Dior, laboratoire de formes

Juste avant un défilé – lequel ? Impossible de m’en souvenir – j’ai entrevu une jeune femme, très belle, qui s’est avancée pour prendre une star en photo. C’est son allure qui a attiré mon regard. Elle portait une robe avec une épaule asymétrique : l’une couverte et l’autre dénudée, mais pas entièrement. Comme si le tissu avait glissé nonchalamment, dénudant la clavicule, dans un jeu de séduction pas si naïf, sauf que ce glissement n’avait rien de fortuit. Il faisait partie de la structure même de la robe. Je l’ai reconnue tout de suite (pas la fille, mais la robe): collection Dior haute couture printemps-été 2016  qui a défilé en janvier dernier.
Et ce jour-là j’ai pris conscience du fait que le vocabulaire stylistique mis en place par Lucie Meier et Serge Ruffieux, les deux Suisses à la tête du studio de création Dior, lors du dernier défilé haute couture était suffisamment puissant pour être reconnaissable en une fraction de seconde. Alors que cette collection ne semblait pas totalement aboutie, en janvier dernier.

La collection prêt-à-porter qu’ils ont dessinée pour l’automne hiver est dans la même veine : l’esprit de modernité hérité de Raf Simons, mais avec leur twist à eux.

On retrouve des éléments jaunes purs, comme une réminiscence du premier défilé du designer belge pour Dior, des imprimés panthère et un manteau rouge vermillon. Le tailleur bar a gardé sa taille abaissée, comme l’avait redessiné Raf Simons. Mais les cols-écharpe, les hauts zippés, les martingales inversées sur les manteaux et les cabans qui deviennent éléments de décoration, les effets de manches, d’épaules, de coupe, c’est leur signature.

Comme si la collection haute couture avait été leur laboratoire – avec les idées fulgurantes et les ratés naturels– et que l’on découvrait l’aboutissement de leurs recherches dans cette collection automne hiver.

Et l’on se prend à désirer ce caban en cachemire kaki, ce blouson ou ce manteau de cachemire Camel avec le col comme une écharpe arrêtée dans son envol, comme une sculpture baroque. Et l’on se prend à se demander : et si Lucie Meier et Serge Ruffieux restaient ?

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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