Photo: Lanvin/DR

Lanvin et Alber Elbaz: la séparation

A peine une semaine après l’annonce du départ de Raf Simons chez Dior, c’est au tour de Lanvin d’annoncer le départ d’Alber Elbaz qui occupait le poste de directeur artistique depuis 14 ans.

Sa dernière collection printemps-été était un manifeste. Une sorte de coup de sang contre le rythme effréné de la mode, une interrogation sur le rôle de l’image, sur les réseaux sociaux qui dénaturent le métier en demandant toujours plus, toujours plus vite.

La mode aujourd’hui est un théâtre, m’a-t-il confié. Peut-on retourner à l’essence de la mode, du vêtement? Peut-on encore montrer une simple robe noire sur un podium ou n’est-ce pas assez provocateur ? Y a-t-il encore de la place pour le classicisme ? Ne peut-on pas laisser une sorte de longévité aux pièces ? Pour se faire remarquer aujourd’hui, il faut parler extrêmement fort. Peut-on se contenter de murmurer ?

Sa collection aussi sa façon de regarder en arrière. Tout le défilé était bâti comme une rétrospective de son travail chez Lanvin, sur son sens inouï du drapé, sur sa manière d’enchanter les corps féminins. Mais pouvait-on déjà y lire une manière d’au-revoir?

Les raisons de son départ, d’après le magazine en ligne WWD (Women’s Wear Daily), seraient liées à une dissension entre Alber Elbaz et la propriétaire Shaw Lan Wang qui l’a démis de ses fonctions.

Au moment où je quitte la maison Lanvin sur décision de son actionnaire majoritaire, je veux exprimer mes remerciements et mes chaleureuses pensées à tous ceux qui ont travaillé avec acharnement au réveil de Lanvin au cours de ces 14 dernières années; dire mon affection à tous les merveilleux collaborateurs des ateliers de Lanvin qui ont accompagné, enrichi et soutenu mon travail. Ensemble, nous avons relevé le défi créatif de la maison Lanvin pour lui redonner une légitimité, et un rayonnement parmi les grandes marques  françaises du luxe, dit-il dans un communiqué

Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude à tous les clients de la maison, à la presse française et internationale, à tous les partenaires qui nous ont apporté leur soutien depuis 2001.

Je souhaite à la maison Lanvin l’avenir élevé qu’elle mérite parmi les grandes maisons du luxe français, en espèrant pour elle un projet d’entreprise qui lui apporte l’élan nécessaire.

Alber Elbaz possède des parts dans la maison qui a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires estimé à 250 millions d’euros (en baisse cette année selon le WWD, il devrait atteindre les 200 millions). Comme ce fut le cas pour Nicolas Ghesquière après son départ de chez Balenciaga, le designer devrait vendre ses parts et récupérer le fruit de la cession.

Business of Fashion le place dès lors en pole position pour reprendre le poste laissé vacant chez Dior. Mais aura-t-il l’envie, la créativité nécessaire pour créer 7 collections par an ( soit deux collections de plus que chez Lanvin en comptant les deux haute couture) et affronter ainsi un rythme encore plus infernal, lui qui se pose justement la question de la nécessité de mettre un frein à l’emballement de la mode, de ralentir le rythme? Pourquoi pas… Il a su réveiller Lanvin lorsque la propriétaire, Madame Wang, lui a confié les rênes de cette belle endormie en 2001, après l’avoir rachetée à L’Oréal. Il pourrait faire des miracles chez Dior. Mais si il le fait, ce ne sera certainement pas sans garantie et ni aménagement.

La nouvelle couture selon Yves Saint Laurent

C’est une nouvelle qu’on attendait depuis la nomination d’Hedi Slimane à la direction artistique de la maison Saint Laurent. La réouverture des ateliers de haute couture.

Sauf qu’il fallait s’attendre à une singularité de la part d’Hedi Slimane. Sa couture sera plus exclusive que la haute couture. Elle ne sera destinée qu’à certaines artistes et amies de la maison, des clientes choisies, désirées. Ce n’est pas le poids du portefeuille qui servira de sésame, mais une affinité sélective.

Depuis qu’il est entré dans la maison en mars 2012, Hedi Slimane a entrepris ce qu’il appelle une « réforme ». Il a tout d’abord rebaptisé la marque, délaissant le prénom Yves, avec la bénédiction de Pierre Bergé, pour revenir au nom de 1966, Saint Laurent, lorsque le fondateur lançait Saint Laurent Rive Gauche. Décision qui a entraîné une première polémique. Il a également délocalisé le studio de création à Los Angeles, où il vit, créant ainsi une deuxième polémique. Et comme il ne donne qu’une interview de loin en loin, il ne restait aux observateurs que le loisir de commenter, d’analyser, s’interroger, imaginer, critiquer, encenser et se perdre en conjectures.

