Raf Simons quitte Dior

Raf Simons quitte la maison Dior. La nouvelle a été annoncée officiellement aujourd’hui. La collection printemps-été 2016, qu’il a présenté il y a deux semaines fut donc la dernière que le créateur belge aura dessinée pour Dior. Une collection tout en pudeur, mêlant la lingerie victorienne aux voiles transparents réchauffés de doux pulls aux manches raglan. Une parenthèse innocente, candide. Elle n’avait pas l’air d’une collection de fin, plutôt de recommencement. lire review

C’est après mûre réflexion que j’ai décidé de quitter mon poste de Directeur Artistique des collections Femme de Christian Dior Couture. C’est une décision fondée à la fois sur mon désir de me concentrer sur d’autres centres d’intérêts dans ma vie, notamment ma propre marque, et les passions qui me motivent au-delà de mon activité professionnelle. Christian Dior est une société extraordinaire et cela a été un immense privilège de pouvoir écrire quelques pages de son histoire magnifique. Je souhaite remercier M. Bernard Arnault pour la confiance qu’il a placée en moi, me donnant l’incroyable opportunité de travailler dans cette magnifique Maison entouré de la plus extraordinaire équipe dont on puisse rêver. J’ai aussi eu la chance durant les dernières années de bénéficier du leadership de Sidney Toledano. Sa direction, attentionnée, sincère et inspirée restera l’une des expériences les plus importantes de ma carrière professionnelle. »

En trois ans et demi Raf Simons aura réussi à écrire de nouvelles pages de l’histoire de la maison, réinventant de grands classiques, comme le fameux tailleur Bar, modifiant ses proportions tout en le modernisant. Il a joué avec les codes du passé pour les inscrire dans la modernité. Je n’oublierai jamais le choc ressenti lors de son premier défilé.

Dans le film Dior et Moi de François Cheng on découvrait son premier jour chez Dior. Aujourd’hui aura été le dernier.

Selon un communiqué daté du mois d’avril 2015, le groupe Christian Dior a réalisé sur les neuf premiers mois de l’exercice 2014-2015 (du 1er juillet 2014 au 31 mars 2015) un chiffre d’affaires de 26,2 milliards d’euros, en croissance de 11% par rapport à la période précédente. La haute couture a vu son chiffre augmenter de 16%. Raf Simons est un homme discret, mais son apport tant au niveau stylistique qu’en terme de résultat, est remarquable.

La question qui se pose désormais est de savoir qui va le remplacer. John Galliano avait été licencié en février 2011. La nomination de son successeur, Raf Simons, n’avait été annoncée qu’une année plus tard, en avril 2012. Entretemps Bill Gaytten, le bras droit de Galliano, a assuré la création des collections intermédiaires et dirigé les ateliers. Une situation qui ne saurait se reproduire aujourd’hui. La nomination doit intervenir avant les prochaines collections haute couture en janvier prochain.

Quel profil pour ce poste? Difficile de tirer une règle en observant les remplacements réussis – Hedi Slimane chez Saint Laurent, Nicolas Ghesquière chez Louis Vuitton, Alessandro Michele chez Gucci, Jonathan Anderson chez Loewe. On attend de voir ce que donnera l’union de Balenciaga et de Demna Gvasalia (VETEMENTS). Profil haut? Profil bas? A voir…

 

 

Dior en son jardin des délices

Un jardin dans un jardin. Le premier est symbolique, le second appartient au Musée Rodin.

Le long chemin qui mène à la structure éphémère servant de décor pour le défilé Dior haute couture fait partie de la scénographie. Les pas, obligatoirement lents quand on est juchée comme moi sur 12 cm de talon, laissent tout loisir d’observer l’architecture éphémère faite de multiples panneaux transparents peints à la façon des pointillistes. A l’intérieur règne une chaleur de serre, mais le lieu est trop beau pour que l’on s’en plaigne : les parois, comme des vitraux contemporains qui auraient été dessinés par Jackson Pollock, forment une chapelle païenne. Elle ne peut être dédiée qu’au culte du beau. Dans le dossier du défilé, j’apprends que je suis entrée dans “Le jardin des délices”, évocation du fameux triptyque de Jérôme Bosch. Vais-je passer du paradis à l’enfer ? Suis-je destinée à rester suspendue entre les deux?

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Raf Simons a commencé une saga en arrivant chez Dior et poursuit son œuvre, chapitre après chapitre. Pour sa dernière collection haute couture il convoque les peintres primitifs flamands. Les mannequins qui défilent, enveloppés de manteaux amples aux plis lyriques, semble être échappés d’un tableau empli de symboles dont  la signification échappe. Cet étrange jardin pourrait être une allégorie de notre quotidien.

La palette de couleurs semble avoir été empruntée à celle de Jan Van Eyck: des verts tirant sur le jaune, des rouges cinabre, des roses pâle. Les manches amples ont été bordées de vison comme le surcot que porte Giovanna Arnolfini sur le fameux tableau “Les époux Arnolfini”. Les modèles marchent en ayant  un bras étrangement replié sur le plexus, à la façon des portraits de Rogier van der Weiden, l’un de mes peintres préférés.

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J’étais intrigué par l’idée de fruit défendu et par ce que cela peut signifier de nos jours, explique Raf Simons dans le dossier. Comment l’idée de pureté et d’innocence s’oppose à celle d’opulence et de décadence(…).

Le créateur semble choisir le parti de l’innocence, évoquée par de longues robes virginales à peine protégées par bijoux façonnées comme des gilets sans manches en cottes de maille.

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Un défilé à clés. Par-delà son évidente beauté, il faudrait prendre le temps d’en décrypter les multiples symboles. Mais comme dans les tableaux de Jan Van Eyck, on suppose que l’auteur s’y révèle aussi.