Alexis Mabille, la haute couture en version XXL

Une cour d’immeuble chic pour décor, un podium brut qui monte et qui descend et des filles vêtues de robes couleur de l’aube. Imposantes les robes. Le satin duchesse semble avoir été sculpté pour s’imposer dans l’espace.

j’ai décidé de travailler une collection qui soit l’essence de la couture avec les tissus de la couture, les volumes de la couture, toute une architecture intérieure qui donne du volume à une robe et que personne ne connaît. Il y a des volants, d’immenses volumes compliqués à gérer, mais tant qu’il y a des clientes pour ce genre de robes on doit les faire”, confie Alexis Mabille. 


Les couleurs sont celles du jour quand il se lève. Il y a des gris un peu jaunes, des teintes pastel, très douces et d’autres incandescentes. Ce n’est pas une collection romantique, mais extrêmement féminine, jeune, toutes les robes ont des poches”, explique le couturier.


Le make up est inspiré dès mannequins star des années 60: Penelope Tree ou Twiggy

Pas de moquette sur le podium, mais quelque chose de très brut, comme pour un concert.”

Un concert de bruissements, le chant de la soie et du satin. 

Chanel dévoile les coulisses de la machine à rêves

Quand j’arrive au Grand Palais un jour de défilé Chanel, je me présente devant les portes avec l’âme d’une enfant à Noël. Je ne sais pas ce que va contenir cette grande boîte mais je sais toujours que ce sera surprenant, merveilleux, émouvant, inouï, fou, bref, renversant.Pour ce défilé haute couture automne hiver 2017, la maison a fait le choix très symbolique de reconstituer ses ateliers sous la coupole, avec les quelques 200 petites mains, leurs tables de travail, leurs aiguilles, leurs machines à coudre. Une très belle manière de dévoiler l’envers du décor à un public qui ne le connaît pas forcément et de rappeler que sans elles, sans toutes ces femmes au savoir faire unique (plusieurs centaines), la haute couture n’existerait pas.




“Certaines clientes sont allé saluer leur première d’atelier qui étaient très émues”, me confie Bruno Pavlovsky, le président des activités mode de Chanel.

Et tandis que chacune d’entre elles se livraient à leur travail extraordinaire de manière presque ordinaire sous le regard des premières d’atelier, les mannequins passaient vêtues de vestes ou de tuniques portées sur des jupes-culottes. Certains tailleurs semblaient être en tweed, mais chez Chanel, il ne faut pas toujours croire ce que l’on voit. Pour avoir découvert cette matière dans les ateliers d’art, il s’agissait en réalité d’une broderie réalisée sur un métier à tisser.


L’accent cette saison était mis sur les épaules: manches lanternes, ballons, épaulées, en pagode,… Et même des formes qui n’existent pas dans le répertoire comme ces manches biseautées qui semblent avoir été taillées comme des quart d’émeraudes.
Les mannequins portant le soir avançaient dans des robes longilignes aux manches rallongées de mitaines qui donnaient l’impression qu’elles avaient été sculptées par Giacometti. Cette impression de verticalité était renforcée par des coroles de plumes dessinant comme une aura autour des bras et épaules.


Mais l’art du merveilleux qui s’exprime de la manière la plus visible chez Chanel, c’est tout le travail des brodeurs, des paruriers, des plumassiers, qui savent faire pousser des jardins extraordinaires sur des vestes ou des manteaux.

Au moment du final, Karl Lagerfeld est allé chercher chaque première d’atelier afin de saluer avec elle. Sa manière de rendre hommage à ces femmes qui savent traduire ses dessins et les transposer de la 2ème à la 3ème dimension.

Sacai, un manifeste

On ne comprend pas tout de suite l’intention qui se cache derrière la collection automne-hiver 2016-2017 de Sacai. On remarque en revanche que les vêtements hybrides auxquels Chitose Abe nous avait habitués au fil des saisons semblent avoir disparu de ses intentions. Aucune robe-cape, nul trench-jupe ou blouson-capeline de dentelle ne fait son apparition sur le podium. Ce qui est annoncé de face est confirmé de dos. La légèreté aussi en est absente. Il y a quelque chose de plus dur, de plus protecteur dans ces silhouettes caparaçonnées comme pour partir en guerre. Mais en guerre contre quoi ? En guerre contre la guerre, confie Chitose Abe juste après son défilé.

