Adieu, Mikhaïl Sergueïevitch…

 

Mikhaïl Gorbatchev en 1985 (DR)

C’est ainsi qu’il restera dans ma mémoire : jeune et souriant. Oui, jeune, car au moment d’être élu Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, le 11 mars 1985, il n’avait que 54 ans. Et oui, souriant, chose rare dans mon pays. Surtout parmi ceux qui se trouvent sur la tribune du mausolée de Lénine.

Dès le départ on lui a reproché plein de choses : son accent du sud, sa tache de naissance, la difficulté avec laquelle il prononçait le mot « pluralisme », sa parution dans la publicité de « Pizza-Hut ». On lui avait même reproché d’aimer sa femme. Un peu trop, au goût de certains. Juste ce qu’il faut, à mon gout : c’est-à-dire, à la folie, jusqu’à son dernier souffle. Raïssa Maximovna a été la première épouse d’un dirigent soviétique présentable et la première à être présentée au peuple et au monde. La première First Lady, façon occidentale.

Il voulait changer le monde. Mais cela, je ne le comprenais pas à l’époque. Je me souviens seulement de ce sentiment de liberté et d’espoir, si peu éprouvé par ma génération qui deviendrait la génération de Gorbatchev. Oh quelle euphorie c’était, avec toutes ces nouvelles émissions à la TV dans lesquelles on critiquait ouvertement le système ; tous ces livres de nos propres auteurs, interdits pendant des décennies et soudainement devenus accessibles ; les débats interminables, et pas seulement à la cuisine ; les rêves les plus fous qui semblaient réalistes… Nous étions comme ivres, nous, les jeunes. Je ne pouvais pas savoir que j’étais témoin de l’époque extraordinaire qui s’est terminée le 30 août 2022. Je ne faisais que vivre ma vie.

Je ne vais pas vous parler aujourd’hui de sa politique de « glasnost », ni de sa rencontre historique avec Ronald Reagan à Genève, en novembre 1985 – tout le monde en parle depuis deux jours. Je partagerai avec vous une expérience personnelle, car c’est ce qui vient à l’esprit au moment du départ définitif de quelqu’un.

Ma première rencontre avec M. Gorbatchev a été indirecte. En octobre 1986 j’ai eu une chance inouïe d’être invitée comme interprète à une conférence informelle des intellectuels internationaux invités personnellement par lui. La conférence a eu pour nom le Issyk-Kul Forum, car elle a eu lieu aux bords du lac Issyk-Kul, en Kirghizie, avec l’écrivain Chinghiz Aitmatov en tant qu’hôte. J’avais 18 ans, je n’avais jamais encore quitté l’Union soviétique. Étudiante de 2ème année, j’ai dû demander la permission au doyen de mon école et justifier mon absence. Heureusement, professeur Y. N. Zassoursky a été compréhensif, car j’ai réalisé plus tard que les 10 jours que j’ai passé en compagnie de Arthur Miller, Alvin Toffler, James Baldwin, Claude Simon, Peter Ustinov, Yaşar Kemal, Federico Mayor ont valu des années d’études. Les écoutant discuter, absorbant chaque mot et chaque idée lancée, j’ai presque ressenti ma vision du monde se transformer. Le respect avec lequel ils parlaient du chef de mon pays me remplissait de fierté. En 1986 je n’ai vu M. Gorbatchev que de loin. Je ne pouvais pas imaginer que des années plus tard je travaillerai pour lui, à Genève.

A l’Hôtel Intercontinental, Genève, 2005 (NashaGazeta)

Mais voilà qu’à la fin de 2004, ayant quitté le Bureau international d’éducation, je cherchais du travail. Et j’ai vu cette annonce dans la Tribune de Genève : la Green Cross International, une ONG crée par Mikhaïl Gorbatchev, cherchait un Directeur de communication. Je correspondais au profil, le Russe était un atout, j’avais de bonnes recommandations. J’avais aussi deux enfants en bas âge et le bureau était tout prêt de notre maison. J’ai postulé. Lors de l’interview d’embauche j’ai annoncé clairement que je n’étais pas d’accord avec tout ce que M. Gorbatchev avait fait lors de sa présidence. J’ai été néanmoins engagée. Et pendant deux ans et demi j’ai travaillé pour lui.

Je me souviens très bien de notre premier contact : il donnait une conférence de presse à l’Hôtel Intercontinental, je traduisais… Pendant la pause, nous avons pris un café ensemble. Par la suite, j’ai eu la chance d’avoir plusieurs conversations sérieuses avec lui : sur sa gestion de la catastrophe de Tchernobyl, sur la manière dont il a interrompu le discours de l’académicien Sakharov, sur son comportement lors du coup d’état – trois choses que je lui ai farouchement reprochées. Sur l’avenir de la Russie, sur sa position dans le monde. A son tour, il me posait des questions sur mon expérience « à l’étranger », sur comment j’ai été reçue, traitée… Tout l’intéressait. Mon fils cadet Misha (le diminutif de Mikhaïl) était tout petit à l’époque, et assez irrésistible avec ses cheveux frisés et son sourire désarmant. M. Gorbatchev ne l’avait vu qu’une fois, mais après, chaque fois qu’on se voyait, il me demandait si son homonyme faisait ses nuits et si la nounou que j’avais trouvé était digne de confiance.

Il s’est montré très humain, M. Gorbatchev, c’était sa grande force et sa grande faiblesse. Car mes compatriotes prennent l’humanité, la gentillesse et la sincérité pour de la faiblesse.

(c) NashaGazeta

Mikhaïl Gorbatchev n’était pas un saint, pas du tout. Ni un extra-terrestre parachuté à Moscou. Il était un produit du système soviétique avec tous ses défauts. Il a commis beaucoup d’erreurs dont il était parfaitement conscient. Il ne se prenait pas pour un super-héros et ne se promenait pas torse nu en exhibant une grosse croix en or. Mais ses deux grands-pères ont subi les répressions des années 1930. Il avait une femme cultivée. Et il était convaincu que son pays ne pouvait plus continuer comme avant, que les choses devaient changer.

Je suis à peu près sûre qu’il ne souhaitait pas la dissolution de l’URSS mais plutôt sa transformation vers la démocratie, d’où « perestroïka », ce qui veut dire littéralement « la reconstruction ». Oui, il n’avait pas de plan clair, il faisait trop confiance aux paroles, il a été dépassé par les événements qu’il a lui-même déclenchés. Il a échoué, certes, mais il a le mérite d’avoir essayé.

Les Russes n’aiment pas les dirigeants qu’ils considèrent faibles, ils ne pardonnent pas l’échec. Après sa démission le 25 décembre 1991, M. Gorbatchev a rapidement perdu son autorité mais à ce jour il provoque des réactions très controversées. Certains se sentent redevables, d’autres le maudissent – ceci est le destin de chaque personne hors du commun. Mais personne n’oserait contester le rôle unique qu’il a joué dans l’histoire moderne – le rôle d’un politicien et d’un réformateur pacifique, un homme de paix.

Genève, 2013, avec son interprète et conseiller Pavel Palaschenko. (c) NashaGazeta

… Je l’ai revu pour la dernière fois en 2013, il est venu à Genève pour fêter le 20ème anniversaire de la Green Cross. Peu après, sa santé a commencé à se détériorer.

Il est bien connu que nul n’est prophète en son pays et que, comme l’écrivait le poète russe Sergueï Essenine, « le grand se voit à la distance ». Je suis sûre que Mikhaïl Gorbatchev recevra la reconnaissance qu’il mérite, mais cela prendra du temps. Le décompte a maintenant commencé.

Quant à ceux qui lui crachent dessus, je ne peux que leur citer cette phrase attribuée à Confucius : « Si on vous crache dans le dos, c’est que vous marchez devant ».

Reposez en paix, cher Mikhaïl Sergueïevitch, et merci pour tout – sans vous ma vie aurait été très différente.

Nadia Sikorsky

Nadia Sikorsky a grandi à Moscou, où elle a obtenu un master de journalisme et un doctorat en histoire à l’université Lomonossov. Après avoir passé 13 ans au sein de l’Unesco à Paris puis à Genève, et exercé les fonctions de directrice de la communication à la Croix-Verte internationale, fondée par Mikhaïl Gorbatchev, elle développe NashaGazeta.ch, quotidien russophone en ligne.