La maison vient d’annoncer l’ouverture d’une maison de haute couture sous le nom d’Yves Saint Laurent, manière de marquer la différence avec le prêt-à-porter. Dans une très rare interview donnée par mail à Yahoo Style le 12 août, Hedi Slimane explique qu’il avait cette idée en tête depuis sa nomination en 2012, mais qu’il a fallu attendre toutes ces années pour que tous les éléments soient en place : trouver la maison, l’équipe, former à nouveau des ateliers tailleurs et flou. Et bien sûr commencer par assoir d’abord le prêt-à-porter.

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Photographies de la campagne: Hedi Slimane

Mission accomplie. Depuis son premier défilé, où il convoquait l’esprit provocateur d’Yves Saint Laurent, mixant certains grands classiques de la marque à une subculture punk, il a généré des commentaires allant du dithyrambe à la détestation. Les chiffres parlent pour lui : le chiffre d’affaires a fait un bon de 27% au dernier trimestre et les modèles sont sold out à peine arrivés en boutiques.

Comment pourrait-on lui reprocher de faire ce qu’a fait le fondateur à l’époque ? Parler aux filles d’abord, plutôt qu’à leur mère ou leur grand-mère. Tendre un miroir et montrer ce qu’une société Y reflète à un moment X. Une société jeune si possible, éprise de sexe et de musique, si l’on a besoin d’un cliché.

A la fin, ma première collection a permis l’introduction de certains codes, confie-t-il à Yahoo Style. Une silhouette psychédélique rock assez décontractée, qui a émergé par la suite dans la musique et aussi dans la mode. J’ai dessiné une garde-robe indépendante, réintroduisant le daim, les longues robes un peu bohémiennes, l’esprit vintage, etc.

Hedi Slimane a opté pour une « attitude », une « nonchalance » portées par un casting assez « radical » sorti tout droit de ses photos et ses obsessions.

Ce n’était probablement pas l’idée que l’audience avait d’une marque de luxe.

La nouvelle maison de couture Yves Saint Laurent est installée dans un hôtel particulier de la Rive Gauche, l’Hôtel de Sénecterre, situé au 24 rue de l’Université. Une construction érigée entre 1685 et 1991 par Thomas Gobert, l’« Architecte des bâtiments du roi » Louis XIV. La bâtisse, qui fut transformée au fil des siècles, avait besoin d’une singulière restauration par les meilleurs « Artisans de France ». C’est dans cet hôtel particulier et ses jardins réhabilités qu’Hedi Slimane a photographié la campagne de la couture.

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Photographies de la campagne: Hedi Slimane

Pas de défilé, clientes choisies, est-ce la fin de la haute couture telle qu’on la connaît ?

Non, tant qu’il restera des maisons comme Chanel et Dior prêtes à scénographier ce qu’elles savent faire de plus précieux lors de présentations quasi cinématographiques. Non tant qu’il y aura de jeunes couturiers qui ont envie de créer et montrer une couture plus ancrée dans le réel. Non tant qu’il restera des couturiers comme Viktor & Rolf ou Maurizio Galante pour qui la couture est une expression artistique plus qu’autre chose.

En revanche, on peut s’attendre à des manière plus personnelles de la montrer, sans doute moins radicales que celle choisie par Hedi Slimane. Riccardo Tisci, le directeur artistique de Givenchy, qui a décidé en janvier 2013 d’arrêter de présenter sa haute couture, montre désormais quelques modèles pendant les présentations masculines. Une manière de refuser les contraintes d’un calendrier de la mode trop serré ? C’est Chanel aussi qui démontre le meilleur de ses ateliers lors de défilés Métiers d’Art à une date, dans un lieu et devant une audience soigneusement choisis par la maison. Mais le maître, celui qui a montré la voie de l’indépendance, c’est sans doute Azzedine Alaïa qui défile quand il veut, ou qui ne défile pas.

La liberté, comme une nécéssité du luxe?

