Lutz Huelle, jeu de vestiaire

Tout a l’air d’être ce que cela n’est pas dans la collection automne-hiver 2016-2017 de Lutz Huelle. Veste en jean ou robe robe du soir à sequin? Bomber jacket et jupe ou trench coat en trompe l’œil ? Ses vêtements sont des énigmes où l’œil doit apprendre à déchiffrer ce qu’il voit ou croit voir à chaque passage.

Il y a des manteaux avec un volume de tissu tiré vers le haut qui forme comme une capuche. Ou d’autres avec les épaules pliées ce qui leur donne une largeur sans avoir recours à des épaulettes. J’adore l’attitude cool que l’on a quand on porte un truc en jean. Pourquoi ne pas faire une robe du soir en jean ? Mais avec des paillettes. J’adore quand ça brille!

Le designer allemand a une manière particulière de traiter l’oversize : en maîtrisant, en contraignant les volumes.

L’idée de cette collection était de faire de l’oversize, mais rétréci par endroit. Comme les bomber jacket: c’est toujours porté très ample or je les ai resserrées à la taille avec une ceinture en matière plastique transparente. Ça ne coupe pas le vêtement mais ça le révèle à travers.

Les mannequins qui défilent sur Highway to Hell d’ACDC ont l’air d’avoir une vie à part le mannequinat.

Je veux mes collections soient portées par un certain genre de femmes: ce n’est pas une question d’âge, de poids, mais d’attitude. Je ne peux pas habiller des gens qui ne sont pas bien dans leurs vêtements. Si ce n’est pas le cas, ça se voit et ce n’est pas joli. Il faut que ça reste réel. Les mannequins ont été choisis dans cette idée. Ma meilleure amie défile. On se connaît depuis qu’on est enfant, depuis 40 ans. Ce n’est pas un métier toujours facile. C’est tellement agréable de s’entourer de gens qu’on aime, avec qui on peut rigoler. Qu’est-ce qu’on veut de plus?

Rien sans doute… A part peut-être un bomber kaki doublé d’orange pour traverser l’hiver à venir et se laisser emporter par cet esprit ludique émanant de la collection qui donne envie métamorphoser ses basiques et prendre la vie un peu moins au sérieux.

L’esprit des Romanov survole le défilé d’Andrew Gn

J’ai trouvé deux jolies photos il y a quelques mois: on y voit le tsar Nicolas II, avec sa famille. La photo a été colorisée. Sur la seconde on voit deux de ses filles: la grande duchesse Olga et l’une de ses sœurs en photo dans leur uniforme de régiment : deux vestes militaires brodées avec une longue jupe en taffetas. C’était à cette époque que l’on a commencé à mixer les costumes féminins et masculins.

C’est assez romantique. Quand on pense quelques années plus tard la famille avait disparu… C’est une histoire touchante et un look extraordinaire. C’est le point de commencement de la collection.

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Photos: Isabelle Cerboneschi

Avant son défilé, Andrew GN me montre quelques détails qui ne se voient bien que de près : les soutaches qui ornent les «Visiteuses », ces vestes d’inspiration militaire avec une ouverture dans le dos pour permettre aux femmes de les porter sur leurs robes à crinolines ou en montant à cheval, le travail de passementerie, les broderies noires sur noir. Il raconte aussi qu’il faut 2 jours à l’artisan pour terminer un T-Shirt avec du cachemire tressé à la main.

Je soutiens la slow fashion. Je crée des vêtements que l’on ne peut pas copier en 48 h.

La collection automne hiver crée par Andrew Gn est opulente mais sans ostentation. On s’imagine hors contexte porter l’une de ces vestes d’aspect militaire entièrement ornée, ces capes brodées avec une paire de jeans, en précieux décalage. On est aux antipodes de la mode inspirée du street style qui émerge un peu partout : on est dans l’univers des métiers d’art et de l’histoire. Une mode qui a des lettres.

