Sacai, un manifeste

On ne comprend pas tout de suite l’intention qui se cache derrière la collection automne-hiver 2016-2017 de Sacai. On remarque en revanche que les vêtements hybrides auxquels Chitose Abe nous avait habitués au fil des saisons semblent avoir disparu de ses intentions. Aucune robe-cape, nul trench-jupe ou blouson-capeline de dentelle ne fait son apparition sur le podium. Ce qui est annoncé de face est confirmé de dos. La légèreté aussi en est absente. Il y a quelque chose de plus dur, de plus protecteur dans ces silhouettes caparaçonnées comme pour partir en guerre. Mais en guerre contre quoi ? En guerre contre la guerre, confie Chitose Abe juste après son défilé.

Cette collection est une réponse aux temps un peu sombres que nous traversons. Un message pacifique nécessaire dans le monde d’aujourd’hui. Des patchs, des blasons qui semblent être en train de tomber, qui se détachent des vêtements. C’est un message contre les guerres, contre les violences militaires.

Si la créatrice japonaise semble avoir renoncé à réunir plusieurs vêtements en un, elle continue son œuvre de transformation et modifie les silhouettes grâce à des attaches façon ceintures d’avion ou harnais de parachutes. Mais au lieu de ceindre la taille, certaines ceinturent les fesses, créant de nouveaux volumes là où ils s’y trouvaient déjà. Ou, le haut des cuisses, ou la lisière de la poitrine, à la façon du hanbok, la robe traditionnelle coréenne et son Otgoreum qui pend sur le devant.

Ces harnais, c’est une référence aux punks, à leur esprit en rébellion. Et en utilisant ces attaches, à la façon d’un bondage par endroit, cela me permet de changer les silhouettes.

Les bras notamment qui semblent avoir été bandés après une blessure, alors qu’il s’agit simplement de déplacer les points d’appuis et contraindre les formes.

Quelques jupes en transparence se portent sous une veste en mouton retournée dont les manches ont été bandées. Les pulls sont imprimés de calligraphies et de lettres gothiques dont on peine à discerner le sens. Seul un blouson de cuir bleu nuit semble enclin à délivrer son message : Love will save the day, lit-on difficilement des deux côtés du zip. C’est justement la phrase écrite sur le T-shirt que porte Chitose Abe en coulisse. « L’amour sauvera le jour », comme la fameuse chanson de Whitney Houston. Une autre manière sans doute de dire que « la beauté sauvera le monde ».

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Photos: Isabelle Cerboneschi. “Love will save the day” lit-on de part et d’autre du zip.

And the winner is… Anthony Vaccarello chez YSL

“Une nouvelle organisation  créative pour la maison sera annoncée en temps voulu”. Ainsi se terminait le communiqué du Groupe Kering annonçant le départ d’Hedi Slimane de chez Yves Saint Laurent le 1er avril. On s’attendait à patienter un certain temps avant de connaître la teneur de cette nouvelle organisation – sans doute moins longtemps que chez Dior, qui a mis deux saisons pour nommer Jonathan Saunders à la place de Raf Simons – mais certainement pas 3 petits jours. Le nom du remplaçant d’Hedi Slimane au poste de Directeur Artistique de la maison Yves Saint Laurent a été annoncé aujourd’hui en fin d’après-midi et cette annonce officielle a mis fin à une interrogation qui n’en était plus vraiment une: c’est bien Anthony Vaccarello qui reprend les rênes de la maison. Ce créateur Italo-belge de 36 ans partait de toutes les façons comme favori dans la course qui menait à l’un des postes les plus convoités de la mode française.

