Off-White invente le «Wall Streetwear»

Il semble qu’il faut compter désormais avec Off-White. Son premier défilé avait attiré du monde pas forcément pour les bonnes raisons: Virgin Abloh, le directeur artistique de la marque est aussi celui de Kanye West. La mode a toujours été un théâtre mais depuis qu’il se joue aussi dans la salle, et plus seulement sur les podiums, il s’agit de savoir pourquoi on vient.

La saison dernière, j’étais venue au défilé plus par curiosité qu’autre chose. J’avais découvert une mode qui regardait du côté du streetwear, qui jetait un oeil dans le rétro vers la mode déstructurée japonaise des années 70-80, et surtout qui avait fait comme beaucoup, une fixation sur VÊTEMENTS, la marque de Demna Gvasalia. Cette saison, c’est autre chose. On sent un vrai propos derrière la collection printemps-été 2017.
Le carton d’invitation donnait un indice: dans une enveloppe transparente, une carte de visite au nom de Katharine Parker, le personnage joué par Sigourney Waewer dans Working Girl (1988).

La working girl, c’est elle le sujet principal de la collection. Mais pas celle de 1988, celle de 2017, qui poste des photos d’elle au Met Ball sur Instagram et porte une paire de jeans avec une chemisier à rayure tennis déstructuré et asymétrique lors d’un conseil d’administration, tout simplement parce que c’est elle le président de ce même conseil et qu’elle fait ce qu’elle veut.

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Des allures qui mêlent la nonchalance du sportswear à la rigueur du tailleur et au romantisme de quelques volants. Des looks féminins mais avec une touche très discrète de masculinité: une manche en Prince de Galles, juste une, qui flotte au fil des pas, par exemple.

Oui il s’agit de mix de vêtements de tous les jours et de choses plus formelles.

Le terme “femmes d’affaires”signifiait quelque chose pour la précédente génération, qui ne vaut plus aujourd’hui. Dans le film “Working Girl” les femmes de pouvoir portaient des costumes d’hommes. En 2017, elles peuvent porter ce qu’elles veulent: des jeans, des jupes formelles des talons hauts, avec une paire de basket, mais ses vêtements ne la définissent pas. On ne doit pas laisser la mode dicter sa personnalité, explique Virgil Abloh.

Cette collection c’est un peu du streetwear qui s’élève? 

On me catégorise souvent comme faisant du streetwear, mais c’est simplement de la mode! C’est très pensé: il y a beaucoup de travail derrière une collection, même si je m’inspire de ce qui m’entoure, des looks aperçus à l’hôtel Costes, dans les aéroports, dans les cafés, partout. En fait je m’inspire de la réalité, de ce que les gens portent vraiment.

C’est étonnant de voir autant de volants dans votre collection.  

C’était pour apporter une touche plus féminine aux collections. On communique beaucoup sur le versant masculin de la marque. Je voulais mettre plus l’accent sur les collections féminines. Quand j’ai commencé, je faisais porter des vêtements d’hommes à des femmes, maintenant j’ai envie qu’elles soient féminines mais selon ma propre version, ma vision d’homme. Aux côtés des marques historique que l’on aime tous, j’ai envie d’injecter de nouvelles idées. Qui sont la fille, le garçon d’aujourd’hui? Quelle est la définition du luxe? Ce n’est plus l’apparence qui définit cette notion: une paire de Stan Smith, si elles sont importantes pour vous, c’est un luxe. C’est sur ces interrogations qu’est basée la collection.

Et la bande-son du défilé?

Elle joue un rôle super important. Je passe beaucoup de temps dessus, pendant que je crée les vêtements, sur chaque chanson: Lauren Hill qui parlait de son rôle en tant qu’artiste, Kate Bush, Franck Ocean. Chaque chanson dit quelque chose de cette collection.

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Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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