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Dior, laboratoire de formes

Juste avant un défilé – lequel ? Impossible de m’en souvenir – j’ai entrevu une jeune femme, très belle, qui s’est avancée pour prendre une star en photo. C’est son allure qui a attiré mon regard. Elle portait une robe avec une épaule asymétrique : l’une couverte et l’autre dénudée, mais pas entièrement. Comme si le tissu avait glissé nonchalamment, dénudant la clavicule, dans un jeu de séduction pas si naïf, sauf que ce glissement n’avait rien de fortuit. Il faisait partie de la structure même de la robe. Je l’ai reconnue tout de suite (pas la fille, mais la robe): collection Dior haute couture printemps-été 2016  qui a défilé en janvier dernier.
Et ce jour-là j’ai pris conscience du fait que le vocabulaire stylistique mis en place par Lucie Meier et Serge Ruffieux, les deux Suisses à la tête du studio de création Dior, lors du dernier défilé haute couture était suffisamment puissant pour être reconnaissable en une fraction de seconde. Alors que cette collection ne semblait pas totalement aboutie, en janvier dernier.

La collection prêt-à-porter qu’ils ont dessinée pour l’automne hiver est dans la même veine : l’esprit de modernité hérité de Raf Simons, mais avec leur twist à eux.

On retrouve des éléments jaunes purs, comme une réminiscence du premier défilé du designer belge pour Dior, des imprimés panthère et un manteau rouge vermillon. Le tailleur bar a gardé sa taille abaissée, comme l’avait redessiné Raf Simons. Mais les cols-écharpe, les hauts zippés, les martingales inversées sur les manteaux et les cabans qui deviennent éléments de décoration, les effets de manches, d’épaules, de coupe, c’est leur signature.

Comme si la collection haute couture avait été leur laboratoire – avec les idées fulgurantes et les ratés naturels– et que l’on découvrait l’aboutissement de leurs recherches dans cette collection automne hiver.

Et l’on se prend à désirer ce caban en cachemire kaki, ce blouson ou ce manteau de cachemire Camel avec le col comme une écharpe arrêtée dans son envol, comme une sculpture baroque. Et l’on se prend à se demander : et si Lucie Meier et Serge Ruffieux restaient ?

VETEMENTS : la désacralisation

Vidéo: Studio Jungle

C’était l’un des deux shows les plus attendus de cette fashion week parisienne (l’autre, c’était Balenciaga). Mon amie Elisabeth Clauss y était. Elle raconte.

Demna Gvasalia change la donne. Le Géorgien de 34 ans élevé en Russie puis formé en Allemagne et à l’Académie d’Anvers a oeuvré chez Martin Margiela et Louis Vuitton, avant de former son collectif VETEMENTS. Ils étaient une poignée au départ, issus des quatre coins de l’Europe, ils sont plus d’une vingtaine désormais à secouer les codes du prêt-à-porter. Esthétiquement, économiquement, et philosophiquement.

Dans la cathédrale américaine de l’avenue Georges V, Demna Gvasalia a présenté deux collections, féminine et masculine. Il préparait cette diversification depuis longtemps, avec des pièces capsules et accessoires pour hommes, afin de créer ce qu’il appelle « une communauté VETEMENTS ». Désormais l’homme, c’est une collection complète, des vestes over-oversize à la maille en passant par les bottes cuissardes. Chez VETEMENTS, les lignes sont complémentaires et cohérentes dans leur subversive réinterprétation des essentiels du vestiaire « street-rock ». Le fil rouge : s’amuser, faire évoluer le regard, provoquer dans le bon sens du terme, s’exprimer.

Ils font un tabac, leurs points de ventes sont décuplés (mais désormais limités, pour entretenir le désir), ils créent l’événement, en matérialisant par des pièces restructurées à l’excès les notions de dérision, de protection (avec ces épaules si larges, ces capuches enveloppantes, ces messages punks qui pourraient faire fuir mais appellent en réalité l’intérêt). La ligne d’épaules qui dépasse et les manches courtes sur certaines pièces semblent le résultat d’un adulte qui a grandi dans ses vêtements d’enfants. Ailleurs, ce sont les volumes exagérés qui perdent la silhouette dans des gabarits trop grands (mais si bien coupés). Un peu comme les biscuits d’Alice au Pays des Merveilles, les collections de Demna Gvasalia propulsent dans d’autres dimensions, nous rappellent que nous sommes des gamins gourmands de nouveauté, désireux de nous identifier à une communauté qui a compris avant les autres.

