Yohji Yamamoto, l’œuvre au noir

 

Vidéo: Studio Jungle

Depuis trois saisons on assiste à l’émergence d’un nouveau courant antifashion qui prend la mode de front. Ce n’est pas nouveau, mais la vague est suffisamment puissante pour qu’elle atteigne des marques établies depuis les origines du système : Balenciaga, et même Dior dans une certaine mesure. Dans le domaine de la déstructuration, de la proposition alternative, il y a deux maîtres : Rei Kawakubo, fondatrice de la marque Comme des Garçons, et Yohji Yamamoto.

La dernière collection de Yohji Yamamoto est une épure : pas de crinoline démesurée, cette fois-ci, mais de la mesure en (presque) tout. Une collection pour femme aux lignes masculines : pantalons, longs manteaux aux manches qui cachent les mains, comme si celle qui le porte l’avait emprunté à un homme.

Une palette réduite au minimum : le noir, sa signature, et le blanc. A peine un fil rouge qui scande une manche et s’envole d’un manteau. Et un tout petit peu de gris, mais du gris qui se fait manger par le noir sur un manteau hybride, mi- cuir mi- drap de laine, comme si l’un se fondait dans l’autre. En réalité une couche de cuir, fine comme du papier à cigarette a été apposé sur la matière. Une technique que le couturier avait déjà utilisée pour l’homme la saison passée.

Parce que le noir de Yohji Yamamoto n’est jamais à prendre au premier degré, au fur et à mesure du défilé, il y ajoute des effets. Les fameuses applications de cuir qui donnent un effet de brillance à la matière mate des manteaux. Mais surtout cette matière brillante étonnante qui semble dégouliner et donne l’impression que certains manteaux ont été arrosés d’eau. Il s’agit en réalité d’un geste maîtrisé : un coup de pinceau trempé dans une sorte matière servant à faire des collages, qui, en séchant, donne cet effet mouillé.

Pour le final, Yohji Yamamoto envoi une tribu de filles portant des manteaux sur lesquels il a fait ajouter des phrases – « A I come back Soon B » – « Don’t let me f…l again », messages qu’il nous laisse libre d’interpréter. Ou pas.

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Photo: Isabelle Cerboneschi
Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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