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Photographies de la campagne: Hedi Slimane

Charlotte Gainsbourg et sa fille posent pour Comptoir des Cotonniers

Comptoir des Cotonniers, c’est cette marque que toutes les Françaises se sont appropriées depuis sa création en 1995 par le couple Tony et Georgette Elicha. Pourquoi on l’aime? Parce qu’elle n’est pas arrogante, parce qu’elle propose une garde-robe basique et hors du temps, mais aussi parce qu’à travers sa campagne de pub, elle communique l’image de la proximité, de la tendresse, de l’amour partagé d’une mère et de sa fille. Et la passation d’un style par le moyen le plus direct: le placard d’une mère. Ou celui de sa fille.

Après son rachat en 2006 par le groupe japonais Fast Retailing, propriétaire également d’Uniqlo, la marque a perdu son souffle créatif. En juin 2014, le groupe a eu l’idée de génie de nommer au poste de directrice artistique Anne-Valérie Hash, qui venait d’annoncer qu’elle mettait sa propre marque en sommeil. Le plus beau cadeau d’anniversaire que la marque pouvait s’offrir pour ses 20 ans. Le second cadeau ? C’est d’avoir réussi à convaincre Charlotte Gainsbourg et sa fille Alice de poser pour la campagne de pub. Une icône de la mode, qui fut l’image de Balenciaga époque Nicolas Ghesquières chez Comptoir? Et pourquoi pas? Sa dégaine, son style nonchalant, collent bien à l’image de la maison. Et c’est la première fois qu’elle pose avec sa fille. Elle a signé pour deux saisons. Deux saisons de style mis en valeur par le photographe Alasdair McLellan.

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Photos: Alasdair McLellan

Je voulais en savoir plus, beaucoup plus sur les raisons de cette campagne. Anne-Valérie Hash avait deux ou trois choses à en dire.

Pourquoi avoir choisi Charlotte Gainsbourg et sa fille pour représenter Comptoir des Cotonniers?

Anne-Valérie Hash: Parce qu’elles font partie des mères et filles iconiques françaises. Charlotte représente la modernité et je voulais une égérie moderne, contemporaine, qui pourrait représenter une Parisienne d’aujourd’hui.

Charlotte Gainsbourg, on l’a connue dans les pubs Gérard Darel puis dans celles de Balenciaga, mais on ne l’avait jamais vue avec sa fille auparavant. Est-ce qu’elle fut difficile à convaincre?

Je pense que c’est sa fille qui a convaincu Charlotte. Elle le dit d’ailleurs dans le Figaro Madame. Sa fille en avait très envie et elle l’a fait aussi pour cela.

Comment s’est déroulé le shooting?

Alice et Charlotte étaient très à l’aise. Il y avait beaucoup de complicité entre elles. Cela s’est passé dans une super ambiance.

Les commentaires fusent sur les réseaux sociaux depuis que le visage des nouvelles égéries de la marque ont été dévoilés. Pourquoi Charlotte Gainsbourg déclenche-t-elle de telles émotions?

Parce qu’elle est énigmatique, je pense. Elle fait partie d’une famille qui a toujours intrigué. Elle est introvertie et cela fait d’elle un univers à percer. Elle a un charisme qui fait que les gens ont envie d’en savoir plus sur elle. Ce sont ses silences qui la rendent énigmatique.

Il est pourtant difficile de s’identifier à cette femme.

C’est comme Marilyn Monroe, on ne s’identifie pas à Marilyn Monroe, mais on est fasciné. Charlotte Gainsbourg fait partie de ces femmes inaccessibles, mystérieuses, qui fascinent. C’est une de ses forces.

En quoi son style fascine-t-il?

Elle a un style très fort fait de simplicité : boots, T-shirt blanc, veste. C’est une puriste. Elle dégage charme très particulier. Elle a un côté un peu masculin, aussi, une allure, une posture plutôt. Elle en devient une icône de mode. Le fait aussi d’avoir été l’image de Balenciaga lui a donné une puissance.

En quoi son style correspond-il à celui du Comptoir des Cotonniers?

Sa simplicité, sa nonchalance, quelque chose qui est presque hors-norme, hors-mode correspond bien à Comptoir 2015.

Quel était votre but avec cette nouvelle campagne ?

Fêter les 20 ans de manière mémorable avec cette campagne qui va marquer les esprits. Et montrer que Comptoir est en train de passer à une autre dimension, avec un style plus affirmé.

Et ces nouvelles collections, très aiguisées, désirables, elles aussi ont pour but de changer l’image de la marque?

J’aimerais toucher de nouvelles femmes qui sont dans l’air du temps. Et Charlotte, elle est dans l’air du temps.

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Photos: Alasdair McLellan

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