Bouchra Jarrar chez Lanvin, un instant de grâce…

Les voix de Rachida Bakni et Christine Bergstrom disent les dialogues d’India Song de Marguerite Duras, tandis que s’avance un mannequin dans son kimono de jour. C’est ainsi que commence le premier défilé Lanvin de Bouchra Jarrar, sur cet entrelacement de voix, ce théâtre à la parole décalée. Cela fait sens.

Marguerire Duras est un auteur absolu qui m’inspire. Elle est rock’n roll. C’était une femme qui aimait et j’aime les femmes qui aiment et aiment être aimée.

Puis suivent des créatures vêtues de fulgurances de lumière. Bouchra Jarrar met des touches de brillance et des chaînes d’or sur des points du corps de la femme souvent laissés dans l’ombre: la hanche, le poignet, la cheville, la clavicule.

Ce sont des points d’ancrage féminins sur lesquels on attire très peu l’attention mais que je trouve très beaux.

J’ai voulu croiser les matières que j’aime. Je voulais apporter de la lumière. Ce fut une obsession pendant tous le processus de choix des tissus, les réglages de proportions, de silhouettes. J’aime l’idée d’illuminer une femme. Cela m’a permis aussi d’inventer de nouveaux portés, de nouveaux objets, des manchettes, des mitaines,…

Les noirs sont extrêmement lumineux, ce n’est pas une gamme de couleurs mais de matières. Les brillances croisent l’opaque, les transparences, la dentelle.


Les mannequins passent en blanc et noir, silhouettes hybrides mêlant le masculin et le féminin portant des biker jackets sur des robes de mousseline, l’une des pièces signature de Bouchra Jarrar, le blouson de motard. 

On m’a choisie pour qui j’étais et pour ce que je faisais. C’est génial! Je suis libre! Et libre de faire bien. Alors mon job, je le fais bien. Il y a de moi, forcément dans cette collection, mais un moi inspiré par la maison Lanvin.

Lanvin justement?

Ce nom est magique! Il m’inspire. Il m’évoque toute l’histoire de la mode parisienne et française. C’est ça Lanvin, c’est la grâce, l’élégance, l’épure. Cela ne m’intéresse pas de cristalliser la femme Lanvin. Je m’adresse à toutes les femmes. C’est le présent qui compte et je suis ravie de m’inscrire dans l’histoire de cette maison.

Ce défilé arrive à la fin d’un processus où j’ai travaillé, réfléchi, pensé une histoire avant de développer un vestiaire pour la maison Lanvin. Un premier vocabulaire. La féminin peut croiser parfois un masculin mais l’on reste toujours dans une émotion, une tendresse, une force, un charme, une grâce.

J’ai fait un vrai choix dans ma vie pour prendre les rennes de la direction artistique de Lanvin et à chaque fois que j’ai fait des choix ils été portés par une vision que j’ai développée dans mon quotidien et par mon travail. Aujourd’hui c’est un vrai vocabulaire que j’apporte à la maison Lanvin et une vraie vision à 360 degrés. Ce que vous avez vu là vous raconte l’axe où je vais aller avec grand bonheur. Avec un grand travail aussi.

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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