39 réponses à “Adieu, Mikhaïl Sergueïevitch…

  1. Bonjour. J’ai regardé avec intérêt, et émotion, le sujet qui lui était consacré hier soir sur Arte. Le vieil homme avait toute sa tête, et il apparaissait qu’il avait été guidé par une morale qu’il partageait avec son épouse. Un utopiste aussi ? Peut-être. Je voyageais en URSS depuis l’année 1981 et j’ai suivi tous les développements de près à partir de 1990, dans la rue, dans les familles…”Mon pauvre pays” disait mon vieil ami professeur à l’Institut d’Art de Leningrad (encore à l’époque). Mais oui, il y avait de l’espoir ! Monsieur Gorbatchëv a été plus trahi par les siens que pas ses erreurs, il me semble.

    1. Bonjour, et merci pour votre commentaire. Nous sommes toujours trahi par les “nôtres”, ou ceux qu’on considère les nôtres, n’est-ce pas?

  2. Quel bel article! très touchant ! Pour nous aussi, en occident, M. Gorbatchev représentait l’espoir d’un futur sans guerre froide, sans le spectre de l’ “ENEMIE rouge”.. pendant un moment on a vraiment cru que la Russie pouvait être “intégrée” dans l’espace Européen… malgré tout… Je n’arrive toujours pas à comprendre comment tout a pu chambouler si vite.. 🙁

  3. Je n’ai jamais vu ce personnage que depuis me petite Suisse bien tranquille. Bien évidemment, élevé dans le culte propagandiste d’après-guerre des Etats-Unis (Holidays on Ice, The Harlem Globe-trotters), tout ce qui venait de l’Est était maudit (même si les Ballets Moiseev m’avaient enchantés). J’ai bien sûr honte de mes ignorances, et je devrais m’abstenir d’un quelconque commentaire. Sauf que, votre hommage est si touchant, si profond, si éclairant, que sa lecture m’ôte une couche du masque qui me couvrait les yeux. Merci, très chère Nadia.

  4. Dear Nadia,
    It’s unique piece of art, it’s not easy to say more with less about someone. I would suggest to add this REQUIEM in the text book of the high schools.

  5. Merci pour cet hommage et cet sensibilité qui fait ressortir un homme mu par une moralité sincère. Le reste est affaire de circonstances. Vu d’Occident, Gorby est apparu comme un miracle. Nous craignions que l’affaiblissement de l’URSS ne pousse à un comportement conflictuel potentiellement dramatique. Mais il et apparu, homme de paix et de dialogue, fiable et sincère. Les circonstances ont été contre lui, il a été trahi (affaire Farewell) de telle sorte qu’il n’a pas trouvé d’interlocuteur à la hauteur, Reagan ne rêvant que de l’effondrement définitif de l’URSS. Oui, il est apparu dans l’histoire comme un miracle.

  6. Magnifique et très émouvant hommage à ce grand homme (même s’il a pu commettre quelques erreurs) qui aurait effectivement pu changer profondément et durablement le monde s’il avait été plus et mieux soutenu! Quand on voit la situation actuelle, on ne peut que se désoler d’un tel gâchis, dont l’occident porte aussi une part de responsabilité il faut le reconnaître. Peut-on encore espérer voir émerger un jour un nouveau Gorbatchev en Russie après le sombre épisode actuel? En espérant que cette fois les “Occidentaux” sauront mieux saisir l’opportunité de parvenir à un monde plus serein et pacifié, en brisant le mur d’incompréhension, voire de haine, que certains s’évertuent à ériger entre l’Europe et la Russie (qui fait pourtant culturellement et historiquement aussi partie de notre continent).

  7. Témoignage touchant et intéressant.

    Je me suis toujours plutôt méfié de Gorbatchov, mais il faut bien reconnaître que c’était un grand homme.

    A mon avis, la mission dont il avait été investi, par Andropov, consistait à sauver le Parti Communiste d’Union Soviétique en le transformant en parti de gouvernement progressiste de gauche, pseudo démocratique et pseudo libéral, qui ressemble à peu près aux conceptions du mainstream progressiste pseudo libéral et pseudo démocratique que nous subissions ici. Disons un socilaisme fabien.

    Moi je me méfiais, par anticommunisme, mais je dois bien reconnaître que pour les gens, la proposition de Gorbatschov était irrefusable car c’était le seul espoir de goûter à la liberté.

