Yiqing Yin ou la beauté du reste

Le 16 décembre dernier, La Commission de Classement Couture Création du Ministère de l’Industrie, réunie à la Fédération française de la Couture, accordait l’appellation Haute Couture à Yiqing Yin.
Ses collections, je les suis passionnément depuis la première. Elle avait défilé en juillet 2012, dans une toute petite salle surchauffée sous les toits, mais dès le premier look, je me suis laissé emporter par cet univers onirique, servi par une technique magnifique. Le pli est roi au royaume de Yiqing Yin. Le drapé le suit de près.
La jeune couturière a une manière unique de magnifier les matières les moins nobles. Dans sa collection haute couture printemps-été 2016, ce sont les boutons-pression liés de fils de cuivre qui sont élevés au rang de broderies, formant une cotte de maille délicate et sensuelle. Elle invente une couture alternative.

« Si l’on accepte des jeunes comme moi dans le calendrier de la haute couture, c’est aussi pour venir bousculer les conventions, inventer un nouveau langage, dit-elle. »

Sa collection haute couture printemps-été 2016 s’appelle Blooming Ashes. Les cendres en fleur. La beauté de ce qui reste quand il ne reste plus rien.

Vidéo Copyright: Studio Jungle

« On était déjà à moitié dans la collection en novembre dernier quand ont eu lieu les attentats parisiens. J’avais l’impression qu’il n’y avait plus aucun sens à rien, que l’on était dans les gravats de la civilisation.»

Yiqing Yin s’est alors interrogée sur les effets possibles d’une apocalypse.

«Les survivants deviendraient-ils des barbares ou est-ce qu’ils iraient les uns vers les autres, dans un besoin de connexion, de contact, sans pudeur, sans retenue? Dans les deux cas j’imagine qu’il y aurait un retour au primitif, à l’instinct de survie ou à l’instinct de civilisation. Je pense que c’est un instinct de combler notre mal-être le plus profond qui est la solitude. »

Yiqing Yin a donc fait le pari du beau. Et c’est une femme amazone qui est sortie debout de cette histoire.

« Une femme dénudée de tout artifice, qui se reconstitue une armure avec les restes de la civilisation, en inventant une propre gestuelle, rapide, comme dans l’urgence. »

Les tissus semblent jetés, enroulés, noués à la hâte, avec ces robes du soir en jersey de soie, même si en réalité, il s’agit de drapés, de plissés à la construction complexe.

« Il y a un paradoxe entre des éléments durs, architecturés – métal, peau tressée, harnais de cuir irisé – et les tissus très libres qu’ils retiennent. Une dualité entre le mou et le dur, l’armure et la seconde peau, dit-elle. »

Les robes de cocktails sont en laine double face avec des couleurs terrestres, des teintes de cendre, parsemés de touches de lumières. Les voiles tissés de minuscules chaines de métal épousent le corps comme de l’eau, tout en faisant office de cotte de maille.
La femme porte des voiles harnachés de cuir, ceints de cordages, comme pour la retenir. Elle joue la belle métamorphe dans sa robe de mosaïque de fourrure pensée avec le créateur textile Coen Carsten. Animale. Sa robe liane, faite de branchages de passementerie, l’enveloppe telle une douce armure. Et dans sa robe de LED, d’organza liquide irisé et de cordes de piano co-créée avec le sculpteur Bastien Carré, elle semble révéler son aura.

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Photo: DR/ Yiqing Yin

« Il y a une humilité des matières, du jersey de soie, de la laine, du cuir, de la corde, des boutons pression, confie Yiqing Yin. L’extrêmement brut devient quelque chose de noble, de souverain. »

Sa collection dessine les contours d’une reine errante, souveraine portant précieux lambeaux, prêtresse d’une nouvelle ère.

Akris, la ligne claire

La dernière personne que j’ai rencontrée pendant cette fashion week, c’est Albert Kriemler, le directeur artistique d’Akris. Et c’est avec lui que je mets donc un terme à cette série. Chaque moment passé dans ses bureaux de l’Avenue l’Avenue Pierre-1er-de-Serbie est une parenthèse de calme, un moment sucré (en référence au gâteau au chocolat proprement démentiel servi avec le café), et l’assurance de découvrir, à travers ses collections épurées,  des tissus révolutionnaires, pure invention de ses ateliers saint-gallois.

Albert Kriemler est l’homme qui habille les femmes de pouvoir et quelques têtes couronnées, S.A.S. la Princesse Charlène notamment. Chez Bergdorf Goodman, à New York, il est traité comme un prince. A raison : il leur fait réaliser un chiffre d’affaires phénoménal, bien supérieur à celui de quelques grandes marques françaises. Les Américaines raffolent de son style minimaliste, de ses matières d’une qualité irréprochable, de son art de l’understatement chic, de sa subtilité. La puissance n’a pas d’emprise sur cet homme qui est à l’image des vêtements qu’il dessine depuis 30 ans. Il sait d’où il vient : de Saint-Gall où sa grand-mère Alice Kriemler-Schoch avait ouvert un atelier en 1922 et pour y fabriquer des tabliers. En forme d’hommage, il y a toujours une robe tablier cachée dans les collections d’Albert Kriemler. Comme un doux clin d’œil à ses racines.

Maître en son royaume, Albert Kriemler continue à se lancer, ainsi qu’à ses ateliers, des défis techniques impossibles. Chaque saison il recherche le Saint Graal : à savoir une matière, un toucher, un rendu nouveau, révolutionnaire. Sa révolution, il la fomente en profondeur, dans la trame, le droit fil du tissu. Son dernier défi en date ? Créer une collection inspirée de l’œuvre de l’architecte japonais Sou Fujimoto.

Le point de départ de cette collection était ma visite au Serpentine Pavilion qu’il a créé en 2013.

Penser qu’Albert Kriemler s’est livré à un simple travail d’interprétation serait mal le connaître. Il fallait que le tissu « incarne » la matière architecturée, qu’il rende l’effet autant que l’esprit, la transparence et les opacités, les volumes, l’espace, le lien entre l’objet et la nature qui l’entoure.

Les deux hommes se sont rencontrés une première fois à Paris. Albert Kriemler a pu montrer des tissus et des idées à Sou Fujimoto «qui a dit oui, et non. »

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Photo: Shinji Minegishi

Ensuite je suis parti quatre semaines en Asie, pour essayer de comprendre un peu les différences entre le Japon, la Corée et la Chine et surtout rendre visite à Sou Fujimoto dans son studio. Et aussi pour l’ouverture de notre magasin à Shanghai. Je me suis rendu à Naoshima où j’ai découvert le Naoshima Pavilion, qui ressemble à un diamant. On l’a reproduit en broderie de Saint-Gall.

En travaillant avec lui, j’ai découvert à quel point il est sensible au fait que les gens se sentent bien dans ses architectures. Un peu comme dans un vêtement.

Pour traduire la Taiwan Tower de 300 mètres de haut et sa structure de bambous j’ai essayé la broderie de Saint-Gall mais je n’y arrivais pas. Le rendu était trop mathématique, pas assez naturel. Alors je suis allé à Lyon chercher du velours sur chiffon soie. Il reste encore une maison qui sait le fabriquer.

Chaque passage du défilé est un hommage à une création de Sou Fujimoto. Pour les premiers looks, en coton blanc, simples comme une page blanche, ou un mur blanc, que l’on aurait troués, Albert Kriemler a développé un nouveau coton doux et chaud comme une peau de bébé. Mais pour s’en rendre compte, il faut s’approcher, tout près, et toucher. Le toucher est important dans cette maison, car la vue ne suffit pas toujours. Il y a aussi de sublimes blousons, légers comme si l’air nous avait fait la grâce de se matérialiser. Leurs reflets changeants rappellent la structure d’acier qui recouvre les Setonomori Houses, ces maisons qui semblent avoir été déposées de manière aléatoire par l’architecte au cœur d’une forêt.

Sa virtuosité était inspirante pour ma virtuosité dans le domaine du développement de tissu, confie Albert Kriemler. C’est cette passion qui me fascine. Mais je me suis retrouvé face à mes limites : c’est la première fois que je ne réussis pas à rendre un effet en broderie de Saint-Gall !

Et lorsqu’il prononce le mot « limites », il a les yeux qui brillent.

Juste après le défilé la chanteuse-auteur-compositeur Janelle Monae, vêtue en Akris est venue embrasser Albert Kriemler.

C’est un génie! J’aime les détails, les couleurs, le côté futuriste mixé avec le minimalisme, tout était impeccable.

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Haider Ackermann et son armée des ombres


Et soudain la voix de Maria Callas s’est détachée du mixage techno où elle disparaissait sous les sons synthétiques. Elle a pris le dessus dans sa toute puissance, s’est élevée au milieu des statues du Palais de Tokyo, cristalline, implorante, merveilleuse. « Casta Diva… »
Chaste déesse. Sont-elles si chastes que cela les femmes lancées sur le podium par Haider Ackermann dans une nuée de neige carbonique? Sous les blousons de cuir portés à cru, seul un gilet, ou une écharpe blanche,  sans doute volée à un homme portant smoking, voile un sein. Elles portent des pantalons de cuir taille basse et des chemises ornées de dentelles façon jabots, des blousons de moto tagués dans le dos d’un H qui ne résume pas le créateur, mais qui l’identifie. Quelques pantalons de satin et des couleurs poudrées – rose, jaune, mauve, vert pistache, bleu pastel  – que l’on s’attendrait à retrouver dans les peintures d’Elisabeth Vigée le Brun plutôt que dans une collection signée Haider Ackermann, prince des obscurités et des demi-teintes. Sur le visage, une voilette, comme une toile d’araignée. Elles ont la peau pâle de celles et ceux qui connaissent les portes qui font passer d’un monde à un autre.

Spargi in terra quella pace que regnar tu fai nel ciel, chante Maria Callas*

Et nous la regardons passer cette sublime tribu de femmes unies dans leur dessein. De qui, de quoi vient-elle nous sauver, cette armée des ombres?

Haider Ackermann Fashion Show, Ready to Wear Collection Spring Summer 2016 Paris Fashion Week NYTCREDITS: Valerio Mezzanotti /NOWFASHION
Haider Ackermann Fashion Show, Ready to Wear Collection Spring Summer 2016
Paris Fashion Week
NYTCREDITS: Valerio Mezzanotti /NOWFASHION

*Répand sur la Terre, cette paix que tu fais régner au Ciel. (Norma, Bellini).

Iris Van Herpen, la poésie de l’étrange


Les défilés d’Iris Van Herpen sont attendus comme des happenings où elle dévoile une certaine idée de la mode : la sienne. Une mode cérébrale et scientifique. Depuis ses premiers shows elle explore les liens entre le corps et la biotechnologie. Iris Van Herpen a toujours collaboré avec des chercheurs,des scientifiques, des biologistes, des architectes, des artistes, mêlant différentes techniques. Et ses collections sont des histoires dont il faut généralement se faire expliquer les codes.
Des robes de sirènes faites dans une matière aux reflets aquatiques découpés au laser comme des filets, ondulent lentement dans l’espace. Leur mouvement dans l’air est plus lent que celui d’un tissu. Les mannequins semblent être vêtus d’eau ruisselante, personnages fantasmagoriques sortis de l’imaginaire de la créatrice néerlandaise.


Au centre de l’espace l’actrice Gwendoline Christie (Brienne de Torth, de la série Game of Throne), telle une belle endormie, repose tandis qu’une robe circulaire est en train d’être tissée autour d’elle par trois entités, créations de l’artiste Jolan van der Wiel.

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Cette collection est inspirée par des ponts d’arbres vivants que l’on trouve en Inde, explique Iris Van Herpen après le show. Ils n’ont pas été fabriqués par la main de l’homme mais se sont formés grâce à leurs racines. Et cela démontre le potentiel de l’architecture organique, vivante, dans le futur.

D’où la robe qui se tisse tandis que les mannequins défilent. La créatrice a introduit une matière ultimement féminine dans son travail : la dentelle fabriquée selon différentes techniques, toujours. Parce que sinon, ce serait trop simple.

Il y a de la dentelle de Calais, fabriquée sur des métiers utilisés depuis le XVIème siècle, de la dentelle en impression digitale, de la dentelle faite main, et de la dentelle découpée au laser.

C’est sans doute la collection la plus « féminine » d’Iris Van Herpen. Et toujours cette poésie née de l’étrange mélange entre l’artisanat et la technologie.

Photos: Isabelle Cerboneschi
Photos: Isabelle Cerboneschi

Sacai, la parenthèse enchantée

Depuis qu’elle défile à Paris, Chitose Abe, la fondatrice de Sacai a imposé son unicité. On peut toujours trouver des filiations entre tel et tel créateur. Avec elle, c’est plus difficile : hormis le fait qu’on peut l’inscrire dans la famille des Japonais de la déconstruction –  Rei Kawakubo de Comme des Garçons notamment, avec qui elle a travaillé pendant dix ans dès 1987 – il est nécessaire de la traiter à part.

Ses collections relèvent de l’assemblage, comme on parlerait d’un grand cru. L’étrange beauté de chacun de ses vêtements, que l’on peut qualifier d’hybride, car remplissant plusieurs fonctions, est née de son art de l’alliage, de son goût de l’accident, de sa manière de manier les contraires de les unir malgré eux, pour atteindre l’harmonie contre toute attente. Ses vêtements sont à l’image des femmes qui cumulent tous les rôles: femme d’affaires et mère, créatrice et séductrice,… Dans un entretien qu’elle a donné au Hors-Séries Mode du Temps, parue le 19 septembre dernier elle déclarait:

Je ne me fixe aucune règle. Je ne fais confiance qu’à mon intuition. Mes choix artistiques s’apparentent à des coups de foudre.

J’essaie moi-même toutes mes pièces. Tout ce que je crée est motivé par le désir intense d’être porté.

Chitose Abe a introduit une touche plus féminine dans sa collection printemps-été 2016, n’hésitant pas à user d’effets de lingerie, de dentelles, de guipures, de dorures presque baroques. Elle avait déjà exploré il y a trois saisons les robes-foulards. Cette saison elle crée des robes en patchwork de bandanas, mélange la laine marine et la guipure dorée comme si elle avait sorti d’une malle aux trésors des tissus disparates auxquels elle aurait choisi de donner un sens.

Il y a quelque chose qui confine au magique dans les collections Sacai. La nature même d’un vêtement change selon l’angle depuis lequel on le regarde. L’endroit ne laisse jamais rien présumer de l’envers : lorsque une femme est passée, reste la surprise de découvir son dos. Un blouson peut se muer en robe. Il faut être attentif à cette métamorphose.

Chitose Abe a l’art de transfigurer le trivial et l’élever au rang du merveilleux.

Stella McCartney lets the sun shine in !

Le défilé de Stella McCartney donnait une furieuse envie de se faufiler en backstage, de se glisser dans l’une de ses robes en plissé soleil bicolore et danser sur la place de l’Opéra (l’intérieur étant réservé aux étoiles). Sa collection printemps-été 2016 est joyeuse, drôle, décalée, colorée, exubérante, d’une sensualité heureuse, à peine esquissée. Les couleurs acides donnaient envie d’été : diabolo menthe, grenadine, citron pressé, spritz, blue curaçao, barbapapa.

Stella McCartney habille les femmes qui n’ont besoin de prouver à personne l’immensité de leur pouvoir. Des femmes qui se jouent des attributs de la masculinité – les fines rayures des costumes d’hommes, ou les imprimés écossais – qui portent des pantalons larges sous des vestes XXL qui ont tombé les manches.

Son sens aigu du tailoring s’exprime jusque dans les robes-polo. Elle les twiste, les transforme en fourreaux.

Son sportwear sort le soir. Appelons-le sportsoir…

Hermès, le luxe comme une esquisse

Il est des collections qui parlent haut et d’autres qui murmurent. Il est des vêtements qui sont comme une ligne claire. On les dirait ébauchés à main levée, d’un seul trait. Ils se contentent du strict minimum pour s’appeler vêtements, d’ailleurs. En deçà, c’est à peine un dessin, une esquisse.

A l’intérieur du trait il y a des aplats de couleurs. Du blanc souvent. Du rouge coquelicot, du jaune moutarde, du bleu cobalt, aussi. Et très peu d’ornements. Une ligne de couleur, voire plusieurs, mais surtout ne pas frôler la démesure ! Tenir toute profusion à distance. Ne garder que l’essentiel : le trait, la couleur pure, le geste, le mouvement.

J’essaie de circonscrire la collection Hermès pour le printemps-été dessinée par Nadège Vanhee-Cybulski. Sa deuxième. Et ce n’est pas l’exercice le plus facile car on est dans le domaine de l’épure. On navigue dans le monde de l’essentiel, de l’intemporel, dans un espace qui n’appartiendrait pas à la mode, si on laissait faire. On navigue dans des temps qui n’ont ni débuts, ni fin, où passent des essentiels : trench, blousons de cuir, robes trapèze, jupe-culotte et robes plissées comme en portait Renée Perle sur les photos de Jacques-Henry Lartigue. Les matières aussi sont de grands classiques : du cachemire double face, du coton, du cuir, de la soie,..

Cette collection pourrait être l’essence d’une maison sur laquelle le temps semble ne pas avoir de prise.

 

 

Les amazones s’habillent en Mugler


La collection printemps-été 2016 que David Koma a créée pour Mugler, affiche une allure martiale librement revendiquée par le directeur artistique. Les codes couleurs déjà, empruntés à la Marine : du noir, du blanc, du bleu marine et du kaki, où brillent des boutons dorés et des plastrons métalliques, sortes de grades symboliques. En l’honneur de quoi, ces décorations? Qu’importe, dans la vie d’une femme, il y a toujours une bataille gagnée pour laquelle elle mériterait des médailles. Fussent-elles un simple ornement de robe.

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L’allure ensuite : des vestes aux poches plaquées, des épaules droites accentuées, des blazers, des robes de cuir, des fourreaux aux découpes asymétriques. Tout est très architecturé, anglé, tenu chez Mugler. Un peu trop. Et peut-être que les pièces les plus désirables sont justement celles où David Koma introduit la courbe, comme certaines robes body conscious ou cet ensemble pantalon kaki, avec son top asymétrique aux épaules découpées en en rondeur, qui rappelle les motifs de Calder.

Parce qu’à la rigueur il faut savoir opposer la douceur.

 

Ann Demeulemeester, une histoire de peau et d’ombre

Comment étendre l’univers gothique construit pendant des années par Ann Demeulemeester et explorer d’autres contrées ? Comment arpenter de nouveaux chemins, tout en restant fidèle à l’esprit de la fondatrice de la marque? Sébastien Meunier fait quelques pas de traverse avec sa collection printemps-été. Il introduit une touche sensuelle dans ce romantisme dark dont il a hérité.

Ses beaux oiseaux de nuit dévoilent leur chair, mais à la manière bondage, avec colliers et harnais de cuir. Elles sont des Isis combattantes, parées de plumes, un travail de la sculptrice anglaise Kate MccGwire dont le travail explore les opposés (beau-laid, familier-étrange) à travers le medium de la plume. Elles portent des robes de mousseline, comme s’il elles s’étaient vêtues de nuée.

Il y a un esprit païen qui émane de cette collection, réunissant une tribu de femmes puissantes, auxquelles on pourrait prêter des pouvoirs chamaniques. Moins poétiques mais plus battantes. Des amazones qui ne connaitraient pas l’été.

 

 

Céline ou le vestiaire imaginaire de Phoebe Philo

Phoebe Philo donne l’illusion de travailler dans la continuité alors qu’elle invente un nouveau vocabulaire stylistique à chaque collection. A moins qu’elle ne change simplement de langue pour s’exprimer de manière universelle. La directrice artistique de Céline marche sur un fil ténu qui délimite le connu et l’étrange. La saison printemps été est plus familière que ne l’a été l’automne hiver, mais le décalage n’en est pas moins présent.

Cette collection pourrait être la définition d’un vestiaire idéal, parant à tout, protégeant de tout, parfois même de soi-même. Dans un décor de toiles de bâches colorées séparant les espaces – une installation conçue par l’artiste danois FOS – Phoebe Philo fait défiler des silhouettes d’un été diversifié, qu’il soit chaud, qu’il soit froid, qu’il soit proche ou lointain, qu’il fasse jour ou nuit.

Les premiers looks sont les prémices du jour, ou leur achèvement : une suite de robes lingerie bordée de dentelle noire. Les tuniques d’inspiration indienne en coton blanc côtoient des costumes d’hommes, larges, en tissu en Prince de Galles. Et de manière récurrente apparaissent de sublimes manteaux bi-matière à la coupe parfaite aux manches basses et à la taille corsetée par une maille puissante. Un manteau qui protège, avec ses épaules basses et ses formes arrondies, et qui à la fois maintient, accompagne. Un peu comme le ferait une main amie.

Une collection de tous les possibles.