeter la pierre.

Cette lettre intervient dans un contexte tendu ou le Qatar est mis sur la sellette par le Comité du BIT/ILO et ces témoignages sont là expréssement pour apporter de l'eau au moulin des détracteurs du Qatar. On peut penser ce qu'on veut de ce petit pays, mais du point de vue de l'action syndicale proprement parler, sensée défendre et améliorer les droits des travailleurs, leurs conditions de travail et leurs qualité de vie, de telles actions sont non seulement malhonnêtes (témoignages payés) et maladroites. Comme nous l'avons mentionné ci-dessus, en affaiblissant les efforts du pouvoir en place au Qatar, ces initiatives, par leur virulence, leur inexactitude monomaniaque et leurs coups tordus et fausses informations renforcent les oppositions conservatrices, qui elles prônent clairement un retour à l'esclavage, une traitement très dur de tous les travailleurs migrants (cf. Arabie Saoudite), le tout mâtiné de soutiens internationaux à l'islam radical. C'est idiot, dangereux et contre productif, non seulement pour nous, ici en Europe occidentale, mais également pour les travailleurs eux-mêmes.

Enfin, lorsqu'on voit l'ensemble des budgets dépensés pour des campagnes d'attaques tous azimuts, contre la FIFA, contre l'UEFA, contre le Qatar, contre ci-contre ca, etc…produisant une ribambelle de rapports qui sortent sur le web et sur les journaux et font éventuellement beaucoup de bruit, on ne peut s'empêcher de constater que les syndicats ont voulu prendre la même direction "numérique" que bien des ONGs mais qu'ils ont oublié qu'elles sont des organsiations bien spéciales, avec une histoire et des objectifs bien spécifiques: défendre les droits des travailleurs et les améliorer. malgré cela, ces syndicats se comportent comme des ONGs et tombent dans les mêmes travers des ONGs de tous poil (ou de partis politiques) qui consiste à mesure l'efficaciter de leurs actions en nombre de tweets, d'abonnés ou de likes sur leurs pages Facebook ou même de "vus" sur internet. Est-ce que la situation des travailleurs migrants au Qatar s'améliore ? Oui, certainement, mais ce n'est certainement pas grâce à ces millions investis en campagnes internets par les syndicats occidentaux qui ne servent ainsi que la gloriole de leurs propres dirigeants et alimentent leur fond de commerce.

 

Nicolas Giannakopoulos

Nicolas Giannakopoulos

Nicolas Giannakopoulos est un des spécialistes reconnu internationalement dans le domaine des organisations et autres structures criminelles. Au travers des recherches qu’il mène depuis 1991, il a apporté le soin de concilier recherche et pratique, développant ainsi des compétences scientifiques dont l’utilité pratique est quasi immédiate.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *