Alexis Mabille, une ode à la beauté intemporelle

En voyant Carmen Kass, l’un des mannequins stars des années 90 ouvrir le défilé, on se doute qu’elle n’est pas venue seule et qu’il y aura d’autres femmes, des vraies, pour donner vie à la collection haute couture printemps-été 2016 d’Alexis Mabille. Estelle Lefébure, Audrey Marnay, Debra Shaw, Irina Lazareanu, le couturier a réuni quelques beautés intemporelles pour un défilé qu’il a intitulé à dessein “Timeless Beauty”.

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On était tellement contentes de se retrouver ! Il y avait une ambiance géniale en backstage », relève la musicienne et ex-mannequin Irina Lazareanu, croisée le lendemain dans une soirée.

La collection ? Une haute couture très pure déclinée dans une palette restreinte au noir, blanc, et bleu nuit. Sans oublier la couleur de la chair, celle que l’on aperçoit sous une combinaison-pantalon en dentelle de Lyon noire, ou sous une robe de chantilly noire rebrodée de perles de cristaux, qui voilent à peine le corps. Alexis Mabille se joue des genres et s’amuse à métamorphoser un smoking de crêpe blanc en longue robe du soir ourlé de plumes d’autruche. Son art du tayloring l’autorise à toutes les transformations.

Dans le match qui oppose la nouvelle génération de mannequins de 17 ans à l’ancienne, c’est la seconde qui l’emporte. Ces femmes savent donner de la chair à une robe comme personne. Les podiums, elles connaissent : elles les ont arpentés pendant des années. Seul le public a changé: entretemps, il s’est armé d’Iphone et applaudit à retardement. Les ex-stars du podium se permettent alors des regards, des sourires, des clins d’œil en passant. Parce qu’elles savent qu’une robe sur un cintre n’a pas de sens et qu’il faut l’incarner pour lui en conférer.

La beauté c’est à tout âge, dit Alexis Mabille et on fait des robes pour accompagner cette beauté

Deux Suisses assurent la transition chez Dior

En l’absence d’un directeur artistique à la tête de la maison depuis le départ de Raf Simons  en septembre dernier, la collection haute couture Dior (et la prochaine collection de prêt-à-porter) a été confiée à deux stylistes de la maison. Deux Suisses: Serge Ruffieux, 41 ans, Head Designer de la Couture et du prêt-à-porter, entré chez Dior en 2008 et Lucie Meier, 33 ans, dans la maison depuis 2 ans. Le résultat? Une collection de transition, forcément sous influence, celle de Raf Simons bien sûr, mais peut-être un peu celle de Marc Jacobs, époque Louis Vuitton, Lucie Meier ayant été à son école.

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Une allure “pas-sage”, une interprétation spontanée des archives, comme si elles avaient été passés au filtre de l’abstraction. On retrouve les symboles porte-bonheur de la maison brodés sur les vêtements. Quelques looks exploratoires, le tailleur Bar qui poursuit son évolution vers une modernité assumée, des effets d’épaules dénudées de manière asymétrique comme sous emprise, qui laissent apparaître des dos à la fragilité émouvante. Quant-à l’emblématique muguet, il perd son côté “jolie Madame” pour devenir un imprimé façon panthère.

Les deux stylistes voulaient une couture plus facile à porter. Ce n’est sans doute pas la direction que prendra Dior une fois que sera nommé le nouveau directeur ou la nouvelle directrice artistique. Mais la mise en lumière de Serge Ruffieux et de Lucie Meier ne restera pas sans effet.

Pendant la semaine de la mode, les noms circulaient entre les rangs: qui pour reprendre la création de Dior ? Alber Elbaz ou Hedi Slimane, qu’on annonce sortant de Saint Laurent ? Phoebe Philo (Céline) ou Riccardo Tisci  (Givenchy)? Ou bien encore Sarah Burton directrice artistique d’Alexander McQueen?

Si je pouvais me permettre d’émettre un souhait,  j’aimerais retrouver le sens du merveilleux chez Dior. La maison ne semble pas faite pour s’adapter au principe de réalité sur le long terme. Et qu’une touche de storytelling, dans l’époque que l’on traverse, ne ferait pas de mal.

