Aalto, collection singulière

Il y a quelque chose d’étrange dans le défilé d’Aalto: il fait naître des sentiments mitigés. A la fois réjouissants, et troubles, inquiétants. Cela tenait sans doute dans les couleurs – très vives quand il y en a – les mélanges un peu foutraques, vestes de jeans qui s’embourgeoisent de broderies, les imprimés inspirés des personnages de la BD Moomins, célèbre en Finlande, le pays dont vient Tuomas Merikoski, le directeur artistique de la marque.

Chaque vêtement de la collection semble avoir été customisé: pantalon découpé sur le devant, trench brodé sur un seul côté, collier de perle ajouté à un chapeau de pluie. On oscille entre décontraction et tradition, entre vintage et contemporanéité, entre robes de velours et jupes asymétrique, entre veste à poches démesurées et pull grunge déchiré.

J’ai essayé de faire quelque chose de constructif avec l’actualité qui n’est pas toujours très positive. Créer une collection qui embrasse la diversité. Chaque pièce est différente et unique, fabriquée de manière singulière et cela crée un ensemble qui trouve un point d’équilibre créatif et réjouissant.

La collection dessinée par s’appelle Tuomas Merikoski Uusi Fantasia, nouvelle fantaisie en finlandais, sorte d’utopie de placard.

On a travaillé un imprimé sur la base de la bande dessinée Moomins de Tove Jannson’s, une BD très connue en Finlande et qui reflète pour moi la société que l’on devrait construire.

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Tuomas Merikoski s’est inspiré  de l’histoire “le dangereux voyage”, faisant reproduire sur des pantalons, des vestes, des manteaux l’histoire de cette petite fille dont la vie réglée comme du papier à musique ennuie. Elle veut de l’inconnu et du danger. Et c’est ainsi que les mannequins se faisaient porteuses de parabole, encourageant à suivre les flux de la vie et ne pas résister au chaos, car du chaos naît finalement l’harmonie. En tout cas c’était le message.

 

 

Schiaparelli dans les étoiles

Le 4 février 1938, têtes couronnées, artistes, hommes politiques, magnats de la finance et de l’industrie, stars de cinéma se pressent pour voir le défilé le plus surprenant d’Elsa Schiaparelli: Le Cirque. Sacs en forme de ballons, éléphants et acrobates brodés sur les vêtements,  chapeaux de clown, Elsa Schiaparelli est la reine du storytelling.

Le 4 juillet 2016, artistes, actrices et un aréopage de redacteurs de mode attendent de découvrir la nouvelle collection dessinée par Bretrand Guyon le directeur du style de Schiaparelli. Elle s’appelle “Le cirque solaire ou les corps célestes.” Une ménagerie fantastique prend ses quartiers sur une robe de brocard japonais, quelques jongleurs et acrobates sont brodés sur un tailleur noir, un phénix multicolore a arrêté sa course sur  une robe. C’est la piste aux étoiles qui aurait croisé un atelier de couture. 

Je voulais déjà depuis un petit moment travailler sur ” Le Cirque” parce que cette collection printemps-été 1938 est extrêmement important dans l’histoire de Schiaparelli

Je pensais que c’était le bon moment pour traiter ce thème, explique Bertrand Guyon. C’était assez compliqué d’ailleurs parce que je ne voulais pas que l’on soit trop dans la citation:  absolument aucunes broderies aucuns imprimés n’est directement inspirés des archives que j’ai pu consulter. Je suis allé   voir les pièces de la collection au musée des arts décoratifs. Il possède des pièces magnifiques.  Cela m’a permis de réfléchir sur la manière dont je pourrais aujourd’hui retraduire ce thème dans l’esprit de Schiaparelli en étant fidèle à la maison, pour l’année 2016, sans tomber trop dans quelque chose de convenu. 

I.C.: En quoi ce thème est-il difficile? 

C’est un thème un peu dangereux parce qu’on peut vite tomber dans la caricature. Or je suis sensible aux problèmes des femmes qui doivent porter ces tenues tous les jours, ou presque. Il est important que cela reste possible.



– Vous avez beaucoup travaillé les épaules: certaines sont architecturées à l’extrême. 

Oui il y a un focus sur les épaules, sur les padings qui sont travaillés d’une manière différente, avec des accentuations très fortes, des constructions qui sont presque de l’architecture d’ailleurs. Mais tout cela reste assez léger. Certaines constructions sont inspirées du travail de Schiaparelli:  elle aimait énormément travailler les épaules, Dans les années 30 on voit beaucoup de ses vestes avec des petits corps assez hauts et des épaules très affirmées qui donnent beaucoup de caractère à la femme qui les porte. C’est un leitmotiv dans la collection.



Autre leitmotiv: le soleil, symbolique de la maison qui irradie les robes du soir. 

VÊTEMENTS défie les codes de la couture

Défilant (défiant) au premier soir de ce premier jour de Haute Couture à Paris, Demna Gvasalia et son collectif VETEMENTS ont envoyé un message fort au milieu de la mode : les codes ont changé, VETEMENTS s’est déjà adapté. On joue avec eux, ou on reste dans le passé. Par Elisabeth Clauss.



Le show était organisé dans les Galeries Lafayette. Allégoriquement, les pièces déjà en rayon. La presse et les acheteurs étaient triés sur le volet: VETEMENTS, qui reprend le langage « de la rue », entend rester exclusif en ce qui concerne les institutionnels . On était placé en fonction des corners du grand magasin, assis devant «Louis Vuitton » ou « Isabelle Marant ». L’ironie, la drôlerie de l’histoire. VETEMENTS dans la place, on ne voyait plus qu’eux. La maison indépendante a collaboré avec 18 marques populaires (Manolo Blahnik, Brioni, Schott, Levis, Perfecto,, Reebok, Canada Goose, Dr. Martens, Alpha Industries, Comme des Garçons Shirt, Eastpak… ), une façon de les intégrer à leur démarche subversive de semeurs de (délicieux) trouble dans l’industrie de toute façon en recherche de nouveaux repères, mais aussi de marquer leur lead : arrivée il y a à peine 3 ans sur le marché, VETEMENTS accorde désormais le privilège d’une fusion le temps d’une collection à des maisons historiques de la mode.



La saison dernière, Demna et Guram Gvasalia, son frère, responsable de tout le pôle business de la marque, avaient annoncé leur volonté de repenser leur calendrier de production et de distribution. Une vision logique et pertinente au vu des bouleversement de la consommation des collections de prêt-à-porter. Au début de ce mois de juillet, ils ont présenté le printemps-été… 2017, l’Homme, la Femme, et les accessoires. VETEMENTS a anticipé les nouvelles règles du retail. Mais avait-on anticipé VETEMENTS ?

 

Ulyana Sergeenko, des racines et des ailes… 

Chaque défilé d’Ulyana Sergeenko,  la créatrice Kazakh installée à Moscou, est une ode à la Russie. Elle en explore toutes les périodes. Pour sa collection automne-hiver 2017 elle a choisi de rendre hommage à la génération de Russes qui a précédé la sienne: la génération de ses parents qui ont grandi dans les années soixante. 



A l’en croire, on nageait dans l’enthousiasme et la certitude de jours meilleurs durant les “sixties futuristes” en Russie. Après tout, la mode est un medium qui permet de réinventer le présent, pourquoi pas le passé, si cela reste accessoire? 


Qu’importe au fond l’histoire que l’on nous raconte: seuls les vêtements restent et leur degré de “desirabilité”. 


Ukyana Sergeenko a atténué sa palette, usant de gris, de teintes “éteintes”, de roses lavés, éclairées par des transparences ou des fulgurances métalliques. Je n’ai pas compris la présence de toutes ces jarretières, en revanche, le travail de mosaïque de fourrure est superbe, tout comme les robes de dentelle conçues à la main chez Yelets et Volodga. Précieux.

Yan Lu, découpages

De plus en plus de Createurs Chinois défilent à Paris. Une bonne chose en un sens: cela prouve qu’en terme de mode il n’y a pas que le Sentier et la contrefaçon mais une vraie création chinoise qui s’éveille. La collection automne hiver de Lan Yu porte en elle la culture de son pays. Elle est inspirée de l’art de papier découpé. C’est après avoir rendu visite à la plus grande artiste chinoise de papier découpé – Madame Gao Fenglian – que Lan Yu a eu l’idée de cette collection. 

Cela fonctionne merveilleusement avec ce blouson façon “millefeuille” porté sur une simple robe de laine, beaucoup moins en revanche avec la traîne façon ikebana, trop lourde et qui brise la silhouette. Trop d’effet tue l’effet. 


Des papillons rouge s’envolent d’un voile blanc porté sur presque rien. La mariée était presque en rouge. Une poésie certaine.

Francesco Scognamiglio, premiers pas à Paris

Le créateur italien Francesco Scognamiglio retourne à ses premières amours: la haute couture.

C’est à Rome, sur les podiums d’Alta Roma qu’il a commencé à présenter ses collections en 2000 avant de se consacrer au prêt-à-porter enfant plus de 15 ans.

Invité pour la première fois par la Fédération française de la couture, Francesco Scognamiglio a présenté sa collection de haute couture mardi à Paris.


Extrêmement sophistiquée, toute en dentelle rebrodée et brocards précieux, cette collection s’inspire du destin de la princesse Grace de Monaco. D’où ces oscillations entre les robes de dentelle virginales – façon robe de mariée – et les robes de deuil. Un deuil savamment sexy, voile de dentelle compris.
Francesco Scognamiglio crée une couture à sa façon et apporte à la fashion week parisienne un nouveau regard: le créateur napolitain aime le drame et les femmes glam’. Une femme capable de perdre la tête pour les ors d’un palais.

And the winner is… Anthony Vaccarello chez YSL

“Une nouvelle organisation  créative pour la maison sera annoncée en temps voulu”. Ainsi se terminait le communiqué du Groupe Kering annonçant le départ d’Hedi Slimane de chez Yves Saint Laurent le 1er avril. On s’attendait à patienter un certain temps avant de connaître la teneur de cette nouvelle organisation – sans doute moins longtemps que chez Dior, qui a mis deux saisons pour nommer Jonathan Saunders à la place de Raf Simons – mais certainement pas 3 petits jours. Le nom du remplaçant d’Hedi Slimane au poste de Directeur Artistique de la maison Yves Saint Laurent a été annoncé aujourd’hui en fin d’après-midi et cette annonce officielle a mis fin à une interrogation qui n’en était plus vraiment une: c’est bien Anthony Vaccarello qui reprend les rênes de la maison. Ce créateur Italo-belge de 36 ans partait de toutes les façons comme favori dans la course qui menait à l’un des postes les plus convoités de la mode française.

Avec cette nomination, le groupe Kering démontre qu’il possède une vision extrêmement précise des profils qu’il souhaite nommer à la tête des maisons de mode historiques de son portefeuille: de jeunes designers possédant une vision, un univers bien à eux, avec des idées très tranchées sur ce que doit être la mode en l’an 2015 et suivants.  Ce fut le cas avec Alessandro Michele, un quasi inconnu nommé chez Gucci qui a réussi à redresser la maison et rendre la marque désirable en quelques saisons à peine, ce fut encore le cas avec Demna Gvasalia, un créateur underground, fondateur du collectif VETEMENTS nommé chez Balenciaga et qui a monopolisé toute l’attention et toute l’admiration de la presse avec son premier show pour la marque en mars dernier. Ce sera sans doute encore le cas avec Anthony Vaccarello qui a de fait quitté son poste de directeur artistique de Versus Versace avec effet immédiat et les regrets de Donatella Versace.

Même si je suis triste de le voir quitter la famille Versace, je souhaite à Anthony Vaccarello un fabuleux succès pour le nouveau chapitre qui s’ouvre devant lui, déclare Donatella Versace dans un communiqué. Ces dernières années j’ai travaillé avec trois immenses talents sur la marque Versus Versace: Christopher Kane, JW Anderson et Anthony Vaccarello. Leur passage chez Versus Versace les a conduit à faire une avancée immense dans leur carrière. J’ai apprécié la chance que j’ai eue de travailler avec chacun d’eux et j’ai aimé voir ce qu’ils ont apporté à une marque que j’aime profondément.”

Après avoir étudié le droit pendant une année, puis la sculpture, Anthony Vaccarello a suivi les cours de stylisme de la fameuse école d’art et de design La Cambre dont il est sorti diplômé avec les félicitations du jury en 2006. La même année il remportait le grand prix du Festival International de Mode & de Photographie à Hyères.  C’est là qu’il fut remarqué par Karl Lagerfeld qui lui a ouvert les portes de Fendi où le jeune créateur a passé deux ans à la création des collections fourrure. En 2009 il présente sa première collection sous son nom. En 2011, il remporte le prestigieux prix de l’ANDAM Fashion Award, assorti d’une somme de 200’000 euros. Ayant compris que son univers stylistique collait parfaitement avec celui de sa maison, Donatella Versace l’a choisi pour dessiner les collections de Versus Versace, d’abord comme consultant indépendant, puis, depuis 2015, comme Directeur Artistique. Trois heures avant l’annonce de sa nomination chez YSL, Versace annonçait son départ.

Anthony Vaccarello, c’est un style à la fois sexy et structuré, une manière radicale de cacher et de montrer le corps de femmes qui assument leur féminité et leur pouvoir de séduction. Bien obligée d’ailleurs, d’assumer quand on porte ses vêtements. Sans doute que son goût pour l’art et l’architecture y est pour quelque chose dans cet amour du corps et des formes. En cela il prend le contrepied d’Hedi Slimane, plus porté sur la ligne droite que sur la courbe.

Je suis ravie qu’Anthony Vaccarello nous rejoigne pour diriger la création d’Yves Saint Laurent, déclare Francesca Bellettini, Présidente-Directrice générale d’Yves Saint Laurent. La modernité et la pureté de son esthétique s’accordent parfaitement avec l’esprit de la Maison. Les silhouettes d’Anthony Vaccarello équilibrent impeccablement des éléments d’une féminité provocatrice et ceux d’une masculinité aigüe. Anthony Vaccarello est un choix naturel pour exprimer l’essence de la maison Yves Saint Laurent. Je suis enthousiaste à l’idée d’ouvrir cette nouvelle ère avec Anthony Vaccarello et de conduire ensemble la maison vers de nouveaux succès.

Ce à quoi Anthony Vaccarello répond:

La créativité, le style et l’audace de M. Saint Laurent sont légendaires. Je suis extrêmement reconnaissant de cette opportunité qui m’est offerte de pouvoir contribuer à l’histoire de cette maison extraordinaire.

Antony Vaccarello reprend les rênes d’une maison qui a fait des résultats extraordinaires depuis la nomination d’Hedi Slimane. En 2015, le chiffre d’affaire affichait une croissance à deux chiffres: + 36.9% au troisième semestre. Les résultats financiers ont été redressés, la maison de couture est née de nouveau dans un hôtel particulier de la rue de l’Université, le nom de Saint Laurent a retrouvé le prénom d’Yves, dont Hedi Slimane avait souhaité se passer. Il n’y a désormais plus qu’à…

La première collection d’Anthony Vaccarello pour la maison Yves Saint Laurent sera présentée en octobre 2016 lors de la semaine de la mode de la saison Printemps-Eté 2017 à Paris. Ce sera l’une des trois collections les plus attendues de la saison avec celle de Jonathan Saunders pour Dior et celle de Bouchra Jarrar pour Lanvin.

L’hiver sera chaud…

 

Veronique Leroy, on the road

Véronique Leroy a choisi de défiler chez Maxim’s

Pour ne pas avoir un lieu neutre. Et puis le côté très chargé art nouveau fonctionnait bien avec la collection, avec toutes ces superpositions.

Dès le premier look on comprends que la collection  automne hiver 2016 2017 explore tous les codes Véronique Leroy, même ceux des origines, qui relèvent d’avant la mode, quand elle s’habillait avec des vêtements achetés en seconde main et qu’elle mixait tout, affichant sa différence.

C’est une histoire de camionneuses, de filles qui partent au volant de la voiture. Il y a même un imprimé voiture. Je les ai imaginées dans plusieurs situations. Il y a celles qui sont plus féminines, habillées, moins habillées, et les autres, plus masculines, avec le portefeuille dans la poche arrière. 

Véronique Leroy s’est toujours jouée des genres, depuis ses premiers défilés.  Elle s’amuse avec les superpositions aussi:  un body  à lavallière gris perle se glisse sous justaucorps en maille de danseuse le tout porté sous un manteau de laine mauve ceint à la taille par une ceinture-bustier dorée, un bustier gris à volant casse la ligne entre un pull à l’imprimé voiture et un pantalon à carreau, un bustier de cuir fauve se porte sur une robe rouge portée avec un long gilet sans manche noir, la taille serrée par une ceinture XXL. Sur le papier, c’était risqué.  Dans la réalité c’est l’une de ses collections les plus enthousiasmantes depuis plusieurs saisons. Sans doute parce qu’elle y est 100% elle-même.

J’ai repris mes codes de mes premières collections. Je suis partie sur des couleurs que j’ai toujours aimées, les chocolats, les bruns, les roux, les beiges, les gris, les ocres, les verts foncés. Ces couleurs associés entre elles parfois se révèlent l’une l’autre.

J’adore pouvoir me refaire. À chaque saison je recommence. J’ai l’impression de m’améliorer, même si je rate. C’est comme une nouvelle chance à chaque fois.

 

Dior, laboratoire de formes

Juste avant un défilé – lequel ? Impossible de m’en souvenir – j’ai entrevu une jeune femme, très belle, qui s’est avancée pour prendre une star en photo. C’est son allure qui a attiré mon regard. Elle portait une robe avec une épaule asymétrique : l’une couverte et l’autre dénudée, mais pas entièrement. Comme si le tissu avait glissé nonchalamment, dénudant la clavicule, dans un jeu de séduction pas si naïf, sauf que ce glissement n’avait rien de fortuit. Il faisait partie de la structure même de la robe. Je l’ai reconnue tout de suite (pas la fille, mais la robe): collection Dior haute couture printemps-été 2016  qui a défilé en janvier dernier.
Et ce jour-là j’ai pris conscience du fait que le vocabulaire stylistique mis en place par Lucie Meier et Serge Ruffieux, les deux Suisses à la tête du studio de création Dior, lors du dernier défilé haute couture était suffisamment puissant pour être reconnaissable en une fraction de seconde. Alors que cette collection ne semblait pas totalement aboutie, en janvier dernier.

La collection prêt-à-porter qu’ils ont dessinée pour l’automne hiver est dans la même veine : l’esprit de modernité hérité de Raf Simons, mais avec leur twist à eux.

On retrouve des éléments jaunes purs, comme une réminiscence du premier défilé du designer belge pour Dior, des imprimés panthère et un manteau rouge vermillon. Le tailleur bar a gardé sa taille abaissée, comme l’avait redessiné Raf Simons. Mais les cols-écharpe, les hauts zippés, les martingales inversées sur les manteaux et les cabans qui deviennent éléments de décoration, les effets de manches, d’épaules, de coupe, c’est leur signature.

Comme si la collection haute couture avait été leur laboratoire – avec les idées fulgurantes et les ratés naturels– et que l’on découvrait l’aboutissement de leurs recherches dans cette collection automne hiver.

Et l’on se prend à désirer ce caban en cachemire kaki, ce blouson ou ce manteau de cachemire Camel avec le col comme une écharpe arrêtée dans son envol, comme une sculpture baroque. Et l’on se prend à se demander : et si Lucie Meier et Serge Ruffieux restaient ?

Rick Owens, mémoires d’outremonde

Vidéo: Studio Jungle

Ce qu’il y a de fascinant avec les défilés de Rick Owens, c’est que le créateur nous raconte à chaque fois une histoire, mais sans vraiment en dévoiler le synopsis. Le cadre, les personnages, les costumes, l’unité de lieu, tout est posé, mais il nous appartient d’y voir ce que l’on veut bien y percevoir.  Tout est question de projection.

Si son dernier défilé prenait le parti d’une bouleversante sororité, celui-ci, que raconte-t-il? Devant ces silhouettes, un sentiment difficile à définir. Les femme sont placées sous la haute protection d’un jumpsuit oversize orange,  ou blanc, comme on imagine devoir les porter dans des zones de danger. Elles semblent s’être vêtues des restes d’une civilisation, emmitouflées dans des vêtements-abri. Que s’est-il passé avant? On ne sait dans quelle ère on est sensé se trouver. Ni si Rick Owens s’était employé à faire des raccourcis avec l’espace-temps, façon Interstellar.

Et puis l’on remarque ces boules de cheveux qui servent à la fois de coiffure et de bulle protectrice, camouflant entièrement le visage: une sorte de scaphandre poreux. Elles ressemblent à des chrysalides.

Je me demande alors si  cette collection n’est pas la manière très personnelle de Rick Owens d’exprimer la révolution que vit le monde, et accessoirement, la mode? Ces chrysalides symbolisent-elles un monde en transformation? Ce serait un  message d’espérance: on sait que de la chrysalide sortira un papillon.