Alexandre Vauthier en majesté

Quand on pense à Alexandre Vauthier on songe à des créatures sculpturales, à des femmes forcément sublimes, des chanteuses, des actrices françaises. On se souvient de Sophie Marceau montant les marches du festival de Cannes, dévoilant son corps de reine, on pense à la renversante Cécile Cassel. La haute couture qu’Alexandre Vauthier a présentée en juillet est moderne et sensuelle. Elle s’adresse à des femmes qui se redressent quand elles se savent belles et désirables.


Ce à quoi en revanche on ne s’attend pas, c’est de voir défiler sous son nom des robes de grands volumes, dans la tradition des robes de bal historiques mais réinterprétées pour être portées par des filles d’aujourd’hui.

 J’ai toujours eu une certaine fascination pour ces volumes un peu «Fifties». Mais je n’ai jamais trouvé le bon moment pour les traiter. Cette fois c’est venu de façon très naturelle. Je les ai un peu détournées, j’y ai infusé un peu de l’esprit de la maison et cela à donné ça…


Je travaille toujours sur un équilibre entre sensualité et affront. Je trouve que l’équilibre des deux crée une bonne alchimie.

L’affront, peut-on le lire dans le pantalon militaire brodé?

Oui c’est un clin d’œil à tout ces camouflages que l’on voit partout dans la rue. Le problème étant de transformer cette pièce du vestiaire quotidien en un produit de luxe. C’est aussi cela la couture: créer des pièces portables et pas uniquement pour le spectacle et le tapis rouge. Je tenais vraiment à avoir des vêtements détournés faciles à porter pour la journée notamment: des chemises avec des jupes ou des pantalons, des choses comme ça.

Hedi Slimane, et après?

Quand j’ai reçu hier le communiqué de Kering annonçant le départ d’Hedi Slimane en tant que Directeur de la Création et de l’Image de la maison Yves Saint Laurent, je n’ai pas été très surprise: on savait tous que son dernier défilé serait l’ultime.

J’ai bien lu les mots de François-Henri Pinault, Président-Directeur général de Kering :

Ce qu’a accompli Yves Saint Laurent ces quatre dernières années restera comme un chapitre unique dans l’histoire de la Maison. Je suis très reconnaissant à Hedi Slimane et à toutes les équipes d’Yves Saint Laurent d’avoir tracé ce chemin que la Maison a emprunté avec succès et qui permettra la poursuite du rayonnement de cette marque légendaire.

Il a bien dit plusieurs fois “Yves Saint Laurent” et non pas “Saint Laurent” comme Hedi Slimane avait rebaptisé la maison. Donc re-re-baptisage en vue.

François-Henri Pinault parle également du chemin vers le succès qu’a emprunté la maison ses dernières années. Il est difficile de passer sous silence le fait qu’Hedi Slimane a redressé Yves Saint Laurent et qu’au troisième semestre 2015 la maison affichait une croissance à deux chiffres: +36,9%.

Une nouvelle organisation créative pour la Maison sera annoncée en temps voulu, dit encore le communiqué. Soit. On parle beaucoup de l’arrivée probable d’Anthony Vaccarello chez YSL. Wait and see.

Mais quid d’Hedi Slimane? Que va-t-il faire après? Selon la rumeur qui gambade ces derniers mois: il pourrait reprendre le poste de Karl Lagerfeld chez Chanel (!). Je ne suis pas sûre que ce dernier entende le lui laisser.

En revanche, et si on lui confiait la création d’une ligne homme chez Chanel: Chanel Homme? Ça ce serait assez révolutionnaire…

Lanvin la parenthèse

Vidéo: Studio Jungle

Si la propriétaire de Lanvin, Madame Wang a décidé de changer de créateur et se séparer d’Alber Elbaz, c’est donc qu’elle souhaitait donner une nouvelle direction à sa maison. C’est lui qui a posé tous les codes de la marque dans sa version contemporaine. La collection automne hiver 2016-2017 devait donc montrer la nouvelle direction prise par la marque. Ou en tout cas l’esquisser.

Lanvin va-t-elle devenir une marque néo-baroque? C’est ce que l’on pouvait penser en regardant s’avancer des femmes portant de larges pantalons de velours dévorés, des bustiers richement brodés sous d’opulents manteaux en velours, des robes bijoux, des jacquard psychédéliques, ou ce blazer brodé serti de cristaux.

Certaines silhouettes semblaient toutefois sorties du carton à dessin d’Alber Elbaz, mais sans cette touche de romantisme un peu décadent qui rendait ses collections hautement désirables. La rupture n’a pas encore été totalement consommée, semble-t-il. Et la directrice du studio, Chemena Kamali,  transfuge de chez Chloé, est encore sous influence.

Bien sûr, il y avait des pièces superbes, comme ce long manteau en Prince-de-Galles porté sur un pantalon gris perle,  quelques très beaux plissés, un manteau de renard en dégradé de vert ou encore cette gabardine marine ceinte à la taille portés sur un lurex couleur fauve. Mais une succession de  belles pièces ne font pas un défilé qui emporte. Or c’est justement cela, la marque de fabrique de Lanvin: emporter!

Très peu de maisons peuvent se permettre le luxe de laisser les rennes de la création au studio de création. Alors que la mode vit une révolution, une marque comme Lanvin a besoin d’une ligne claire et forte. La propriétaire semble l’avoir compris: quelques jours après le défilé, le très informé Woman’s Wear Daily écrivait que des négociations seraient en cours avec la couturière Bouchra Jarrar (voir son dernier défilé).

Si c’est le cas, on peut être rassuré sur l’avenir de Lanvin. Ce sera autre chose, mais d’une modernité, d’une rigueur et d’une beauté absolue…

Aganovich, poésie romantique en noir et blanc

L’univers de Nana Aganovich et Brooke Taylor frôle toujours le fantastique. Leurs collections sont comme des rêves à mi-chemin de l’éveil. Un romantisme – dans le sens premier du terme – habite le défilé automne hiver 2017-2016 d’Aganovich. Du noir et du blanc pour dire un monde qui puise dans le passé pour envisager un avenir possible.

Il y a une rigueur dans la structure, mais adoucie par les détails : un laçage dans le dos qui pourrait presque relever de l’aléatoire, et qui apporte une touche de poésie à ce noir gothique, ou plutôt non, ce noir « Goethique.» Une fulgurance blanche qui apparaît sous le noir comme une cicatrice de tissu. Le jeu des volumes aussi.
C’est tout l’art d’une mise en scène de donner une couleur à une collection. Mais chaque vêtement peut se combiner autrement, se porter avec un jean ou un pantalon de cuir, et l’esprit, déjà, en est changé.

Au fil du défilé, je repense à ce tableau sublime de Caspar David Friedrich Le Voyageur contemplant une mer de nuages. C’est beau un défilé qui invite au voyage imaginaire…