Rêver, encore…

Dice Kayek, contes de faits

Le Petit Chaperon rouge, la Belle au Bois Dormant, Peter Pan, Blanche Neige, Cendrillon… Tous les personnages des contes de notre enfance ont été convoqués sur le podium par Dice Kayek, pour sa dernière collection haute couture. Sans doute sa plus onirique…

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L’inspiration de cette collection est un rêve. Les héroïnes des contes de fées qu’on adore défilent toutes dans une forêt magique.

Tout cela est né du désir de conjurer l’actualité, explique la couturière turque. Je pense que les contes ont le pouvoir de changer l’état d’esprit des êtres humains. On a vraiment besoin – en tout cas moi – de rêver, d’imaginer.

Longueurs, redingotes larges, chemisiers blancs aux manches gigot démesurées, robes de dentelles blanches étonnamment romantiques, ce qui n’est pas le registre habituel de Dice Kayek. Une coupe rigoureuse mais comme adoucie avec des épaules arrondies. Dice Kayek a pu explorer pleinement son talent de tayloring.

Comment utiliser un tissu contrôlé qui n’est pas fluide, qui n’est pas transparent, comment donner un aspect de douceur à la rigueur ? C’était aussi le défi de cette collection.

Il s’agit d’un temps sans temps. J’ai voulu transcrire l’esprit d’une forêt, c’est beau, mais c’est une forêt noire.

L’hédonisme délicat de Schiaparelli

“C’est beau cette légèreté”, murmure Pierpaolo Piccioli de Valentino à Bertrand Guyon, juste après le défilé haute couture printemps-été 2016 de Schiaparelli.
C’est beau cette légèreté, oui, et cet humour aussi. C’est comme si Bertrand Guyon nous avait conviés à un dîner imaginaire où les plats ne se mangeraient pas mais seraient brodés sur les robes des convives, de l’assiette aux petit pois, en passant par le homard, hommage à Dali oblige. Hommage à la Schiap surtout, qui transformait le sous-sol de son hôtel particulier en trattoria pour recevoir ses amis.
Une collection d’un surréaliste délicat, inspirée par les œuvres de Louise Bourgeois – ses fameux et ses araignées devenant précieuses dentelles-. Gala aussi, passe comme une ombre légère.

Je voulais quelque chose de léger, de poétique, mais avec de l’humour. Evoquer les plaisirs de la table – cuisiner, recevoir – mais pas traités de manière littérale. J’avais envie de prendre des choses très simples – le navet le topinambour, la pomme de terre – et les rendre raffinées, précieuses. Il y a plein de petits détails délicats qu’on ne remarque pas tout de suite dans cette collection. Une broche clin d’œil est faite avec une sardine et une petite olive à la place de la pupille.

Quelques robes passent comme un souffle, comme un nuage, une gaze légère retenue dans le dos par quelques fils. Ou par des toiles d’araignées délicates.

Je me suis inspiré des créations textiles de Louise Bourgeois, qui est une artiste que j’aime particulièrement. Je trouvais que cela rentrait bien dans l’histoire avec ces torchons anciens découpés incrustés parfois rebordés, la nappe ancienne en damas, qu’on n’utile plus beaucoup aujourd’hui, découpée incrustée avec de la zibeline. D’ailleurs ses travaux textiles sont des métaphores. J’évoque aussi l’araignée, qui était son obsession.

Pour la deuxième collection qu’il dessine pour Schiaparelli, Bertrand Guyon imprime doucement sa signature sur la maison et l’on sent un doux entremêlement.

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Bertrand Guyon, le directeur artistique de Schiaparelli, devant le mood board de sa dernière collection

La Couture athlétique chez Atelier Versace ou la force de l’oxymore

Donatella Versace n’est pas femme à craindre les paradoxes. Sa dernière collection haute couture marque l’alliance morganatique entre les vêtements de sport d’hiver et les tenues de tapis rouge.

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Collection Athletic Couture, Atelier Versace, haute couture printemps-été 2016 (Photos: Isabelle Cerboneschi)

Des pantalons blancs harnachés d’orange précèdent des robes du soir ne tenant qu’à quelques cordes embijoutées de cristaux Swarovski. Les silhouettes hyper-structurées, archi-architecturées, rappelant la vague de robes « body-conscious » qui a déferlé sur les podiums dans les années 80, laissent apparaître une jambe, ultime argument de séduction et de photogénie sur un tapis de Golden Globes ou sur les marches du Festival de Cannes.

Une collection pour corps parfaits.

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