« Tous les Russes mentent »

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Une telle affirmation/accusation m’a été lancée en pleine figure lors d’une soirée mondaine à Genève. Lancée par un homme d’âge mûr que je rencontrais pour la première fois – on s’est retrouvé à la même table. Un avocat célèbre, m’a-t-on dit. A l’échelle genevoise, d’accord, mais, dans tous les cas, une personne qui exerce une profession qui impose la mesure des mots. Vu mon apparent étonnement, ce monsieur a cité, avec aplomb, un diplomate français (dont il avait oublié le nom) qui, il y a 150 ans, tenait ce genre de propos. « De toute façon, tout le monde le sait », a-t-il conclu.

A peine dix minutes plus tard il a demandé si je connaissais une personnalité russe vivant à Genève. Je la connaissais. « C’est mon voisin », annonça fièrement le monsieur. « Alors, vous ment-il dans l’ascenseur ? », rétorquais-je. « Ah non, pas lui ». Il y a donc des exceptions, cela rassure. Par respect pour l’hôtesse de la soirée je me suis retenue de ne pas entrer dans une discussion avec cette personne, pour ne pas lui rentrer dedans. A la réflexion, j’aurais peut-être dû, car les gens comme lui prennent les bonnes manières et le sens du décorum pour de la faiblesse et se croient tout permis. Il faut donc les remettre à leur place.

Alors j’en reviens. J’ai horreur des généralisations primitives, de ces certitudes qui commencent par « tous les… » La liste est longue, nous connaissons tous les clichés les plus courants.

Je ne sais pas quelle expérience personnelle traumatique liée aux Russes pousse le Monsieur de la soirée à étiqueter comme menteur un peuple entier. Peut-être aucune. Mais il est maintenant à la mode de dire du mal des Russes, tous les Russes, et ce Monsieur en profite pour se lâcher. Sans comprendre qu’en le faisant, il amène de l’eau au moulin de la propagande russe qui parle sans cesse de la russophobie de l’Occident.

Ce Monsieur le fait, au moins, à visage découvert, et non pas en se cachant anonymement dans une foule ou parmi des profiles bloqués, comme le font certains chevaliers des réseaux sociaux – leur croisades virtuelles sont remplies d’injures et de propos enflammés qu’ils lancent sans hésiter car ils se sentent en toute sécurité, autrement dit, en toute impunité. C’est partiellement à cause de telles personnes que plusieurs média ont dû suspendre l’option « commentaires » en privant tous les lecteurs de la possibilité de s’exprimer.

Le fait que ce ne soit pas à leur honneur, est une chose – je n’ai pas l’intention à leur faire la morale. Le fait qu’une insulte ou une injure soit une forme de violence verbale, en est une autre. Le Code pénal suisse (art. 177 CP) définit l’injure comme le fait d’attaquer quelqu’un dans son honneur via la parole, l’écriture, l’image, le geste ou des voies de fait. Cette infraction peut être poursuivie d’une plainte, ainsi que pour calomnie (art. 174 CP). Il faudra que l’avocat en question et d’autres adeptes de la méchanceté gratuite s’en souviennent. Car les bonnes manières et la patience ne sont pas des ressources inépuisables. Le mode change, mais les propos restent, de même que l’image qu’ils projettent sur leurs auteurs.

Nadia Sikorsky

Nadia Sikorsky a grandi à Moscou, où elle a obtenu un master de journalisme et un doctorat en histoire à l’université Lomonossov. Après avoir passé 13 ans au sein de l’Unesco à Paris puis à Genève, et exercé les fonctions de directrice de la communication à la Croix-Verte internationale, fondée par Mikhaïl Gorbatchev, elle développe NashaGazeta.ch, quotidien russophone en ligne.

27 réponses à “« Tous les Russes mentent »

  1. Bonjour,
    merci pour ce rappel. Rien ne justifie d’insulter un peuple dans son ensemble; et un peu de mesure ne fait pas de mal. Il y aura un après-conflit en Ukraine, qui j’espère nous fera oublier les horreurs actuelles. On pourra alors redécouvrir la culture russe et sa richesse.
    Bonne journée

  2. Chère Nadia,
    Merci pour ce partage et navré qu’une soirée entre amis te ramène encore à cette actualité qui te déchire. Merci aussi pour tout ce que tu as fait ces dernières semaines pour être présente dans les médias et nous donner une autre voix, celle de la sincérité, de l’honnêteté, de l’espoir. “L’accent russe” est essentiel car il me donne la possibilité de me reconnaître dans les valeurs qui t’animent et que tu défends. J’admire ta détermination et j’espère que le Monsieur dont tu parles aura pu réfléchir à la portée de ses mots et peut-être aussi qu’en défenseur de la loi, il devrait montrer l’exemple.

  3. Bjr,

    Dommage que vous ne puissiez pas donner le nom de cet avocat dont on se demande comment il serait devenu “célèbre””!

    Bon courage

  4. Je me souviens d’un procès où l’avocat avait proposé à la partie adverse de « faire la paix ». Normalement, l’avocat attaque ou défend, bien que ces deux notions puissent être interchangeables comme à la guerre.

    Cet homme qui était à côté de vous, tant mieux qu’il n’ait pas mesuré ses mots, parce qu’ainsi vous l’avez évalué assez tôt pour vous éviter d’entamer une conversation qui n’aurait rien apporté de positif. C’est à votre honneur de n’avoir pas poursuivi, ce n’est à mon avis pas une faiblesse, il aurait eu un langage courtois qu’il n’en aurait pas pensé moins en préjugés malhonnêtes sur les Russes. Le message qu’il a lancé est moche, faible, et il a ajouté : « Tout le monde le sait ». Tout le monde sait aussi qu’il est un avocat réputé, raison pour laquelle il était invité à la soirée mondaine : il est un homme grand en quelque chose… Dans son métier d’avocat, il a certainement souvent gagné la guerre, mais vous, c’est la paix que vous voudriez réussir, comme l’avocat cité au début de mon commentaire : c’est que je trouve honorable, et cela ne peut pas être abîmé par les paroles d’un homme qui se moque de compréhension et d’humanité. Votre travail de communication vaut bien plus en efficacité que le temps passé à déposer plainte contre celui qui se sent certainement lui-même « exceptionnel », seul dans l’ascenseur, tout en sachant « ce que tout le monde sait » !

  5. S’il y a une chose que “tout le monde sait”, c’est qu’on trouve des imbéciles partout et dans tous les peuples. Ce “Monsieur” le démontre bien, et plus fortement encore compte tenu de sa profession. Vous avez choisi la bonne attitude, devant la bêtise la meilleure tactique est de “laisser braire” et de ne pas chercher à raisonner des gens qui, justement, n’en n’ont pas de “raison”.
    Le drame de la Guerre en Ukraine fait malheureusement ressortir les pires “instincts” chez certains, on le voit bien dans les commentaires sur certains blogs du “Temps”: généralisation à outrance, vision simpliste des choses, insultes personnelles au lieu de débattre sur les idées/positions, etc., etc. Triste!

    1. Ce n’est pas la guerre en Ukraine seule qui fait ressortir les pires instincts ici, à des milliers de kilomètres. C’est les simplifications médiatiques et les sanctions collectives – qui font ressortir tous les vieux préjugés, car la préjugés sont utilisés par la propagande des deux camps.
      Et justement, le résultat déplorable de cela, c’est que des gens innocents se retrouvent ici ou là pris en otage de ces discours nauséabonds, qui font que les gens mal informés ou idiots les identifient en bloc comme des ennemis irréductibles et barbares.

  6. Rester soi-même, incarner les valeurs qui nous construisent et nous habitent… Mettre ainsi en lumière par contraste l’arrogance, la prétention et surtout l’insignifiance des propos de cet homme. Faire apparaître ainsi qu’il y a effectivement un menteur : lui.

    Une chose est de l’écrire. À vivre comme cela vous a été imposé, c’est autrement douloureux, injuste, malfaisant; vous y êtes parvenue, offrant une leçon de vérité …russe !

  7. Les bien-pensants occidentaux de tous bords montrent leurs limites intellectuelles en critiquant et injuriant tout ce qui est russe, simplement parce que Vladmimir Vladimirovitch, de façon assez disproportionnée, n’a plus supporté l’arrogance du guignol ukrainien qui le provoquait, poussé par les Américains. Qui va se remplir les poches au détriment de l’Europe entière, Russie et Suisse comprises, en vendant des armes (qui prolongent la guerre et la souffrance des victimes) ? Qui va encaisser de juteux contrats de “reconstruction” ? Qui ? En tout cas pas les Russes. Suivez mon regard…

  8. Votre retenue vous honore, Madame.
    Ne gaspillez pas votre belle intelligence avec des rustres comme cet homme.
    J en concevais de la honte si je n étais pas sûre que vous ne penserez pas que tous les Suisses sont des cuistres.

  9. Ce distingué Dandin d’ascenseur (surtout dans le sens descente) semble n’avoir jamais vécu dans un pays où dire la vérité peut coûter quinze ans de prison.

    Le “Moscow Times”, l’un des derniers journaux encore (pour combien de temps?) indépendants en Russie, rapporte dans son édition d’aujourd’hui le cas d’une enseignante de la république sibérienne bouriate qui avait essayé d’expliquer à ses élèves, au cours d’une discussion tenue en mars dernier, “que toute guerre est mauvaise, qu’on ne peut pas souhaiter la mort des Ukrainiens et les haïr, qu’ils sont des gens comme nous” (I tried to convey that any war is bad, that you can’t wish death on Ukrainians and hate them, they are people like us,” she recounted to local media of the March discussion). Dénoncée pour “propagande anti-russe” à la direction de l’école et à la police par la mère d’un élève qui l’avait enregistrée, elle s’est vue infliger une amende de 40’000 roubles ($618) pour avoir “discrédité les forces armées russes”, nouveau délit introduit depuis l’invasion russe de l’Ukraine.

    Le “Moscow Times” constate que ce sont souvent le personnel scolaire, les parents et les élèves eux-mêmes qui contribuent au dénigrement de ceux qui s’opposent à la guerre, parmi les enseignants et parents interviewés par ce journal (Oftentimes, it is school staff, parents and even students themselves who contribute to the persecution of those who oppose the war, teachers and parents interviewed by The Moscow Times said.)

    Après le pope d’une paroisse provinciale à quelques 250 kilomètres au nord-est de Moscou, arrêté par la police, après avoir été dénoncé par un fidèle, et puni en mars dernier d’une amende pour avoir invoqué le cinquième commandement dans son homélie dominicale, “Tu ne tueras point” et dénoncé le caractère illicite de la guerre en cours, l’encouragement à la délation, promu au rang de vertu civique, est en passe d’atteindre aujourd’hui toutes les couches de la société russe, jusqu’aux écoles et aux crèches, constate le “Moscow Times”.

    Pour revenir au célèbre avocat, virtuose de l’art de médire entre deux petits fours lors d’un cocktail mondain, comment plaiderait-il la cause de ces “menteurs”, de toutes celles et ceux que la censure n’a pu résoudre au silence? Ceux-ci ont-ils seulement droit à un défenseur?

  10. “Nous savons qu’ils mentent. Ils savent qu’ils mentent. Ils savent que nous savons qu’ils mentent. Nous savons qu’ils savent que nous savons qu’ils mentent. Et, pourtant, ils persistent à mentir.”

    (Alexandre Soljenitsyne)

    1. Comme vous pouvez constater, Soljenitsyne sépare “ils” (le pouvoir) et “nous” (les gens normaux). C’est pour cela qu’il faut éviter le “tous”.

  11. merci Madame ; cet avocat est tombé dans le travers du principe de Peter; c’est à dire qu”en grimpant l’échelle de la compétence il a fini par rater l’un des barreaux, et il ne s’en remet pas ! quel déshonneur ! la méconnaissance d’un sujet quelconque permet de tomber dans les croyances, certitudes absolues, etc…comme on n’y connait rien et qu’on a peur, alors on devient violent ! le précédent sujet de discorde était la doxa sanitaire liée au covid, et aujourd’hui c’est l’Ukraine ! cet avocat devrait savoir dans sa grande lucidité que les USA sont à la manoeuvre en Ukraine pour assujettir l’Europe entière dans, le cadre d’une confrontation globale avec les autres blocs, qu’il s’agisse de la Russie, ou de la Chine . Quant aux commentaires concernant les blogs il m’apparait normal de donner son identité et son e-mail afin d’échanger; l’anonymat de l’animateur du blog n’est pas de mise; pourquoi celle des commentateurs ?

    1. Je serais personnellement favorable à la disparition des pseudos, je l’ai déjà écrit (sous mon vrai nom à ce moment là) car je pense que cela retiendrait certains de se lâcher sans retenue et/ou d’écrire n’importe quoi, mais beaucoup s’y opposent totalement. Dans ces conditions, c’est soit pseudo pour personne, soit pseudos pour tout le monde. D’autant plus que si les pseudos disparaissent il faudrait alors imposer la règle absolue que dans un blog on débat sur les ARGUMENTS des commentateurs, PAS sur ces derniers eux-mêmes, avec des attaques personnelles, comme certains, à court d’argumentation pertinente, le font systématiquement (tout particulièrement sur le blog d’une autre auteure ici même).

  12. Toutes celles et ceux d’entre nous qui avons vécu la guerre dite “froide” – qui n’avait d’ailleurs de froid que le nom -, soit de 1946 à 1991, pensions qu’elle n’était plus qu’un mauvais souvenir avec l’avènement de la perestroïka et les espoirs d’un retour à un régime démocratique que la Russie n’avait plus connu depuis le bref intermède Kerenski en 1917. Or, plus d’un(e) se demande aujourd’hui si elle a jamais cessé tandis que les vieux démons reparaissent, plus cyniques, brutaux et cruels que jamais.

    Avons-nous été leurré(e)s et aveuglé(e)s au point de tomber dans le piège d’une démocratie de pure façade, telle qu’elle s’est affichée au lendemain de la chute de l’URSS? Alexandre Zinoviev ne disait-il pas de la perestroïka qu’elle était “un parangon de farce stalinienne”?

  13. C’est bien triste. La bêtise humaine est sans limites. Les conséquences de ce type de comportement, c’est qu’en isolant des gens qui n’ont rien à voir avec ce conflit (certains vivent et travaillent en Suisse depuis des années), on ne fait qu’aggraver la situation. Car, quand on vous place “de facto” dans le camps ennemi, il est parfois difficile de rester ami.

    Pour ma part, cette guerre ne m’empêche pas d’apprécier la culture Russe tout comme la dernière guerre mondiale ne m’empêchait pas de lire Goethe.

    Finalement, le plus grave, c’est ce soi disant “bien-penser” encouragé par la presse qui fait que l’on ose sans risque enfreindre la loi car c’est “à la mode”. En effet, je doute que ce personnage eut pris le risque de qualifier de menteur une autre communauté (selon la race ou une différence d’orientation sexuelle) car là ça n’aurait pas été politiquement correct.

    On dit que c’est dans la tempête que se révèlent les vrais capitaines, votre avocat n’en est pas un. Oubliez le.

    Au plaisir donc de continuer à vous lire prochainement.

  14. Dans son livre intitulé “Du mensonge”, l’écrivain Jacques Laurent (prix Goncourt, 1971) raconte une délicieuse anecdote. Le sultan d’une époque ancienne aurait dit à propos de l’ambassadeur de Russie, le comte Ignatov : “Cet homme est tellement menteur que même le contraire de ce qu’il dit n’est pas toujours vrai.”

    Par ailleurs, on a souvent comparé Poutine (quand il ne le fait pas lui-même) à Bonaparte dans leurs premières années de règne: “Les deux autocrates, lit-on sous la plume de Philippe Clot dans “L’Illustré” du 3 mars dernier, ont su rétablir rapidement l’ordre public, l’économie nationale et l’autorité de l’Etat dans des situations post-révolutionnaires qui semblaient désespérées. Pour y parvenir, le petit officier corse et le petit espion de Saint-Pétersbourg ont mis en place des régimes policiers implacables. C’était le prix démocratique à payer pour sauver leur peuple de la misère et leur pays d’un possible effondrement. Hélas, dans l’histoire, les tauliers providentiels, une fois leur bénéfique coup de balai terminé, ont rarement la sagesse et l’humilité d’organiser une transition démocratique.”

    Ce parallèle avec Bonaparte ne rappelle-t-il pas une autre anecdote? Quand le petit officier corse a convoqué les cardinaux au Vatican, ce fut pour leur dire:

    – Tutti cardinali sono cretini!