Avec cette nomination, le groupe Kering démontre qu’il possède une vision extrêmement précise des profils qu’il souhaite nommer à la tête des maisons de mode historiques de son portefeuille: de jeunes designers possédant une vision, un univers bien à eux, avec des idées très tranchées sur ce que doit être la mode en l’an 2015 et suivants.  Ce fut le cas avec Alessandro Michele, un quasi inconnu nommé chez Gucci qui a réussi à redresser la maison et rendre la marque désirable en quelques saisons à peine, ce fut encore le cas avec Demna Gvasalia, un créateur underground, fondateur du collectif VETEMENTS nommé chez Balenciaga et qui a monopolisé toute l’attention et toute l’admiration de la presse avec son premier show pour la marque en mars dernier. Ce sera sans doute encore le cas avec Anthony Vaccarello qui a de fait quitté son poste de directeur artistique de Versus Versace avec effet immédiat et les regrets de Donatella Versace.

Même si je suis triste de le voir quitter la famille Versace, je souhaite à Anthony Vaccarello un fabuleux succès pour le nouveau chapitre qui s’ouvre devant lui, déclare Donatella Versace dans un communiqué. Ces dernières années j’ai travaillé avec trois immenses talents sur la marque Versus Versace: Christopher Kane, JW Anderson et Anthony Vaccarello. Leur passage chez Versus Versace les a conduit à faire une avancée immense dans leur carrière. J’ai apprécié la chance que j’ai eue de travailler avec chacun d’eux et j’ai aimé voir ce qu’ils ont apporté à une marque que j’aime profondément.”

Après avoir étudié le droit pendant une année, puis la sculpture, Anthony Vaccarello a suivi les cours de stylisme de la fameuse école d’art et de design La Cambre dont il est sorti diplômé avec les félicitations du jury en 2006. La même année il remportait le grand prix du Festival International de Mode & de Photographie à Hyères.  C’est là qu’il fut remarqué par Karl Lagerfeld qui lui a ouvert les portes de Fendi où le jeune créateur a passé deux ans à la création des collections fourrure. En 2009 il présente sa première collection sous son nom. En 2011, il remporte le prestigieux prix de l’ANDAM Fashion Award, assorti d’une somme de 200’000 euros. Ayant compris que son univers stylistique collait parfaitement avec celui de sa maison, Donatella Versace l’a choisi pour dessiner les collections de Versus Versace, d’abord comme consultant indépendant, puis, depuis 2015, comme Directeur Artistique. Trois heures avant l’annonce de sa nomination chez YSL, Versace annonçait son départ.

Anthony Vaccarello, c’est un style à la fois sexy et structuré, une manière radicale de cacher et de montrer le corps de femmes qui assument leur féminité et leur pouvoir de séduction. Bien obligée d’ailleurs, d’assumer quand on porte ses vêtements. Sans doute que son goût pour l’art et l’architecture y est pour quelque chose dans cet amour du corps et des formes. En cela il prend le contrepied d’Hedi Slimane, plus porté sur la ligne droite que sur la courbe.

Je suis ravie qu’Anthony Vaccarello nous rejoigne pour diriger la création d’Yves Saint Laurent, déclare Francesca Bellettini, Présidente-Directrice générale d’Yves Saint Laurent. La modernité et la pureté de son esthétique s’accordent parfaitement avec l’esprit de la Maison. Les silhouettes d’Anthony Vaccarello équilibrent impeccablement des éléments d’une féminité provocatrice et ceux d’une masculinité aigüe. Anthony Vaccarello est un choix naturel pour exprimer l’essence de la maison Yves Saint Laurent. Je suis enthousiaste à l’idée d’ouvrir cette nouvelle ère avec Anthony Vaccarello et de conduire ensemble la maison vers de nouveaux succès.

Ce à quoi Anthony Vaccarello répond:

La créativité, le style et l’audace de M. Saint Laurent sont légendaires. Je suis extrêmement reconnaissant de cette opportunité qui m’est offerte de pouvoir contribuer à l’histoire de cette maison extraordinaire.

