VETEMENTS : la désacralisation

Vidéo: Studio Jungle

C’était l’un des deux shows les plus attendus de cette fashion week parisienne (l’autre, c’était Balenciaga). Mon amie Elisabeth Clauss y était. Elle raconte.

Demna Gvasalia change la donne. Le Géorgien de 34 ans élevé en Russie puis formé en Allemagne et à l’Académie d’Anvers a oeuvré chez Martin Margiela et Louis Vuitton, avant de former son collectif VETEMENTS. Ils étaient une poignée au départ, issus des quatre coins de l’Europe, ils sont plus d’une vingtaine désormais à secouer les codes du prêt-à-porter. Esthétiquement, économiquement, et philosophiquement.

Dans la cathédrale américaine de l’avenue Georges V, Demna Gvasalia a présenté deux collections, féminine et masculine. Il préparait cette diversification depuis longtemps, avec des pièces capsules et accessoires pour hommes, afin de créer ce qu’il appelle « une communauté VETEMENTS ». Désormais l’homme, c’est une collection complète, des vestes over-oversize à la maille en passant par les bottes cuissardes. Chez VETEMENTS, les lignes sont complémentaires et cohérentes dans leur subversive réinterprétation des essentiels du vestiaire « street-rock ». Le fil rouge : s’amuser, faire évoluer le regard, provoquer dans le bon sens du terme, s’exprimer.

Ils font un tabac, leurs points de ventes sont décuplés (mais désormais limités, pour entretenir le désir), ils créent l’événement, en matérialisant par des pièces restructurées à l’excès les notions de dérision, de protection (avec ces épaules si larges, ces capuches enveloppantes, ces messages punks qui pourraient faire fuir mais appellent en réalité l’intérêt). La ligne d’épaules qui dépasse et les manches courtes sur certaines pièces semblent le résultat d’un adulte qui a grandi dans ses vêtements d’enfants. Ailleurs, ce sont les volumes exagérés qui perdent la silhouette dans des gabarits trop grands (mais si bien coupés). Un peu comme les biscuits d’Alice au Pays des Merveilles, les collections de Demna Gvasalia propulsent dans d’autres dimensions, nous rappellent que nous sommes des gamins gourmands de nouveauté, désireux de nous identifier à une communauté qui a compris avant les autres.

Tout ceci, cette industrie très sérieuse, serait-ce un fond un jeu ? Ces pièces enveloppantes et ces manteaux comme des parachutes qui protègent de l’atterrissage dans un monde en plein évolution, ces robes sweat-shirts qui encagoulent la silhouette, cette sensualité brute, toute cette radicalité ramène aux fondamentaux, et c’est ça qui nous touche. Comme Demna le revendique sur un sweat-shirt : “May the bridges I burn light the way”. Et comment!

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *