Anne Demeulemeester, un instant dans l’âme d’une femme

Préambule:

Il arrive souvent qu’une collection défile dans un lieu situé aux antipodes de la suivante. Et qu’il faille traverser tout Paris pour espérer voir le défilé d’après. Mais ce n’est pas une raison pour se priver du désir de voir l’un et l’autre. 

J’ai bien cru ne jamais réussir à voir le défilé Ann Demeulemeester. Je suis donc très reconnaissante à toute l’équipe d’avoir élégamment attendu les invités qui arrivaient du précédent show et commencé le défilé en retard (ils commencent tous en retard de toutes façons). 
Cette décision n’a pas plu à un chroniqueur, qui l’a écrit. Raison pour laquelle j’écris à mon tour sur ce sujet qui relève normalement de notre cuisine interne et n’intéresse personne. Les défilés, c’est aussi cela: de l’attente, des heures d’embouteillages, du stress, de la fatigue, pour voir 15 ou 20 minutes de show. Mais notre job, c’est de regarder le travail des autres, pas notre nombril. 


Revenons au coeur du sujet: le défilé Ann Demeulemeester. Sebastien Meunier, le directeur artistique de la marque, a réussi en un défilé à exprimer toute la complexité, tous les paradoxes intérieurs d’une femme.

Par l’usage prioritaire du blanc et du noir, certes, mais ce serait trop facile, cette dualité. Les vêtements de la collection printemps été 2017 ne sont jamais vraiment ce qu’ils ont l’air d’être. Il y a par exemple cette veste portée par Anna Cleveland, ou plutôt ces vestes, une manche de queue de pie à gauche une manche de smoking à droite. Il y a des demi-chemisiers portés de travers comme des bustiers, des demi-manches qui viennent s’adjoindre comme des pièces rapportées, des demi-manteaux enfilés sur une épaule, aussi beaux devant que derrière, des pans de peau émouvants apparaissant entre cet enchevêtrement de vêtements pour qui il faudrait inventer de nouveaux noms.


Sebastien Meunier a dessiné un vestiaire pour traverser les miroirs, pas seulement pour s’y mirer…

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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