Antony Vaccarello reprend les rênes d’une maison qui a fait des résultats extraordinaires depuis la nomination d’Hedi Slimane. En 2015, le chiffre d’affaire affichait une croissance à deux chiffres: + 36.9% au troisième semestre. Les résultats financiers ont été redressés, la maison de couture est née de nouveau dans un hôtel particulier de la rue de l’Université, le nom de Saint Laurent a retrouvé le prénom d’Yves, dont Hedi Slimane avait souhaité se passer. Il n’y a désormais plus qu’à…

La première collection d’Anthony Vaccarello pour la maison Yves Saint Laurent sera présentée en octobre 2016 lors de la semaine de la mode de la saison Printemps-Eté 2017 à Paris. Ce sera l’une des trois collections les plus attendues de la saison avec celle de Jonathan Saunders pour Dior et celle de Bouchra Jarrar pour Lanvin.

L’hiver sera chaud…

 

“Stella loves you”

“STELLA LOVES YOU.” C’est ce qui était écrit en lettres de lumière LED sur l’invitation pour assister au défilé de Stella McCartney. Je ne sais pas si elle m’aime moi, personnellement, mais elle a une manière bien à elle de créer une sorte de club de fan qui la suit et de créer le désir avant même d’avoir montré le premier look du défilé.

Un désir qui naît au fur et à mesure que les silhouettes apparaissent sur le podium. On veut cette allure à la fois casual et habillée, ces doudounes végétariennes (aucune matière animale ne vient les fourrer), cette robe en jean délavée qui se lace, comme un corset, conférant à cette matière de la rue une tout autre intention. Et la dentelle papillon et ces jupes plissées métalliques et ce confort et ce réconfort.

Stella McCartney a le don de mélanger les matières, les styles et de créer une silhouette qui répond aux envies pas encore exprimés des femmes, mais qui semblent évidentes au moment où la machine « défilé » se met en route. Elle crée des vêtements hybrides mi-techniques mi-soir, elle s’inscrit dans plusieurs lignées, jouant avec les robes d’inspiration victorienne avec leur plastron à volant, attrapant le train des créateurs qui s’inspirent de la rue et des banlieues. Elle le fait avec chic.

La collection Stella McCartney de l’automne hiver oscille entre le Stiff et le Cool. Le genre de vestiaire dont on a envie pour se protéger des émanations de l’époque. Mais cela, la créatrice le savait avant nous.

Hedi Slimane, et après?

Quand j’ai reçu hier le communiqué de Kering annonçant le départ d’Hedi Slimane en tant que Directeur de la Création et de l’Image de la maison Yves Saint Laurent, je n’ai pas été très surprise: on savait tous que son dernier défilé serait l’ultime.

J’ai bien lu les mots de François-Henri Pinault, Président-Directeur général de Kering :

Ce qu’a accompli Yves Saint Laurent ces quatre dernières années restera comme un chapitre unique dans l’histoire de la Maison. Je suis très reconnaissant à Hedi Slimane et à toutes les équipes d’Yves Saint Laurent d’avoir tracé ce chemin que la Maison a emprunté avec succès et qui permettra la poursuite du rayonnement de cette marque légendaire.

Il a bien dit plusieurs fois “Yves Saint Laurent” et non pas “Saint Laurent” comme Hedi Slimane avait rebaptisé la maison. Donc re-re-baptisage en vue.

François-Henri Pinault parle également du chemin vers le succès qu’a emprunté la maison ses dernières années. Il est difficile de passer sous silence le fait qu’Hedi Slimane a redressé Yves Saint Laurent et qu’au troisième semestre 2015 la maison affichait une croissance à deux chiffres: +36,9%.

Une nouvelle organisation créative pour la Maison sera annoncée en temps voulu, dit encore le communiqué. Soit. On parle beaucoup de l’arrivée probable d’Anthony Vaccarello chez YSL. Wait and see.

Mais quid d’Hedi Slimane? Que va-t-il faire après? Selon la rumeur qui gambade ces derniers mois: il pourrait reprendre le poste de Karl Lagerfeld chez Chanel (!). Je ne suis pas sûre que ce dernier entende le lui laisser.

En revanche, et si on lui confiait la création d’une ligne homme chez Chanel: Chanel Homme? Ça ce serait assez révolutionnaire…