Cette collection est une réponse aux temps un peu sombres que nous traversons. Un message pacifique nécessaire dans le monde d’aujourd’hui. Des patchs, des blasons qui semblent être en train de tomber, qui se détachent des vêtements. C’est un message contre les guerres, contre les violences militaires.

Si la créatrice japonaise semble avoir renoncé à réunir plusieurs vêtements en un, elle continue son œuvre de transformation et modifie les silhouettes grâce à des attaches façon ceintures d’avion ou harnais de parachutes. Mais au lieu de ceindre la taille, certaines ceinturent les fesses, créant de nouveaux volumes là où ils s’y trouvaient déjà. Ou, le haut des cuisses, ou la lisière de la poitrine, à la façon du hanbok, la robe traditionnelle coréenne et son Otgoreum qui pend sur le devant.

Ces harnais, c’est une référence aux punks, à leur esprit en rébellion. Et en utilisant ces attaches, à la façon d’un bondage par endroit, cela me permet de changer les silhouettes.

Les bras notamment qui semblent avoir été bandés après une blessure, alors qu’il s’agit simplement de déplacer les points d’appuis et contraindre les formes.

Quelques jupes en transparence se portent sous une veste en mouton retournée dont les manches ont été bandées. Les pulls sont imprimés de calligraphies et de lettres gothiques dont on peine à discerner le sens. Seul un blouson de cuir bleu nuit semble enclin à délivrer son message : Love will save the day, lit-on difficilement des deux côtés du zip. C’est justement la phrase écrite sur le T-shirt que porte Chitose Abe en coulisse. « L’amour sauvera le jour », comme la fameuse chanson de Whitney Houston. Une autre manière sans doute de dire que « la beauté sauvera le monde ».

FullSizeRender (51)
Photos: Isabelle Cerboneschi. “Love will save the day” lit-on de part et d’autre du zip.

“Stella loves you”

“STELLA LOVES YOU.” C’est ce qui était écrit en lettres de lumière LED sur l’invitation pour assister au défilé de Stella McCartney. Je ne sais pas si elle m’aime moi, personnellement, mais elle a une manière bien à elle de créer une sorte de club de fan qui la suit et de créer le désir avant même d’avoir montré le premier look du défilé.

Un désir qui naît au fur et à mesure que les silhouettes apparaissent sur le podium. On veut cette allure à la fois casual et habillée, ces doudounes végétariennes (aucune matière animale ne vient les fourrer), cette robe en jean délavée qui se lace, comme un corset, conférant à cette matière de la rue une tout autre intention. Et la dentelle papillon et ces jupes plissées métalliques et ce confort et ce réconfort.

Stella McCartney a le don de mélanger les matières, les styles et de créer une silhouette qui répond aux envies pas encore exprimés des femmes, mais qui semblent évidentes au moment où la machine « défilé » se met en route. Elle crée des vêtements hybrides mi-techniques mi-soir, elle s’inscrit dans plusieurs lignées, jouant avec les robes d’inspiration victorienne avec leur plastron à volant, attrapant le train des créateurs qui s’inspirent de la rue et des banlieues. Elle le fait avec chic.

La collection Stella McCartney de l’automne hiver oscille entre le Stiff et le Cool. Le genre de vestiaire dont on a envie pour se protéger des émanations de l’époque. Mais cela, la créatrice le savait avant nous.

Givenchy, saison cinétique

Un labyrinthe de bois. Le décor dépouillé du défilé de Riccardo Tisci pour Givenchy. Fallait-il y déchiffrer une symbolique particulière ? Une allégorie du monde de la mode, avec ses fausses pistes, ses impasses, ses embranchements, ses sorties pas toujours attendues ?

Fallait-il s’interroger sur ces parois de bois à la lumière de la collection qui a défilé ? Un trompe l’œil, destinée justement à tromper le regard. D’une richesse insensée, cette collection était emplie de références à l’Ancienne Egypte, parfois difficilement lisibles parce que les mannequins passaient trop vite. Il faudrait prendre le temps de décrypter toute cette iconographie mais certains symboles étaient évidents, comme l’œil d’Horus, les ailes de scarabées ou les lotus stylisés, en motifs sur les robes ou les chemisiers. Pour Riccardo Tisci, qui a nourri la plupart de ses collections de références chrétiennes, c’est un changement de paradigme certain.