Tout ceci, cette industrie très sérieuse, serait-ce un fond un jeu ? Ces pièces enveloppantes et ces manteaux comme des parachutes qui protègent de l’atterrissage dans un monde en plein évolution, ces robes sweat-shirts qui encagoulent la silhouette, cette sensualité brute, toute cette radicalité ramène aux fondamentaux, et c’est ça qui nous touche. Comme Demna le revendique sur un sweat-shirt : “May the bridges I burn light the way”. Et comment!

Lanvin la parenthèse

Vidéo: Studio Jungle

Si la propriétaire de Lanvin, Madame Wang a décidé de changer de créateur et se séparer d’Alber Elbaz, c’est donc qu’elle souhaitait donner une nouvelle direction à sa maison. C’est lui qui a posé tous les codes de la marque dans sa version contemporaine. La collection automne hiver 2016-2017 devait donc montrer la nouvelle direction prise par la marque. Ou en tout cas l’esquisser.

Lanvin va-t-elle devenir une marque néo-baroque? C’est ce que l’on pouvait penser en regardant s’avancer des femmes portant de larges pantalons de velours dévorés, des bustiers richement brodés sous d’opulents manteaux en velours, des robes bijoux, des jacquard psychédéliques, ou ce blazer brodé serti de cristaux.

Certaines silhouettes semblaient toutefois sorties du carton à dessin d’Alber Elbaz, mais sans cette touche de romantisme un peu décadent qui rendait ses collections hautement désirables. La rupture n’a pas encore été totalement consommée, semble-t-il. Et la directrice du studio, Chemena Kamali,  transfuge de chez Chloé, est encore sous influence.

Bien sûr, il y avait des pièces superbes, comme ce long manteau en Prince-de-Galles porté sur un pantalon gris perle,  quelques très beaux plissés, un manteau de renard en dégradé de vert ou encore cette gabardine marine ceinte à la taille portés sur un lurex couleur fauve. Mais une succession de  belles pièces ne font pas un défilé qui emporte. Or c’est justement cela, la marque de fabrique de Lanvin: emporter!

Très peu de maisons peuvent se permettre le luxe de laisser les rennes de la création au studio de création. Alors que la mode vit une révolution, une marque comme Lanvin a besoin d’une ligne claire et forte. La propriétaire semble l’avoir compris: quelques jours après le défilé, le très informé Woman’s Wear Daily écrivait que des négociations seraient en cours avec la couturière Bouchra Jarrar (voir son dernier défilé).

Si c’est le cas, on peut être rassuré sur l’avenir de Lanvin. Ce sera autre chose, mais d’une modernité, d’une rigueur et d’une beauté absolue…

Rick Owens, mémoires d’outremonde

Vidéo: Studio Jungle

Ce qu’il y a de fascinant avec les défilés de Rick Owens, c’est que le créateur nous raconte à chaque fois une histoire, mais sans vraiment en dévoiler le synopsis. Le cadre, les personnages, les costumes, l’unité de lieu, tout est posé, mais il nous appartient d’y voir ce que l’on veut bien y percevoir.  Tout est question de projection.

Si son dernier défilé prenait le parti d’une bouleversante sororité, celui-ci, que raconte-t-il? Devant ces silhouettes, un sentiment difficile à définir. Les femme sont placées sous la haute protection d’un jumpsuit oversize orange,  ou blanc, comme on imagine devoir les porter dans des zones de danger. Elles semblent s’être vêtues des restes d’une civilisation, emmitouflées dans des vêtements-abri. Que s’est-il passé avant? On ne sait dans quelle ère on est sensé se trouver. Ni si Rick Owens s’était employé à faire des raccourcis avec l’espace-temps, façon Interstellar.

Et puis l’on remarque ces boules de cheveux qui servent à la fois de coiffure et de bulle protectrice, camouflant entièrement le visage: une sorte de scaphandre poreux. Elles ressemblent à des chrysalides.

Je me demande alors si  cette collection n’est pas la manière très personnelle de Rick Owens d’exprimer la révolution que vit le monde, et accessoirement, la mode? Ces chrysalides symbolisent-elles un monde en transformation? Ce serait un  message d’espérance: on sait que de la chrysalide sortira un papillon.

Paco Rabanne, un certain futur

Croisé à l’issue du défilé Paco Rabanne, Nicolas Ghesquière ne cachait pas son plaisir :

C’était un show formidable ! Julien Dossena monte en puissance à chaque saison.

