Céline sous haute protection

« Elle n’est pas venue, elle était trop mal placée ». « Allo, tu es où ? Au premier rang ? On m’a assise tellement haut que je ne te vois même pas ! » C’est drôle d’écouter les humeurs des journalistes « déclassées » de leur premier rang habituel, assises dans les hauteurs. On nous avait prévenues pourtant : peu de premiers rangs, beaucoup de suivants…

Une foultitude de chaises de stade en lucite vert fluo attendaient les quelques 700 invités du show Céline. Comme si l’on allait assister à un match un dimanche matin, au Tennis Club de Paris, où ont lieu tous les défilés de la maison. Un avant-goût peut-être de la collection qui allait défiler, annonçant un certain sens de la nonchalance, mais très composée.

Si le premier look donne le ton de la saison, c’est un cocon. Un pull oversize noir dans lequel on se love comme dans une bulle porté sur un pantalon jaune soleil. La protection, la douceur, l’ampleur, ce sont les mots qui viennent à l’esprit en regardant le défilé Céline. Les pantalons ont des pattes non pas d’éléphants mais de mammouths. Les chemises noires ou blanches galonnées, les trenchs camel, les pulls, les capuches, le spencer noir au col en croco miel, et même les chaînes qui ceignent des robes, tout a l’air d’avoir été emprunté à quelqu’un de plus grand que soi, ou d’un sexe que l’on n’a pas.

Les robes, les pulls, sont « twistées », comme enfilés à la hâte, comme si rien n’avait vraiment d’importance au fond qu’un dimanche sous haute protection.

 

Céline ou le vestiaire imaginaire de Phoebe Philo

Phoebe Philo donne l’illusion de travailler dans la continuité alors qu’elle invente un nouveau vocabulaire stylistique à chaque collection. A moins qu’elle ne change simplement de langue pour s’exprimer de manière universelle. La directrice artistique de Céline marche sur un fil ténu qui délimite le connu et l’étrange. La saison printemps été est plus familière que ne l’a été l’automne hiver, mais le décalage n’en est pas moins présent.

Cette collection pourrait être la définition d’un vestiaire idéal, parant à tout, protégeant de tout, parfois même de soi-même. Dans un décor de toiles de bâches colorées séparant les espaces – une installation conçue par l’artiste danois FOS – Phoebe Philo fait défiler des silhouettes d’un été diversifié, qu’il soit chaud, qu’il soit froid, qu’il soit proche ou lointain, qu’il fasse jour ou nuit.

Les premiers looks sont les prémices du jour, ou leur achèvement : une suite de robes lingerie bordée de dentelle noire. Les tuniques d’inspiration indienne en coton blanc côtoient des costumes d’hommes, larges, en tissu en Prince de Galles. Et de manière récurrente apparaissent de sublimes manteaux bi-matière à la coupe parfaite aux manches basses et à la taille corsetée par une maille puissante. Un manteau qui protège, avec ses épaules basses et ses formes arrondies, et qui à la fois maintient, accompagne. Un peu comme le ferait une main amie.

Une collection de tous les possibles.