    Je ne pense pas qu’il aurait été possible de réussir dans le plan que Gorbatschov s’était proposé de réaliser. Car si vous êtes un parti totalitaire, vous ne pouvez pas vous transformer en un parti libéral et tolérant sans perdre le pouvoir. Et du moment que vous avez perdu le pouvoir, eh bien, d’autres vont s’en emparer et ils feront ce qui les arrange, eux, sans tenir aucun compte de vous et de ce que vous auriez souhaité faire. Et ils vous mettront complètement sur la touche. C’est ce qui s’est passé.

    Le Parti Communiste Chinois a tiré la leçon de l’échec de Gorbatchev en décidant de faire seulement l’ouverture économique, mais sans l’ouverture politique. Résultat ils se sont maintenus au pouvoir.

    Tous comptes faits, c’est vrai qu’on peut avoir une certaine admiration pour Gorbatchov, même s’il n’a pas compris que c’était impossible de faire à la fois l’ouverture économique et politique. Forcément, cela ne pouvait donner qu’un désastre, c’est à dire cet effondrement que la Russie a subi et où même l’espérance de vie des gens a baissé dramatiquement tant la misère était profonde. Donc, on aurait tort de repocher à ceux qui sont venus après d’avoir repris les choses en mains de manière autoritaire et nationaliste, car c’était la seule possibilité. Il n’y en avait pas d’autre.

    En définitive s’il fallait trouver des coupables à accuser de ce qui s’est passé, il faudrait accuser l'”occident” qui a soutenu Gorbatchov comme la corde soutient le pendu. Si les USA (car eux seuls comptent, l’UE n’est que leur vassale) avaient souhaité rééllement que la Russie évolue dans le sens d’une démocratie libérale viable, avec laquelle on aurait pu travailler loyalement, ils n’auraient pas du lui mettre le genou sur la poitrine pour l’étouffer. Ils n’auraient pas du tenter de l’anéantir pour mieux la piller, comme ils l’ont fait. Ils auraient dû jouer le jeu loyalement et considérer la Russie comme ce qu’elle est: une grande puissance, qui était momentanément en difficultés, mais qui avait vocation à rester et redevenir une grande puissance. Ainsi seulement on aurait pu avoir une Russie qui se redresse en maintenant l’acquis libéral de Gorbatschov.

    Mais on n’a pas fait ça. On a clairement voulu, et on continue de vouloir, anéantir la Russie, la réduire à quia et lui interdire d’être ce qu’elle est: une grande puissance qui a ses intérêts vitaux, qu’il faut respecter, et avec laquelle on doit traiter en partenaire et non cherhcer à la mettre à genoux.

    On n’a jamais voulu traiter la Russie en partenaire. On a toujours ignoré ses intérêts vitaux. Par conséquent ce qui arrive en ce moment était inévitable et ce n’est pas de la faute de Poutine, ni de feu Gorbatchov d’ailleurs. C’est de la faute d’un occident pourri, aux idéologies biaisées, et surtout totalement irresponsable, qui est entièrement coupable de la guerre en Ukraine actuelle. La Russie ne fait que se défendre.

    Respect pour le grand homme qui s’en va, et paix à son âme.

    1. Merci infiniment d’avoir pris le temps pour partager cette réflexion, profonde. Je vois que vous êtes sincèrement concerné par le destin de mon pays d’origine, et cela ne touche beaucoup.

      1. Oui je le suis et je suis queqlu’un qui pense que la Russie n’est pas l’agresseur dans la guerre actuelle. Elle a été acculée et elle a du se défendre. Dire cela ce n’est pas être un défenseur de Poutine, c’est être une personne qui pense qu’on ne peut pas fouler au pied un grand peuple impunément. Ainsi je suis très inquiet de la politique de sanctions très dangereuse, partiale et contraire à la neutralité poursuivie par Ignazio Cassis et le CF.

    2. W. Putin est responsable de ce qui se passe en Ukraine. Il s’est vu trop beau, trop grand et trop fort. Il subit humiliation après humiliation, dans cette guerre qu’il appelle pompeusement “opération militaire spéciale”. Cet individu n’a pas compris qu’il entraîne son pays dans sa chute avec lui. Les Asiatiques sont ravis de nous voir dans cette énorme crise et font semblant de soutenir la Russie, en réalité, ils se réjouissent que la Russie est en train de se suicider, tout en leur vendant des hydrocarbures à prix inférieurs au WTI ou au Brent. C’est l’Ukraine qui se défend courageusement. Que l’Occident, trop longtemps aveugle et nonchalent, ait la dignité de lui fournir des armements modernes et puissants. Je souscris totalement au fait que la Russie mérite plus Michail Gorbatschow que W. Putin.

