Andrew Gn, la vision punk d’un dandy 

La marque de fabrique d’Andrew Gn c’est un prêt-à-porter hyper sophistiqué. Le designer utilise les tissus et les techniques de la haute couture. Il habille une clientèle fidèle qui aime cette luxuriance, ce savoir-faire jusque boutiste.

Alors quand Andrew Gn me confie juste avant le défilé que le thème de sa collection printemps été est la rencontre entre les Merveilleuses du Directoire et les punks des années 80, je me demande comment il a réussi à faire réaliser ce saut quantique à ces deux contre-cultures. Andrew Gn est un amoureux de l’histoire et ceux qui l’ont écrite ne sont jamais bien loin de ses collections.

J’ai choisi ce thème parce que je voulais quelque chose de raffiné mais en même temps un peu “off”, moins soft.

Pour être sincère, l’esprit punk, ce mouvement nihiliste mu par le mot d’ordre “No Future” n’est pas franchement soluble dans le style raffiné d’Andrew Gn. Mais en voyant s’avancer des robes en patchwork de jeans ou de broderies anglaises délicates, je comprends que pour lui il s’agit surtout d’un léger encanaillement, allant jusqu’à l’usage des ceintures et des bottines cloutées.

Une collection en deux parties: l’esprit des années 80 d’abord, puis l’évocation du Directoire ensuite, avec des robes comme des jardins fleuris.

Après les clous, les fleurs…

L’esprit des Romanov survole le défilé d’Andrew Gn

J’ai trouvé deux jolies photos il y a quelques mois: on y voit le tsar Nicolas II, avec sa famille. La photo a été colorisée. Sur la seconde on voit deux de ses filles: la grande duchesse Olga et l’une de ses sœurs en photo dans leur uniforme de régiment : deux vestes militaires brodées avec une longue jupe en taffetas. C’était à cette époque que l’on a commencé à mixer les costumes féminins et masculins.

C’est assez romantique. Quand on pense quelques années plus tard la famille avait disparu… C’est une histoire touchante et un look extraordinaire. C’est le point de commencement de la collection.

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Photos: Isabelle Cerboneschi

Avant son défilé, Andrew GN me montre quelques détails qui ne se voient bien que de près : les soutaches qui ornent les «Visiteuses », ces vestes d’inspiration militaire avec une ouverture dans le dos pour permettre aux femmes de les porter sur leurs robes à crinolines ou en montant à cheval, le travail de passementerie, les broderies noires sur noir. Il raconte aussi qu’il faut 2 jours à l’artisan pour terminer un T-Shirt avec du cachemire tressé à la main.

Je soutiens la slow fashion. Je crée des vêtements que l’on ne peut pas copier en 48 h.

La collection automne hiver crée par Andrew Gn est opulente mais sans ostentation. On s’imagine hors contexte porter l’une de ces vestes d’aspect militaire entièrement ornée, ces capes brodées avec une paire de jeans, en précieux décalage. On est aux antipodes de la mode inspirée du street style qui émerge un peu partout : on est dans l’univers des métiers d’art et de l’histoire. Une mode qui a des lettres.

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Andrew Gn, entre Orient et Occident

Chaque fashion week génère ses petits rituels, comme celui d’aller embrasser Andrew Gn en coulisses, juste avant son défilé. Attendre qu’il raconte la petite histoire à l’origine de sa collection. Le designer singapourien d’origine japonaise et chinoise est un collectionneur et un esthète. Ses références relèvent toujours de l’histoire de l’art, de la littérature ou du cinéma. A chaque fois, c’est comme un jeu de devinettes: quelles œuvres l’auront inspiré?

Cette fois, le rituel a un peu changé. A peine entrée en backstage, j’apprenais qu’il n’était pas là. “Il a été opéré du cœur. Il est entre de bonnes mains. Il va bien.” Je me suis alors promenée parmi les cintres, découvrant quelques robes brodées de papillons, de fleurs, qui  m’évoquaient sa collection de porcelaines, bien à l’abri de son appartement parisien.

Les porcelaines de Chine, c’est l’une des plus grandes passions de ma vie!, m’avait-il confié un jour. Mes parents sont de grands collectionneurs et cela m’a pris tout petit. Je collectionne la période Qing. Les porcelaines chinoises parlent à ma nature, c’est inné.

En regardant toutes ces robes brodées immobiles sur les cintres, je me dis qu’il a dû mettre beaucoup de lui dans cette collection…

Le défilé va commencer. Une voix s’élève. “Andrew a travaillé sur cette collection jusqu’à la dernière minute.

La suite en quelques images…