Givenchy, saison cinétique

Un labyrinthe de bois. Le décor dépouillé du défilé de Riccardo Tisci pour Givenchy. Fallait-il y déchiffrer une symbolique particulière ? Une allégorie du monde de la mode, avec ses fausses pistes, ses impasses, ses embranchements, ses sorties pas toujours attendues ?

Fallait-il s’interroger sur ces parois de bois à la lumière de la collection qui a défilé ? Un trompe l’œil, destinée justement à tromper le regard. D’une richesse insensée, cette collection était emplie de références à l’Ancienne Egypte, parfois difficilement lisibles parce que les mannequins passaient trop vite. Il faudrait prendre le temps de décrypter toute cette iconographie mais certains symboles étaient évidents, comme l’œil d’Horus, les ailes de scarabées ou les lotus stylisés, en motifs sur les robes ou les chemisiers. Pour Riccardo Tisci, qui a nourri la plupart de ses collections de références chrétiennes, c’est un changement de paradigme certain.

Mais l’on comprend assez vite que l’on est dans une égyptologie de peplum, avec des références poussées à leur paroxysme, façon 20th Century Fox. Le premier look, donne le ton : un sublime blouson-protection de cuir métallisé – comme les ailes d’un scarabée sacré – porté sous le pardessus du Napoléon d’Abel Gance qui reviendrait de sa campagne d’Egypte. C’est Cléopâtre qui rencontre le général Bonaparte. Ou bien Jimi Hendrix.

Il ne faut pas prendre cette collection de 51 looks trop au premier degré, semble murmurer le créateur : c’est du cinéma. Du cinéma en technicolor. Jamais n’a-t-on vu autant de couleurs dans une collection Givenchy. Quelques looks noirs pourtant, entre tous ces imprimés qui se superposent, ces impressions panthère et pythons qui ne vivent en bonne harmonie que sur le corps d’un mannequin, attirent d’autant plus le regard. Une simple petite robe noire avec des manches arrivant au coude  raconte un autre Givenchy : Monsieur de.

On s’imagine beaucoup de choses en regardant passer les mannequins dans cet espace qui contraint le regard à ne voir rien au-delà de la collection. En voyant défiles ces vestes de hussard à la Jimi Hendrix. Et l’on se surprend surtout, après ces 51 passages, à désirer follement se protéger de l’hiver à venir derrière ce petit blouson de cuir, doux pectoral aux reflets métalliques irisés, comme les ailes d’un scarabée sacré.