  8. Madame Sikorsky,
    Vous avez la chance d’appartenir à un grand pays, à une grande civilisation. Tout jeune homme, j’ai eu la chance de visiter Moscou et Leningrad en 1965 et de voir le peuple russe vivre comme il est décrit dans le Général Dourakine de la Comtesse de Ségur, les Frères Karamazov de Dostoïevski et le merveilleux film Le Docteur Jivago de Boris Pasternak . . . l’âme russe !
    A mon humble avis, ce que Mikhaïl Gorbatchev n’a pas réussi achever le sera par Vladimir Poutine quoi que pourront en penser les occidentaux !

  9. Chère Nadia, j’ai laissé un commentaire ce matin et je lis les suivants. Ne serait-il pas temps de consacrer un de vos billets à la relation que les Russes ont avec le sourire, qui n’est pas du tout le même code que chez nous ? Ou bien était-ce une posture seulement soviétique ? Ne pas vous sourire chez les Russes, dans les espaces publics, était, dans les années soviétiques que j’ai bien connues, plutôt le signe que tout allait bien, que vous étiez en sécurité, que tout était “normalna”. Est-ce que je me trompe ?
    Même chez les premiers responsables et personnels d’hôtels 5 étoiles, peu après la perestroika, le sourire n’est apparu qu’après des formations dans les écoles hôtelières en… Suisse.

  10. Bonsoir et félicitations pour l’article.
    D’abord je dois m’excuser parce que je n’ose pas (encore) m’exprimer en écrit en français – et le le ferai en anglais.

    What a nice and touching article.
    I was travelling very often to Russia at the time Mr. Boris Yeltsin was the Head of State.
    I had a very high appreciation of Mr. Gorbatchov and could not avoid a certain sour feeling because most of the people I talked to had but not nice words for him.

    I could understand the country was being sacked and they could link those troubled times as his legacy. But still felt sad because he was a true leader that had in my view not been helped (true help beyond kind words) by the Western countries who could have done so.
    And they were putting on “him “not on “them”!

    You article has brought me beautiful memories of those days.
    And has opened in me the doubt of whether my friends there complained about Mr. Gorbachev not because of what he had done. But maybe because they resented what could have been and he could not fully deliver.
    Time will tell he was brave and really tried.

    Merci pour l’article.

  11. Chère Madame,

    Merci pour votre émouvant message. Mikhaïl Gorbachev était déjà depuis quatre ans président de l’URSS quand j’ai visité Leningrad et l’ex-URSS pour la dernière fois en 1989. Pourtant, rien dans la vie des habitants ni dans l’actualité ne laissait présager que deux ans après l’URSS n’existerait plus. On aurait dit alors “it was business as usual”… C’était tout le contraire dans les états baltes, et en particulier à Tallinn, où je me trouvais quelques jours plus tôt dans une capitale estonienne bouillonnante alors de fièvre indépendantiste. C’était là, en particulier, que les signes annonciateurs de la chute prochaine de l’empire soviétique étaient les plus perceptibles.

    Pour toutes celles et ceux né(e)s dans l’immédiat après-guerre, qui avons vécu la guerre dite “froide” (bel euphémisme…) de bout en bout, Mikhaïl Gorbachev restera le chef d’Etat qui a sans doute réussi la plus grande révolution pacifique de l’histoire de la Russie, que même le réformateur Alexandre II n’avait pu entrevoir.

    Or certains poussent le cynisme jusqu’à lui reprocher d’avoir su faire tomber le régime sans effusion de sang. A trois-quarts de siècles de confrontation entre blocs il a fait succéder la coopération, bientôt concrétisée par des projets tels que celui du Partenariat OTAN-Russie pour la Paix. Qu’en reste-t-il aujourd’hui?

    Si les politiciens du passé, qu’on les approuve ou non, avaient une vision politique et économique à long terme, quelle est celle des chefs d’Etat actuels? Avec la “perestroïka” et la “glasnost”, même si Alexandre Zinoviev disait de la première qu’elle était “un parangon de farce stalinienne”, Mikhaïl Gorbatchev n’est-il pas le dernier homme d’Etat russe encore capable d’avoir une vision d’avenir pour son pays?