    L’un d’eux s’est alors avancé et lui a répondu:

    – Tutti no, ma buona parte.

    Dommage que nul n’ait eu la présence d’esprit d’un prélat romain, à la soirée mondaine genevoise, pour venir à votre secours, chère Madame Sikorsky – comme vous, on aurait été étonné pour moins que ça à la saillie du célèbre avocado à l’évidence trop mûr – et lui répondre comme il le méritait. A défaut, peut-être aurait-il avantage à lire ou à relire “Les Plaideurs” de Molière?

    1. Rectificatif: Bien sûr, il s’agit des “Plaideurs” de Racine (comédie en trois actes), et non de Molière. Je plaide coupable.

  15. L’âme de la Russie

    En 1965, en mission en Afghanistan, invité à une réunion de juristes en Hollande, je prends l’avion pour Tachkent-Moscou-Amsterdam et en profite pour faire escale à Moscou. Outre le fait qu’à Kaboul notre bibliothécaire était une Russe blanche, adorable épouse d’un Afghan avec laquelle j’ai essayé en vain d’apprendre le Russe, ma culture sur la Russie se bornait au Général Dourakine de la Comtesse de Ségur, aux Frères Karamazov de Dostoïevski et au merveilleux film Le Docteur Jivago de Boris Pasternak. Quant à l’URSS, outre mes contacts professionnels avec la Mission Soviétique et les experts russes des Nations Unies, je ne connaissais que la concurrence que lui opposait la Mission Américaine et l’appellation de ‘Chouravi’, nom de la République soviétique du Gilan en Perse donné par les Afghans aux Russes construisant l’axe routier nord-sud en béton qu’ils voyaient déjà parcourus par les tanks soviétiques ! De mes lectures d’adolescent, il me restait l’odeur du samovar, le son de la balalaïka et ces citations des Frères Karamazov: «. . . celui qui se ment à lui-même et écoute ses propres mensonges ne distingue plus aucune vérité ni en lui, ni autour de lui, et il perd le respect de lui et des autres» et «Celui qui se ment à lui-même est le premier à s’offenser pour enjoliver, il exagère pour compléter le tableau, chicane sur les mots, fait une montagne d’une souris.» Cela me rappellera plus tard l’enseignement de Zoroastre au IIème millénaire av. J.-C.: «le pire péché de l’homme est le mensonge, la négation de la vérité».
    Arrivé à Moscou, les oreilles bourdonnantes suite au vol mal pressurisé d’Aeroflot, je suis conduit à l’hôpital où dans une grande salle vide, toute en catelles blanches, un médecin bedonnant armé d’une pompe à lavements me met la canule dans une narine et, m’enjoignant de conter ‘raz dva tri’ et d’expirer violemment, vide en même temps sa pompe en espérant me déboucher les oreilles . . . et ça marche ! A l’hôtel, mes allées et venues sont soigneusement notées et ma chambre et mes bagages fouillés par la surveillante de l’étage. Je prends mon petit déjeuner debout dans le hall de la gare goûtant en particulier les saucisses grillées. Je me promène en ville en toute liberté, grâce peut-être à mon passeport diplomatique. Je visite le Bolchoï et dine avec du Bortsch dans une taverne où, c’est un samedi soir, les caisses de cognac, de champagne et de vodka giclent sur les tables. On boit, on chante, on danse . . . je vois le Général Dourakine, les Frères Karamazov et le Docteur Jivago . . . la joie !
    Puis, je quitte Moscou en train de nuit pour St-Pétersbourg, la «Venise de la Baltique», sorry ‘Leningrad’. Extraordinaire, on se croirait dans l’Orient-Express ! Au petit matin, arrivée à destination, toujours en toute liberté, je visite cette incroyable ville, incroyable pour sa beauté, capitale littéraire et centre des arts plastiques. L’Hermitage, le Kirov (aujourd’hui le Malinsky), la Neva, la statue de Pierre le Grand son fondateur, la cathédrale Saint-Sauveur, le métro et ses stations ornées de sculptures, vitraux et peintures murales, et tant d’autres merveilles.
    J’ai découvert l’âme russe !

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