Anti-puces familial

J’ai toujours eu des chats. Pas que je n’aime pas les chiens, mais en ville, c’est plus compliqué pour eux qui ont besoin d’espace.

Lors de notre premier rendez-vous chez le vétérinaire avec notre petite chatte québécoise, celui-ci nous a conseillé de lui appliquer un anti-puces tous les mois.

Ayant grandi à la campagne, et ayant toujours vu les chats de ferme se débrouiller sans cela, je n’ai pas donné suite.

Cela a changé avec notre deuxième chatte. Très vite, il s’est avéré qu’elle était allergique aux piqûres de puces. Elle a développé une dermatite et perdait ses poils sur les pattes. Il fallait alors lui faire des piqures d’antibiotiques.

Je me suis donc résolue à lui appliquer les pipettes vendues chez les vétérinaires, ce qu’elle détestait pas ailleurs cordialement.

C’est l’arrivée de notre fils qui m’a fait réfléchir un peu plus loin sur ce que je mettais dans notre appartement. En effet, le produit appliqué est censé être entrainé depuis l’endroit d’application sur tout le corps du chat et il y reste 1 mois. Or toute personne qui a déjà eu un chat sait que celui-ci se frotte constamment aux meubles, coins de portes et autres, pour marquer son territoire. Il semble donc assez logique que le produit en question soit aussi distribué dans tout l’appartement.

Mais qu’est-ce donc que ce produit? Il s’agit souvent d’un insecticide, le fipronil. Bien que neurotoxique, il est surtout actif contre les insectes, mais semble moins toxique pour les animaux à sang chaud.

Il reste que c’est un pesticide, qui est aussi utilisé dans l’agriculture, notamment pour la protection des semences. Il a également été mis en cause, au côté des néonicotinoïdes, dans la disparition des abeilles.

En cherchant dans la littérature, je n’ai pas trouvé beaucoup d’études sur la toxicité et l’écotoxicité du fipronil. Ce n’est malheureusement pas une substance à la mode comme le glyphosate.

Il a cependant fait l’objet d’un scandale sanitaire en Europe en 2017: “les oeufs au fipronil“. En effet, des poules pondeuses avaient été traitées illégalement contre le pou rouge aux Pays-Bas et en Belgique avec du fipronil. Des dizaines de millier d’oeufs furent contaminés et ont dû être éliminé. Mais le message des gouvernements, à l’époque, furent plutôt rassurants. Reste que ce produit a passé des plumes de la poule à l’intérieur de l’oeuf…ce qui n’est guère rassurant.

Le fipronil n’est pas le seul pesticide utilisé dans les anti-puces, on y trouve aussi de la perméthrine, très toxique pour les insectes et pour les amphibiens.

A part les chiens et les chats, les autres animaux peuvent aussi être traités. Le DEET, un répulsif développé pour la guerre du Vietnam, est communément utilisé dans les écuries et les étables. Il repousse les mouches et les taons. On le détecte d’ailleurs dans des concentrations assez élevées dans les cours d’eau suisse. De nouveau, il existe très peu d’études sur sa toxicité et son écotoxicité, ce qui fait que le DEET n’est pas un problème pour l’instant.

Mais revenons à notre anti-puces. Ayant regardé plus en détail la composition de la pipette en question, je l’ai bannie de notre appartement. Pour un bébé, qui passe son temps par terre, le risque lié à cette exposition continue me semblait déraisonnable. Mais je n’ai aucune étude pour le prouver…

Et notre chatte? Elle se porte très bien merci. Après avoir essayé des traitements alternatifs aux huiles essentielles (peu efficaces dans son cas), je lui ai donné un remède homéopatique que je donne aussi à mon fils lors d’épisodes de poux à l’école. Depuis plus rien. Mais c’est peut-être psychologique…

Reste la question suivante: pourquoi proposer de traiter systématiquement les animaux domestiques avec des anti-puces? Certes aucune étude n’a montré qu’ils étaient vraiment problématiques, même si des chats et des chiens sont déjà morts après l’application. D’ailleurs en 2016, un article dans Science et Avenir posait la question de la toxicité de ces produits pour les animaux et les enfants.

Ne serait-il donc pas judicieux de garder les anti-puces pour des cas problématiques, par exemple les allergies aux piqûres de puces citées plus haut? Et de laisser nos animaux se débrouiller dans les autres cas? Notre exposition aux pesticides en serait certainement allégée.

 

 

Nathalie Chèvre

Nathalie Chèvre

Nathalie Chèvre est maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Lausanne. Ecotoxicologue, elle travaille depuis plus de 15 ans sur le risque que présentent les substances chimiques (pesticides, médicaments,...) pour l'environnement.

4 réponses à “Anti-puces familial

  1. Ayant des chiens depuis toujours (oui je suis un vieux con), avez-vous remarqué qu’ils ne digèrent plus les os, depuis xx générations aux croquettes (plus les enzymes pour)?
    (enfin peut-être pas comme vous êtes en ville)

    J’ai une chatte de quinze ans et sa fille de quatorze et trois chiens, bon, je vis au cul du monde, mais ils n’ont ni puce, ni tique, ni aucun vaccin et ils sont en pleine forme.
    C’est un peu la vie comme avant en somme
    🙂

  2. Bonjour,
    Merci beaucoup pour cet article très intéressant qui effectivement fait prendre conscience de cette pollution supplémentaire sans s’en rendre compte et en voulant bien faire pour protéger nos amis les animaux. Intuitivement et par ma méfiance vis à vis de la chimie à outrance je ne suis pas une grande adepte de ces produits sauf quand je vois mon jack russel qui se gratte à outrance j’essaie alors de trouver des répulsifs « naturels »
    Bien à vous

  3. Merci de votre article fort intéressant, sujet qui touche, par les actes de l’humain, tant à la vie animale que végétale.
    Revenant aux animaux de compagnie, donc à nous aussi, l’huile de théier pourrait-elle être efficace, sans effets secondaires ?
    Belle fin de semaine – Marianne K.

    1. Bonjour, je pense qu’il faut être prudent avec les huiles essentielles sur les animaux. Ils ne réagissent pas comme nous et sont souvent plus sensibles. Il faudrait prendre contact avec un aromathérapeute pour animal.
      Sinon il existe des préparations toutes faites dans le commerce pour lesquelles le dosage est correct pour l’animal. Mais chez nous, les préparations naturelles que j’ai essayées n’ont pas vraiment marché.

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