Le présent composé de Paco Rabanne

Comment inscrire l’héritage futuriste de Paco Rabanne, dans l’époque contemporaine?. Comment imaginer une mode qui puisse, non pas prédire un futur possible – on a abandonné ces utopies – mais qui soit totalement ancrée dans le présent. C’est ce à quoi s’emploie Julien Dossena, le directeur artistique de la maison. Et sa mode est une proposition.

Une proposition pour un présent possible, plus synthétique.

Je l’ai rencontré juste après le show. Quelque ma questions.

Cette collection ressemble à un laboratoire d’idées: vous avez exploré plusieurs avec plusieurs pistes 

On voulait un design assez fort. La silhouette que l’on veut pousser cette saison est plus carrée: un short très court, beaucoup de jambes, et en parallèle des pantalons pattes d’éléphant mélangés avec des matières un petit peu étranges.
Paco Rabanne est l’une des premières maisons à avoir travaillé avec de nouveaux matériaux et des assemblages.


Certaines robes sont taillées dans une matière organique, qui ressemble à un tressage. Qu’est-ce que c’est?

Du jersey coupé au laser qu’on rebrode par endroits et qu’on revient tisser et insérer à l’intérieur. C’est une jupe super facile à porter: c’est un tube de jersey qu’on adapte à sa morphologie.

Et les jupes chandeliers d’où viennent-elles?

Elles viennent directement des archives. Je trouvais intéressant de travailler sur la légèreté supposée d’une structure en plastique transparent, en plexiglass, avec des strass et des pampilles et le mélanger avec un look un peu plus surf, plage, voir même plongée. Je trouve l’interaction entre les deux univers intéressant.

L’inscription ” Future Sex” sur les t-shirt créés en collaboration avec l’artiste Peter Saville, cela veut dire quoi ?

Future Sex, cela peut vouloir dire beaucoup de choses, particulièrement en ce moment: le choix de son genre, de sa sexualité de son orientation aussi. C’est une réponse au livre érotique “Canned Candies”* sur lequel on s’est basé pour travailler ces t-shirt avec l’artiste Peter Saville. Les femmes, nues, portaient des robes de Paco Rabanne et ont être photographiées par Jean Clemmer (le photographe personnel de Salvador Dali, ndlr). Ces T-shirt sont une réponse contemporaine à ces livres…

*Canned Candies, The Exotic Women and Clothes, Jean Clemmer, Ed. Pierre Belfond, 1969.

Paco Rabanne, un certain futur

Croisé à l’issue du défilé Paco Rabanne, Nicolas Ghesquière ne cachait pas son plaisir :

C’était un show formidable ! Julien Dossena monte en puissance à chaque saison.

Ce qui est formidable, c’est de voir un designer adoubé par un autre. Et quel autre !
Cela fait deux ans que Julien Dossena a repris la direction artistique de la maison. Il fait partie de cette nouvelle génération de designers qui transmettent à la mode une nouvelle énergie. Paco Rabanne était un visionnaire, mais sa mode était rétro-futuriste. Ce qu’il envisageait comme un futur possible n’est jamais véritablement advenu. Ce pourrait-être différent avec Julien Dossena. Sa vision de demain est réaliste, parce que les lendemains, en termes de mode, ne sont pas si différents que les hiers. Dans le cas présent, hier, ce seraient les années 90.

Les femmes portent des robes métalliques rouges et des bombers jackets ornés des flammes, comme pour dire : attention danger ! Des sweats argentés et des pantalons baggy. Elles ont les seins triangle qui pointent sous les tops façon Cœur Croisé de Playtex, mais en noir et en moderne. On n’approche pas ces femmes-là de trop près. Julien Dossena les arme à même la peau.

Dans la mouvance du « See-now, buy-now » (je vois, j’achète) Une partie de la collection était en vente dès le lendemain du défilé. On ne navigue plus dans le futur, mais dans un présent palpable.