    Or, on peine à en voir chez ses successeurs. Ce n’est pas, comme vous le relevez fort bien, en exhibant ses pectoraux de Rambo russe, avec ou sans croix – tous les orthodoxes ne se reconnaissent de loin pas dans celle qu’il arbore devant les cameras -, ni par ses prouesses de judoka ou la promotion de ses missiles hypersoniques que l’actuel chef de l’Etat comblera le vide idéologique créé par la chute de l’URSS. Le “Moscow Times” d’aujourd’hui reflète les divisions qui prévalent en Russie chez les partisans de Gorbatchev et chez ses détracteurs. Mais qui soutient les premiers?

    N’y a-t-il pas là pour “Nasha Gazeta” une occasion unique de prendre la relève?

    Avec mes meilleures salutations.

      1. Merci à vous pour votre réponse. Par “prendre la relève” j’entends faire durer le message de Mikhaïil Gorbachev (un peu comme on dit “prendre le flambeau” aux Jeux Olympiques). Or, son message, sinon sa philosophie – la “perestroïka” et la “glasnost” ainsi que tout ce qui s’y rattache (détente entre blocs adverses, mesures concrètes de coopération, comme par exemple dans la lutte contre le terrorisme, etc.) n’est-il pas menacé de sombrer dans l’oubli par les effaceurs officiels de mémoire? Ne faut-il pas déjà expliquer aux écoliers le sens des mots “perestroïka” et “glasnost”?

        Bien sûr, il ne s’agira pas de faire de l’exposé doctrinaire, mais de replacer les événements qui ont conduit à la détente dans leur contexte historique. Bref, de les analyser à la fois en journaliste – cet historien de l’instant – et en historien – ce reporter du passé. Et pourquoi pas en romancier? Mikhaïl S. Gorbatchev n’est-il pas déjà un peu entré dans la légende?

        Ai-je répondu à votre question?

        1. Bonjour et merci pour cette clarification. Hélas, mes moyens sont très limités: Nasha gazeta est un petit journal avec un avenir incertain. Mais je fais ce que je peux. Le temps que je peux.

  12. Quel bel orbituaire, pour moi MG était une icône de l’enfance car je me souviens avoir vu les images de la chute du mur etc. quand j’avais seulement 6 ou 7 ans, donc quelque chose de cette enfance va avec lui.

  13. Merci pour votre tépoignage qui sonne juste. et humain
    Une bien meilleure idée de cette personne que ce que racontent les chantres dumonde dit libre ou que son évaluation calamiteuse par le peuple russe (0,5 % aux présidentielles).
    En vouslisant je comprend mieux.
    Bonne continuation pour éclairer la belle Russie.

  14. Bonjour Madame,

    Un grand merci pour cet hommage fort et documenté
    Les expériences relatées ainsi sont toujours d’utililité pour mieux comprendre une personnalité de cette envergure.
    Je ne pourrai jamais oublier les moments vécus à Berlin au moment de la chute du Mur.

    Me permettez-vous une question, à vous qui connaissiez l’homme ?
    Pensez-vous vous que son épouse partageait sa vision et l’a influencé d’une manière ou d’une autre ?

    Vous remerciant encore pour ce partage,

    1. Bonjour, et merci pour votre question. IL m’est difficile à répondre, mais je pense que oui. Elle a été surtout très intéressé par la culture, et c’est grâce à elle que beaucoup d’artistes sont revenues de l’oubli.

  15. Merci beaucoup et brava, votre texte est l’archétype de la commémoration : j’ai beaucoup aimé votre retenue et votre sensibilité.
    Malheureusement les plus grandes figures de l’Histoire ne sont jamais comprises, Joseph II de Habsbourg et Alexandre II de Russie, qui fût même assassiné, ont été des visionnaires dans le bon sense du terme.
    Je n’ai jamais compris pourquoi l’Occident n’a pas aidé Gorbachev et il a eu une attitude très “amicale” envers Boris Eltsine même quand il était ivre, attitude que je trouvais humiliante pour le peuple russe mais… c’est ainsi que va la politique…

  16. Excellent article, sensible et sensé, sur M. Gorbachev, beaucoup de félicitations à l’auteure. Pour nous, la plupart en tout cas, à l’Oiest de l’Europe, Gorbachev est un vrai héros, dont les faiblesse ne font qu’accroitre l’aura de tolérance et de démocratie. Bravo pour ce bel article, et cet hommage tres soncère. BJM.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *