Les mains de Maurizio Galante

Le travail de Maurizio Galante est difficile à circonscrire: il est à la fois designer d’objets, artiste, couturier et tout s’imbrique.

Son prochain projet? La décoration du lobby et de deux suites dans un hôtel flottant qui ouvrira en janvier Quai d’Austerlitz à Paris. Mais lorsque je l’ai rencontré à Paris, en juillet dernier, il présentait sa collection de vêtements en regard de quelques meubles de sa création – lustre, commodes – au milieu des oeuvres d’art de la galerie Hélène Bailly. Et chaque objet se répondait comme s’il s’agissait de mener d’une conversation subtile mais silencieuse.
Le pli est sa signature. Bien sûr, ses lustres de cristal qui semblent avoir été plissés ne relèvent pas du même geste que celui ayant donné naissance à ses robes, mais de la même intention esthétique. Tandis que le tissu se laisse plier par la main, le cristal a besoin d’un moule pour prendre le pli.

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Photos: Isabelle Cerboneschi

Son pli n’est pas un vrai pli d’ailleurs, mais une répétition d’éléments de tissu coupés dans le biais en forme de demi-lune ou de demi-cercles. Le poids crée un effet de vague, d’enroulement, qui occupe l’espace et confère au vêtement un mouvement indépendant de celui du corps. Mais il suffit qu’on replie la pièce comme un origami pour qu’elle devienne plate.

«J’aime l’idée que mes vêtements ont deux vies : une à plat et une tridimensionnelle. Et même une troisième : quand ils sont portés et qu’ils sont interprétés par la gestuelle. Qu’ils entrent en mouvement. Mes vêtements, ce sont des « conversation pieces »

Dans son travail le vide est aussi important que le plein.

« C’est un peu comme avec les personnes : leur beauté vient aussi du dedans ».

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Lorsque je lui ai demandé de me montrer ses mains il m’a répondu :

« Lesquelles voulez-vous: mes mains publiques ou mes mains privées ?

J’ai répondu : « Les deux ». Forcément. Alors il a pris la pause deux fois : m’a d’abord montré l’extérieur puis la paume de ses mains.

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« La partie privée, c’est la paume, c’est celle qui reçoit. Vous pouvez tout découvrir en regardant certains gestes, la manière dont je positionne mes mains. C’est une sorte de langage codé. »

Je regarde ses mains et je me demande si ce sont elles qui ont trouvé le chemin vers ces origamis de tissu s’enroulant sur eux même comme des guirlandes japonaises.

« Oui. Mes mains sont des instruments : elles captent et elles fabriquent. Comme des antennes. Par exemple quand vous avez mal, la première chose que vous faites, c’est de toucher avec vos mains l’endroit où vous avez mal. Les mains transmettent de l’énergie. »

Lorsqu’il parle d’énergie, je me dis qu’il ne révèle pas tout,  qu’il garde une information  pour lui. Sans doute parce qu’elle relève de l’intime. Je lui demande alors : « Vous connaissez le Reiki ?» (Cette méthode de soins énergétiques d’origine japonaise pratiquée par apposition des mains, ndlr.)

« Oui je fais du Reiki ! Ça a beaucoup changé ma vie. Je le pratique aussi avec les plantes d’ailleurs. »

Donc la partie privée des mains de Maurizio Galante peut soigner. L’information est intéressante, mais nous éloigne du pli. Encore que, il faut certainement des doigts magiques pour donner naissance à ces vêtements-sculpture qui semblent dotés d’une vie propre .

Quel fut le geste originel qui vous a mené vers cette courbe baroque ?

« Un jeu d’enfant : du papier, un ciseau, et voilà. L’idée de donner de la vie à quelque chose qui est plat. Mes parents avaient une papeterie. Ma grand-mère découpait des figurines dans du papier journal et soudain elles devenaient des guirlandes. J’ai vite compris que la répétition des choses simples générait de la beauté. »

Vous les aimez vos mains ?

« Oui mais j’ai un drôle de rapport avec mon corps. Je ne me suis jamais trouvé très beau, mais en revanche j’ai toujours reçu des compliments sur mes mains. Mon professeur de violon me disait que j’avais des mains parfaites pour le violon : très longues, très fines. J’aime l’idée qu’avec cet instrument, rien n’est fixe : les notes ne sont pas là, contrairement à un piano. Avec un violon il faut les chercher, les créer.»

Le travail de Maurizio Galante est difficile à circonscrire: il est à la fois designer d’objets, artiste, couturier… Et j’ai découvert en ce jour de juillet, qu’il était également magicien.

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