Mais l’on comprend assez vite que l’on est dans une égyptologie de peplum, avec des références poussées à leur paroxysme, façon 20th Century Fox. Le premier look, donne le ton : un sublime blouson-protection de cuir métallisé – comme les ailes d’un scarabée sacré – porté sous le pardessus du Napoléon d’Abel Gance qui reviendrait de sa campagne d’Egypte. C’est Cléopâtre qui rencontre le général Bonaparte. Ou bien Jimi Hendrix.

Il ne faut pas prendre cette collection de 51 looks trop au premier degré, semble murmurer le créateur : c’est du cinéma. Du cinéma en technicolor. Jamais n’a-t-on vu autant de couleurs dans une collection Givenchy. Quelques looks noirs pourtant, entre tous ces imprimés qui se superposent, ces impressions panthère et pythons qui ne vivent en bonne harmonie que sur le corps d’un mannequin, attirent d’autant plus le regard. Une simple petite robe noire avec des manches arrivant au coude  raconte un autre Givenchy : Monsieur de.

On s’imagine beaucoup de choses en regardant passer les mannequins dans cet espace qui contraint le regard à ne voir rien au-delà de la collection. En voyant défiles ces vestes de hussard à la Jimi Hendrix. Et l’on se surprend surtout, après ces 51 passages, à désirer follement se protéger de l’hiver à venir derrière ce petit blouson de cuir, doux pectoral aux reflets métalliques irisés, comme les ailes d’un scarabée sacré.

Akris, carnets d’Afrique

Alizarine, Amarante, rouge d’Andrinople, bordeaux, carmin, cerise, cinabre, coquelicot, carmin, cramoisi, écarlate, garance, grenat, incarnat, pourpre, vermillon, toutes les nuances de rouge ont défilé chez Akris.

Parce que le rouge est la couleur de l’amour, mais aussi du danger, relève Albert Kriemler. On vit une époque où l’on aspire à l’amour, mais en même temps on se sent dans un certain état de danger, on ressent une certaine urgence. Et le rouge symbolise tout cela. Le danger et l’urgence provoquent une autre perméabilité à l’amour. J’ai décidé de faire un défilé rouge en novembre.

Il n’a pas besoin d’ajouter que novembre, ce fut le mois des attentats à Paris. Nous devions nous y retrouver à l’occasion de Paris Photo. Et puis il y a eu les événements. Albert Kriemler n’est pas le seul à avoir conçu une collection en réaction aux attaques qui ont eu lieu un peu partout dans le monde fin 2015. Mais personne ne le mentionne ouvertement. Une pudeur de créateur.Les inspirations étant toujours multiples, c’est surtout un voyage en Afrique qui a donné non pas une couleur, mais des impressions à la collection Akris.

C’est une collection très personnelle. J’ai vécu de grandes émotions lors d’un voyage au Kenya l’an passé, en découvrant le mode de fonctionnement des animaux dans leur environnement : comme ils se protègent, comme ils s’aiment, comme ils se battent, comme ils se dévorent. Et combien la nature est belle.

Je n’avais jamais voulu utiliser un imprimé animal auparavant. A mes yeux, c’était réservé à Yves Saint Laurent. Mais là c’était différent. L’Afrique était mon inspiration principale. J’ai donc choisi de reproduire des peaux qui m’inspiraient: la tortue, le zèbre, le gnou, le guépard, l’antilope. Il y a même une broderie façon peau d’éléphant et un effet zèbre en 3 D en néoprène moulé, développés par Forster Rohner, à Saint-Gall.

Chez Akris, il faut s’approcher pour voir. De loin, une chose a toujours l’air d’être une autre : les écailles de python par exemple, qui sont en réalité des écailles de cuir.

Elles ont été réalisées en quatre couleurs de cuir et découpées au laser. Elles ont été épinglées puis cousues une à une à la main. C’est du prêt-à-porter mais avec un savoir-faire haute couture.

IMG_9232

Et lorsque l’on voit apparaître un mannequin hiératique vers la fin du défilé, vêtu d’un manteau en cachemire double face rouge et bordeaux, le portant avec un port de tête de reine, on ressent cette puissance dont Albert Kriemler parlait : celle de l’amour et du danger réunis.

Akris_FW2016-17_ROS_043

Parce qu’entre deux défilés l’un des sujets principaux de toutes les conversations tournait autour du débat See now, Buy now,  (Je vois, j’achète), je demande à Albert Kriemler comment il se positionne à ce propos.

Les règles varieront selon les maisons, mais on doit se préparer. Cela prendra du temps. Notre métier est basé sur quatre piliers : la création, la communication, la distribution, et la vente. Ces quatre piliers tiennent un toit qui est encore beau. Internet a affaibli ces piliers. Il faut voir comment redresser cela. Cela fait longtemps que l’on trouve que faire défiler l’été en octobre n’a pas beaucoup de sens. Mais comment faire en sorte qu’une collection soit prête, en 4 tailles, avec toutes les pièces qui l’accompagnent – le T-shirt, la maille, le sportswear – au moment même où elle défile ? C’est déjà un miracle de tout produire dans le timing actuel.

Ce débat nous permet aussi de nous interroger sur la pertinence de toutes ces collections : a-t-on besoin de ces six collections Akris par an ? Nous faisons une pré-collection automne, une croisière, une collection prêt-à-porter printemps-été, une automne-hiver et deux collections de défilés. Et avec les collections Punto cela fait 10 par an. Plus les accessoires. A quel point est-ce intéressant pour les journalistes de voir tous ces produits ?

Cela fait des années que Didier Grumbach (l’ex-président de la Fédération française de la couture, du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode, ndlr) m’encourage à défiler en juillet, pendant la semaine de la haute couture. Il faut y réfléchir…

Et tandis qu’Albert Kriemler réfléchit, des reines passent sur le podium, indifférentes à tous ces débats, avec leur beauté comme offrande.

Akris_FW2016-17_ROS_047 (1)

Les néo-punks de Masha Ma

Masha Ma a étudié la mode à la célèbre London Central Saint Martins de Londres et vit entre Shanghai et Paris. Cette créatrice trentenaire fait partie de ces générations qui vivent dans un village global. Ses inspirations sont mixtes: un peu d’ici, un peu de là bas, mais rien de littéral.

Pour sa collection automne hiver 2016-17 elle a lancé sur le podium une horde de filles techno-néo-punks aux cheveux bleus ou arc-en-ciel, qui portent du cuir à même la peau, des chaînes un peu partout (ça ne choque plus personne depuis les années 90) comme des bijoux de peau. On retrouve certaines silhouettes de sa collection printemps-été, avec ces manches déstructurées (une version des manches gigot du XXIe siècle?) et des ceintures en lanières de cuir.  Voilà pour l’influence londonienne. Quant à l’Asie, Masha Ma s’est inspirée du Kintsukuroi, ou Kintsugi, cet art japonais qui consiste à réparer la porcelaine brisée avec une laque d’or. A croire que cette manière de mettre en lumière la beauté des failles a inspiré plusieurs créateurs cette saison (voir le superbe défilé de Yang Li).

Les filles portent surtout des bombers géants iridescents comme des CD qu’on a envie de leur voler à la sortie.

FullSizeRender (2)
Photos: Isabelle Cerboneschi

Quand Jane Austen croise le Lieutenant Français chez John Galliano

Avec sa robe de mousseline rose et son décolleté “regency” on a l’impression de voir apparaître Marianne Dashwood, et toutes les héroïnes de Raison et Sentiments qui auraient croisé le Lieutenant français sans sa maîtresse dans un bal londonien. Au moment de reprendre leur manteau au vestiaire, elles auraient emprunté son manteau officier, parce que c’est quand même plus cool qu’une cape en panne de velours et surtout ça tient plus chaud… C’est à cela que je pense en regardant la collection John Galliano dessinée par Bill Gaytten. Je le lui dit d’ailleurs, et ça le fait rire.

Oui c’était une peu ça finalement! Un mix de féminité et de tayloring. Un peu de codes de l’armée, un peu de Goya, un peu d’histoire du costume.

Cette collection qui raconte une histoire de force et de fragilité est sans doute la plus cohérentes de toutes celles qu’il a dessinées pour la maison John Galliano depuis qu’il en est le directeur artistique. Sans doute parce qu’il a cessé d’en rejeter les codes et les a totalement intégrés.

Ce sont les codes classiques de Galliano, le tulle, la mousseline, l’organza, la broderie, les robes en biais.

