Chez Louis Vuitton, les femmes prennent le pouvoir

Les voix de Gérard Depardieu et Nathalie Baye s’élèvent dans le décor brutaliste de la future boutique Louis Vuitton Place Vendôme. Un «work in progress». Ces voix qui s’entremêlent enveloppent mieux qu’une musique. On y sent l’amour, le désir, le pouvoir aussi. Trois mots qui résument toute la collection printemps-été 2017 Louis Vuitton dessinée par Nicolas Ghesquière.


Le premier look avance, une robe grise, comme les murs du lieu. Cela pourrait être triste, le gris, mais Nicolas Ghesquière réussit à sublimer cette teinte froide à mi chemin entre le noir et le blanc, et lui donne une chaleur inattendue. La robe est sensuelle. Non pas parce qu’elle révèle, mais justement parce qu’elle cache, qu’elle enveloppe le corps comme un amoureux seul pourrait le faire. Et en bordure de l’ouverture d’une manche, quelques touches d’or, comme une mosaïque, viennent souligner la délicatesse d’un bras.

Ce premier look dit tout, ou presque d’une femme forte et fragile. D’une femme tout simplement.


A Rio, pour la collection Croisière, Nicolas Ghesquière avait exploré le streetwear jusqu’aux confins du genre. Pour la collection printemps-été, il tourne autour d’une silhouette qu’il n’avait pas encore travaillée chez Louis Vuitton.

J’ai eu envie d’explorer le côté le plus sophistiqué de la marque, définir ce que veut dire «être habillée». Je n’avais pas vraiment exploré cette dimension là auparavant chez Louis Vuitton. Aujourd’hui, une femme habillée qu’est ce que ça veut dire? J’ai été inspiré par «Rive Droite Rive Gauche», un film de Philippe Labro de 1984 avec Carole Bouquet, Gérard Depardieu, et Nathalie Baye qui évoluent dans monde d’avocats d’affaires et d’hommes politiques.

Les femmes de pouvoir chez Louis Vuitton portent des tailleurs gris « corporate » mais à la façon de Nicolas Ghesquière: ils laissent toujours apparaître un pan de peau, un dos, une clavicule. Ils sont architecturés, graphiques, asymétriques, très épaulés, follement féminins.

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Et puis il y a l’or, la couleur dont il parsème la collection par touche, délicates, parfois plus présentes comme ce biker jacket qui semblent avoir été trempé dans de l’or 18 carats.

 J’avais très peu utilisé l’or jusqu’à présent à part pour les parties métalliques des sacs. L’or est parfois associé à des choses un peu « bling » mais je me suis fixé une limite pour arriver à une vraie élégance»

Et tandis que les mannequins défilent, exposant leur puissance et leur failles, l’émotion monte, palpable dans la salle. Celle que l’on ressent devant la beauté. La vraie.

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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