Ce qui est formidable, c’est de voir un designer adoubé par un autre. Et quel autre !
Cela fait deux ans que Julien Dossena a repris la direction artistique de la maison. Il fait partie de cette nouvelle génération de designers qui transmettent à la mode une nouvelle énergie. Paco Rabanne était un visionnaire, mais sa mode était rétro-futuriste. Ce qu’il envisageait comme un futur possible n’est jamais véritablement advenu. Ce pourrait-être différent avec Julien Dossena. Sa vision de demain est réaliste, parce que les lendemains, en termes de mode, ne sont pas si différents que les hiers. Dans le cas présent, hier, ce seraient les années 90.

Les femmes portent des robes métalliques rouges et des bombers jackets ornés des flammes, comme pour dire : attention danger ! Des sweats argentés et des pantalons baggy. Elles ont les seins triangle qui pointent sous les tops façon Cœur Croisé de Playtex, mais en noir et en moderne. On n’approche pas ces femmes-là de trop près. Julien Dossena les arme à même la peau.

Dans la mouvance du « See-now, buy-now » (je vois, j’achète) Une partie de la collection était en vente dès le lendemain du défilé. On ne navigue plus dans le futur, mais dans un présent palpable.

Ann Demeulemeester, code secret

« Enfin, on est revenu à du Ann Demeulemeester ! », souligne une aficionada à l’issue du défilé.

Qu’est-ce que c’est du « Ann Demeulemeester » ?
Je repense aux codes qui ont fait le succès de la créatrice belge lorsqu’elle était encore à la tête de sa propre maison : une silhouette gothique-rock androgyne, du noir, des vêtements « twistées », des matières en superposition, un romantisme un peu décadent. En regardant la collection dessinée par le directeur artistique Sébastien Meunier, en effet, on peut cocher toutes les cases.

Une collection noire comme la nuit, avec quelques fulgurances de lumière : celles que l’on retrouve sur cet imprimé qui reprend la photo d’un podium de mode, avec ses spots aveuglants. Appliqué à un vêtement, la scène devient abstraite et l’on ne discerne plus que du noir, traversé de lignes blanches.

Cette saison plus que jamais, à l’issue de certains défilés, et en prévision de nombreuse rumeurs de départs et d’arrivées, je me surprends à penser qu’il est des maisons dont les codes sont tellement forts que vouloir s’en éloigner dilue la force de la marque…

Manish Arora, un manifeste en technicolor

Vidéo: Studio Jungle

Un chien bleu, un sac en forme de ukulele, une dame aux cheveux mauves, cinq plumes de faisan, une paire de lunettes de vue, des dizaines de paires de bottes de cowboy, un indien aux cheveux longs, des ceintures à boucle dorée, des sourires,… Le défilé automne hiver de Manish Arora pourrait se raconter comme un inventaire à la Prévert, sauf que ce serait trop long.

C’est une histoire d’Indiennes et de cowgirls racontée depuis Mumbai. En technicolor, forcément, avec force couleur fuschia que l’on trouve assez rarement dans le Far West, mais qui appartient de manière indéboulonnable à la palette de couleur de Manish Arora.

Les applications de tissus sur les robes racontent les mystères de l’Ouest façon Lettres Persanes de Montesquieu. C’est raconté de façon presque naïve, mais le message derrière les choses est plus complexe. Il faut avoir le temps de passer derrière le miroir. Et l’envie. Le rythme du défilé invite plutôt à l’insouciance. Et à la joie. Surtout lorsque la photographe Ellen von Unwerth déboule sur le  podium avec sa robe  et sa joie de vivre hautement transmissible. Suivie de peu par une Chantal Thomass visiblement heureuse de jouer la muse d’un jour. Applaudissements. Parce qu’elles détonnent toutes les deux avec les mannequins habituels dans lesquels aucune femme n’arrive à se projeter.

Il est temps de rendre la mode réelle, commente Manish Arora au sujet de son casting.

Bien sûr qu’il y a des citations littérales, dans ce défilé, des applications de tissus sur des jupes représentant des montagnes ou des chariots, des robes portées avec des bottes de cowboys, du jean, des plumes de faisan dans les cheveux, des imprimés avec des chevaux et des pistolets imprimés sur une tunique. Sauf que celle-ci est portée par un homme aux cheveux longs qui pourrait avoir des origines Sioux. Et que ce cheval et ce pistolet ont sans doute eu raison de ses ancêtres.