Les robes fragiles se portent sous des manteaux militaires kaki. On relève beaucoup de transparences plus estivales qu’hivernales.

Pour être honnête on a montré beaucoup de vêtements sans la doublure. C’est plus attirant sur le podium, une peau nue.

C’est à se demander si les saisons – printemps-été et automne-hiver – sont encore nécessaires. La mode est devenue globale et comme le faisait remarquer un de mes voisins, “au moment où sortent les collections automne-hiver, il y a toujours un coin dans le monde où ce sera l’été”.

 

Céline sous haute protection

« Elle n’est pas venue, elle était trop mal placée ». « Allo, tu es où ? Au premier rang ? On m’a assise tellement haut que je ne te vois même pas ! » C’est drôle d’écouter les humeurs des journalistes « déclassées » de leur premier rang habituel, assises dans les hauteurs. On nous avait prévenues pourtant : peu de premiers rangs, beaucoup de suivants…

Une foultitude de chaises de stade en lucite vert fluo attendaient les quelques 700 invités du show Céline. Comme si l’on allait assister à un match un dimanche matin, au Tennis Club de Paris, où ont lieu tous les défilés de la maison. Un avant-goût peut-être de la collection qui allait défiler, annonçant un certain sens de la nonchalance, mais très composée.

Si le premier look donne le ton de la saison, c’est un cocon. Un pull oversize noir dans lequel on se love comme dans une bulle porté sur un pantalon jaune soleil. La protection, la douceur, l’ampleur, ce sont les mots qui viennent à l’esprit en regardant le défilé Céline. Les pantalons ont des pattes non pas d’éléphants mais de mammouths. Les chemises noires ou blanches galonnées, les trenchs camel, les pulls, les capuches, le spencer noir au col en croco miel, et même les chaînes qui ceignent des robes, tout a l’air d’avoir été emprunté à quelqu’un de plus grand que soi, ou d’un sexe que l’on n’a pas.

Les robes, les pulls, sont « twistées », comme enfilés à la hâte, comme si rien n’avait vraiment d’importance au fond qu’un dimanche sous haute protection.

 

Rahul Mishra, un défilé comme une déclaration de tendresse

Le défilé de Rahul Mishra est comme une pause délicate au milieu de la fashion week, un poème en motion. Les filles avancent lentement, les vêtements ont des accents de l’ailleurs, mais juste des accents. “On sent une influence indienne mais ce n’est pas folklorique, ni ethnique, ce qui rendrait le vêtement inaccessible et non mode. Là, étrangement, c’est très élégant, ça fait rêver, c’est une belle réussite”, souligne Didier Grumbach, l’ex-président de la fédération de la couture et du prêt-à-porter.

J’ai été béni par la naissance de ma fille lors de mon dernier défilé et pendant ces 5 derniers mois je l’ai vue grandir, apprendre, j’ai découvert ce qu’était l’amour inconditionnel. J’ai essayé de mettre un peu de cela dans ma collection. Nous vivons des temps tellement chaotiques avec ce qui est arrivé à Paris, à Mumbai, que j’ai ressenti le besoin de partager l’amour. Rien d’autre.

Je me suis inspiré d’objets du quotidien que j’aimais : la porcelaine, la poterie chinoise que j’utilise tous les matins, les motifs des serviettes, ce genre de choses, et aussi de magnifiques textiles fabriqués en Inde.

Cette collection est un doux mélange de style européen, contemporain. Rahul Mishra, qui a étudié à l’Istituto Marangoni, utilise du jersey, du néoprène, de la broderie traditionnelle – comme le french knot (ou point de noeud) et des technique de l’artisanat indien traditionnel, comme cette technique où la soie est nouée une infinité de fois avant d’être trempée dans la teinture. Certains endroits sont donc réservés et le tout donne un effet en 3D.

Je recherche cette dichotomie, ce contraste entre les cultures, les époques. C’est ce qui me touche. La technologie nous amène sur des chemins nouveaux que j’ai envie d’emprunter. Mais tout en faisant perdurer les traditions qui se pratiquent en Inde. Pour tout ce qui doit être fait à la main, j’utilise le savoir-faire de villageois indiens qui vivent dans dans le Gujarat Cela leur évite d’avoir à déménager dans les villes et vivre dans des bidonvilles. Ce travail leur permet de rester en famille et prendre soin des leurs.