Une vie, un rêve, un combat

Cher Docteur,

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours eu ce sentiment qu’il fallait que je me dépêche de vivre, car la mort ne m’a jamais semblée très loin. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je ne me pose que trop rarement, trop occupée à tout expérimenter, tour découvrir, tout apprendre, tout essayer, sans guère laisser de place aux doutes ou à la peur. Une vie sans questionnement et sans surpassement ne m’intéresse pas. Je m’ennuierai et dépérirai dans la routine.

Je l’aime ce feu en moi, qui me dit de me dépasser, d’aller aux confins de l’univers et des limites de mon corps. Ce n’est pas le confort que j’aime mais les épreuves, les incertitudes, les challenges, tous ces moments de chaos qui nous malmènent, nous secouent, nous font réfléchir, grandir, et nous amènent à une connaissance de nous-mêmes qu’aucun sage ne pourrait jamais nous apprendre.

Je suis malade, c’est vrai. Je pourrais rester à la maison, me reposer, bénéficier d’une aide financière et vivre le restant de ma vie avec une relative sécurité. Je n’en veux pas. J’ai confiance en moi. Je sais que si je le veux, je peux dessiner mon destin. Je veux me battre, la tête haute, avec mes deux petits bras prêts à saisir l’adversité à bras le corps. J’ai passé trop de temps enfermée, à subir. Plus jamais. Aujourd’hui, je décide de mon chemin et de mes choix. Peut-être que je me trompe de voie. Mais mon cœur, mon âme, mon être me disent s’y aller, de relever ce défi qui me fait tant vibrer. Mes yeux scintillent d’étoiles, mes poils se hérissent de bonheur à l’idée d’atteindre cet aboutissement après toutes ces années de travail personnel, mental et physique. Je n’ai pas peur de faire des erreurs, de tomber, d’échouer, de perdre. J’ai peur de ne pas essayer, de taire mon rêve dans l’abnégation.

J’aime la boxe, la sueur qui coule de mon front, mon corps qui absorbe les chocs, mon cerveau bouillant qui réfléchit à la meilleure tactique. J’aime le respect dont font preuve les adversaires, la dureté de ce sport. Face à face il n’y a pas de place pour la fourberie, le mensonge ou l’égo. On se sent nus comme un ver, avec nos qualités, nos défauts, tentant de rester calme et lucide au travers des tempêtes. Il n’y a pas meilleure école de vie, à mon sens, que de croiser les gants, développer son physique, son mental, sa gestion émotionnelle et son humilité. Au fond nous sommes si petits.

Le matin, je suis heureuse de me lever: j’ai un objectif qui m’attend, l’impression que je suis là pour me lancer dans quelque chose de plus grand que moi, quelque chose qui me dépasse. Combien disent la même chose de leur vie? Je vois leur regard vide dans le métro, perdus, comme si plus rien n’avait de sens. Ils se sont faits voler leurs espoirs, leurs rêves, leurs projets, et ils ont cru quand on leur a dit de renoncer à tout cela, que ce n’est pas pour eux. On leur a demandé de se taire et de rentrer dans le moule. Plus proches des zombies que des humains, ils se sont résignés. Je me demande quelles salades exactement on leur a racontées. Que c’était trop dangereux? Trop difficile ? Inadapté ? Imprudent? Sans doute n’ont-ils pas croisés le chemin de philosophes leur suggérant de croire en leurs ressources et de suivre leur intuition.

Quand je vois ces pauvres gens tristes, j’ai envie de les secouer, de leur hurler de partir à la conquête de ce que leur cœur désire, de ne plus perdre de ce temps si limité et si précieux dont nous disposons sur Terre. Je veux leur crier d’exister avec audace, de rallumer la flamme qui vacille, de faire confiance en la vie,  en Dieu, en eux-mêmes ! On se soucie trop de vivre longtemps, et pas assez de simplement vivre.

C’est notre devoir de respecter et d’honorer cette chance que nous avons de disposer d’un temps de vie qui nous est propre, de suivre notre lumière et de ne pas sombrer dans la peur ou l’enlisement. Je vis ma vie à pleine vitesse, je la dévore comme une affamée, je fonce tête baissée dans projets qui me tiennent à cœur même s’ils impliquent des risques. Je peux mourir à n’importent quel moment; je serai sereine, sans regrets ni amertume. A force d’aller toujours plus loin, peut-être qu’un jour j’atteindrai un point de non-retour. Mais ce ne sera pas sur un ring. J’ai confiance en mon corps, en mes capacités. Mon mental transmettra sa résistance à mes tissus. J’ai fait tant de chemin pour en arriver là que je ne veux pas m’arrêter si près du but, alors que j’ai toutes les capacités pour y arriver.

Il ne faut pas être triste lorsque je fais face au danger. J’y suis habituée, il a été là tout au long de ma vie. Il faut plutôt avoir de la peine pour tous ces gens qui ont oubliés comment danser avec vie, qui n’ont plus ressenti de tressaillement de joie et d’excitation dans leurs tripes depuis bien trop longtemps, qui ne connaissent pas cette sensation d’être au bon endroit, au bon moment, en accord avec soi-même.

La Vie m’attend. Je suis forte, je suis prête. Enfin je peux dessiner ma destinée. Accomplir ce que je suis venue réaliser avant de partir pour de nouveaux horizons. On dit souvent aux malades d’adapter leurs rêves. Mais j’ai décidé de ne pas avoir une vie à pourcentage réduit. Je vais rêver à 100%. Et mieux qu’un rêve, ce sera ma réalité. Je me nourris de cet objectif. La cloche du ring sonne, elle m’appelle.

On accorde tellement d’importance à la mort qu’on en oublie de vivre.

Merci du fond du cœur de prendre autant soin de moi,

Myriam

Myriam Duc

Enfant, Myriam Duc côtoie quotidiennement la violence de ses parents et de ses camarades d'école. Ado, on lui diagnostique un Syndrome d'Ehlers-Danlos, une maladie qui fragilise ses organes. A 17 ans, le SPJ intervient pour maltraitance et elle quitte son domicile familiale. S'ensuivent deux opérations du cœur. Aujourd'hui, elle se reconstruit grâce au sport et parcourt le monde sac au dos.

6 réponses à “Une vie, un rêve, un combat

  1. Merci, chère Madame, de votre magnifique hymne à la vie.
    Puissiez-vous être entendue dans le monde entier!
    Croyez à mon admiration joyeuse!
    Suzette Sandoz

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