Et soudain je vois apparaître sur le visage d’une femme, de trois femmes d’ailleurs, un masque orné qui leur ferme la bouche. Au XVIIIème siècle, on appelait cela “les muselières de mégère”. Le nom explique la fonction. Les esclaves aussi étaient muselées de la sorte.  Cela m’évoque la figure d’Escrava Anastácia, une femme martyr brésilienne que révèrent les catholiques et les Afro-Brésiliens (les Umbanda). La muselière est son attribut. Elle représente pour les femmes, le symbole de la résilience et de la lutte pour la liberté.

Le show prend alors une autre couleur. Manish Arora a déjà par le passé transmis des messages pas toujours drôles à travers une mode joyeuse et colorée, à la façon des dessins faussement naïfs et résolument angoissants de Takashi Murakami. A une époque où il ne fait pas bon être femme dans certains pays, ces “ornements” résonnent de manière sinistre au milieu de toute cette couleur et toute cette joie. Quand on souhaite évoquer les liens entre l’Afrique et l’Amérique, comme l’a confié Manish Arora, on peut difficilement passer sous silence cet épisode sombre de l’histoire.

Alors je recherche ce fameux passage sur l’esclavage dans l’ouvrage de Montesquieu et je trouve ceci dans la Lettre CXVIII.

Il n’y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre innombrable d’hommes pour tirer du fond de la terre l’or et l’argent : ces métaux d’eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont des richesses que parce qu’on les a choisis pour en être les signes.

Chloé, fille du vent

« En haut, l’automne m’attendait, sec, transparent, mordant. Je savais qu’il serait au rendez-vous, j’avais dans ma sacoche de réservoir un gros pull-over et un foulard, La piste n’est pas bien facile (…) Mais le pays en est mille fois plus beau, parce qu’on le mérite. »

Et j’ai suivi le vent, Anne-France Dautheville, 1975

Ces mots ont été déposés sur les rangs, en attente d’être lus, en attente d’emporter. Comme la collection Chloé, d’ailleurs.

Dès le premier passage, on sent que la fille Chloé, sous ses airs bohème, a pris une nouvelle assurance et la tangente, affichant un désir de liberté absolue. Son vêtement est son armure, sa protection, sa fragile carapace. Une femme qui n’a besoin de personne en moto Guzzi, comme la journaliste Anne-France Dautheville, qui avait fait Paris-l’Afghanistan sur son engin en 1972, et dont l’esprit libre a inspiré à Clare Waight Keller cette collection.

C’est une femme différente que j’ai voulu cette saison. Un peu plus dure, confie Clare Waight Keller. Elle ose, elle est aventureuse. Je voulais apporter quelque chose de nouveau à l’esprit Chloé. Elle a un côté un peu masculin, un peu rude, mais en même temps elle possède une part de romantisme. C’est d’ailleurs ce qui était intéressant dans ce personnage. Quand elle voyageait, elle emportait des robes, des sweaters, de très belles capes. Même si elle portait une combinaison de cuir. C’est une attitude très pertinente aujourd’hui, cette manière de tout mélanger.

La fille Chloé de l’automne 2016 porte un poncho en drap de laine camel, comme une couverture dans laquelle elle pourrait se lover, si les circonstances le demandaient. Elles le demandent rarement, les circonstances. Mais rien que l’idée d’une chevauchée fantastique, avec son poncho en guise d’abri pour dormir dans le désert, donne tout son sel à ce vêtement.

Accrochées sur le mur, en backstage, quelques reproductions de photos d’Anne-France Dautheville la montrant en combinaison de motarde, mais aussi en robes hyper féminines aux imprimés ethniques, avec lesquelles elle faisait de la moto.

On retrouve cette attitude en regardant les filles passer dans des robes de mousselines ornées de dentelle, ou bien brodées de motifs indiens, les pieds bien ancrés sur la terre dans une paire de bottes.

Travailler ces contrastes extrêmes, cette tension entre les matières, entre la part féminine et masculine, c’était très inspirant.

Une collection qui donne envie. Envie d’avoir et de partir vers des ailleurs qui laissent présager de beaux lendemains.