Lutz Huelle, le moment d’un visionnaire

Il y a quelque chose, dans les collections de Lutz Huelle, qui génère le désir. Mais pas un désir qui relève d’un coup de foudre au premier regard, c’est beaucoup plus profond que cela. Un sentiment que cette mode-là est juste pour une époque comme la nôtre, et qu’on en a envie, besoin même peut-être. 

Il joue avec les proportions, il casse les angles, rajoute des volumes de manière visible, adjoint des vêtements à d’autres pour n’en former qu’un, comme ce manteau violet qui avait pourtant commencé comme un blouson en jean, ou cette robe à mi-chemin avec la veste de camouflage, comme se le créateur l’avait attrapée au milieu de sa métamorphose.

Lutz Huelle mêle des matières qui n’ont aucune familiarité l’une avec l’autre. Ces mariages contre-nature entre des matières lourdes et légères, créent des chocs esthétiques déroutants, mais juste ce qu’il faut. 


La mode a une histoire que les nouveaux observateurs, concentrés sur l’immédiateté des sensation et des perceptions ne connaissent pas toujours. Ceux qui crient au génie devant le travail de nouvelles marques émergentes, n’ont pas la mémoire du travail de Lutz: mélanger des pièces de vestiaire en un seul vêtement, comme s’il s’agissait d’un puzzle que l’on monte avec deux boîtes différentes, déconstruire pour reconstuire, créer un vestiaire en mutation pour une femme qui a une plusieurs vies dans une même journée, il l’a fait avant.

Lutz Huelle se sent libre dans cette époque de tous les chaos. Libre de créer comme il y a 20 ans, dans ses années quand il commençait chez Martin Margiela, avant de créer sa marque trois ans plus tard, en 2000.

J’ai toujours voulu habiller des gens, pas forcément dotés d’un corps parfait, dit-il, mais qui ont une façon d’être. J’aime quand on regarde mes vêtements et qu’on relève qu’ils sont différents, mais sans que cette différence fasse peur. Parce qu’à la fin ils sont hyper simples: c’est un jean, une robe verte, un bomber jacket. Mais en les changeant, ils deviennent autre chose. Je décale la réalité. Et j’adore cela, car quand un vêtement devient autre chose, la personne qui le porte devient aussi autre.
Comme le monde est un chaos, tout ce qui est rigide n’a plus de sens. Et donc tout s’ouvre. Quand tout est lisse et calme, cela ne force pas au changement. C’est dans des moments comme ceux que l’on vit qu’on a la possibilité de faire de nouvelles choses. Et d’ailleurs les gens ont envie de de nouveau, d’être plus fantaisistes avec leurs vêtements, dans la vie réelle, et pas seulement une fois par an lors d’une soirée. 

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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