Céline ou le vestiaire imaginaire de Phoebe Philo

Phoebe Philo donne l’illusion de travailler dans la continuité alors qu’elle invente un nouveau vocabulaire stylistique à chaque collection. A moins qu’elle ne change simplement de langue pour s’exprimer de manière universelle. La directrice artistique de Céline marche sur un fil ténu qui délimite le connu et l’étrange. La saison printemps été est plus familière que ne l’a été l’automne hiver, mais le décalage n’en est pas moins présent.

Cette collection pourrait être la définition d’un vestiaire idéal, parant à tout, protégeant de tout, parfois même de soi-même. Dans un décor de toiles de bâches colorées séparant les espaces – une installation conçue par l’artiste danois FOS – Phoebe Philo fait défiler des silhouettes d’un été diversifié, qu’il soit chaud, qu’il soit froid, qu’il soit proche ou lointain, qu’il fasse jour ou nuit.

Les premiers looks sont les prémices du jour, ou leur achèvement : une suite de robes lingerie bordée de dentelle noire. Les tuniques d’inspiration indienne en coton blanc côtoient des costumes d’hommes, larges, en tissu en Prince de Galles. Et de manière récurrente apparaissent de sublimes manteaux bi-matière à la coupe parfaite aux manches basses et à la taille corsetée par une maille puissante. Un manteau qui protège, avec ses épaules basses et ses formes arrondies, et qui à la fois maintient, accompagne. Un peu comme le ferait une main amie.

Une collection de tous les possibles.

 

 

La femme dévoilée de Véronique Leroy


Découvrir une collection qui serait l’incarnation d’une conversation que l’on aurait eu avec une créatrice, je n’avais jamais vécu cette expérience auparavant. Jusqu’à ce que je découvre la collection printemps-été 2016 de Véronique Leroy.

Il y a quelques semaines, elle acceptait de répondre à une interview intitulée “Qu’avez-vous fait de vos rêves d’enfant”. Un exercice de mémoire,  mais surtout d’autoanalyse et de passage en revue d’un parcours à la vitesse grand V. Avec beaucoup de pudeur, elle y révèlait que la mode c’était déjà une obsession d’enfant. Et racontait ses premiers premiers maillot de bain au crochet à l’âge de 6 ans, et ses premiers essais sur elle-même.

Photos: Isabelle Cerboneschi
Photos: Isabelle Cerboneschi

Voici deux extraits de cette interview pour comprendre la suite.

Quel était votre jouet préféré?

Mon jeu préféré c’était de transfomer et faire. Ensuite, j’ai commencé à fouiner dans les Oxfam, les Emmaus. (…) Je n’avais pas les moyens, je ne pouvais pas m’acheter des vêtements de créateurs dans des boutiques de luxe, j’étais obligée de trouver des solutions et mes solutions c’était d’aller dans les boutiques du Secours Catholique chercher des vêtements que je transformais. J’avais un problème de taille : c’était toujours un peu grand. J’ai commencé à faire ça aussi avec la garde-robe de mon père. Celle de ma mère : je ne l’aimais pas, c’était trop classique. Donc je prenais les chemises de mon père, ses pantalons, je mettais des bretelles, une petite chemise dessous, et voilà.

Les avez-vous gardés ?

Oui. Je ne les porte plus, il y en a dont je ne peux me séparer. J’ai toujours un peignoir court à carreaux gris avec un col châle, une veste d’intérieur. (…) Cet été j’ai fait un grand tri dans mon dressing et j’ai retrouvé des pulls à lui: il y en a un kaki-ocre que j’adore et qui est une référence dans mes couleurs, un cardigan chiné tweedé, un pull en shetland qui gratte… J’y suis attachée. Et je pense que mes pantalons oversize viennent de là. Comme j’étais très petite et très fine, je chinais des vêtements qui n’étaient pas à ma taille. Dans les années 80 j’ai porté de ces trucs ! Ils étaient toujours trop grands, c’était mon problème. Je devais faire des pinces, je perdais mes jupes. Je sais d’où me viennent tous mes codes : je me souviens de jupes que j’avais trouvées aux puces, que j’avais rétrécies parce qu’elles étaient trop grandes, mais je n’avais pas retouché la taille parce que la ceinture était un peu épaisse et je ne pouvais pas la piquer à la machine à coudre. Je les ai donc reserrées à partir des hanches. Cela faisait des jupes un peu flottantes à la taille. Or dans mes premières collections, la taille est plus large que les hanches. Et je fais encore cela. Dans mes premières collections, il y a tout !

Dans ses premières collections, il y a aussi la dernière.

Je m’en suis rendu compte en voyant avancer sur le podium des femmes portant des jupes ceinturées sous des vestes d’homme un peu trop grandes, en pensant reconnaître une veste qui avait tout d’un peignoir court avec un col châle, en observant le kaki d’un manteau oversize, en remarquant des pantalons masculins un peu trop grands au bas relevé et à la taille retenue, et ce maillot de bain au crochet, une évocation des premiers maillots de bain que Véronique Leroy se fabriquait quand elle avait 6 ans.

Vous avez vu?, dit-elle après le défilé. L’interview qu’on a faite a fait son chemin. On retrouve cette association de vêtements dont je parlais et que j’achetais frénétiquement sans réfléchir. Et quand j’arrivais chez moi j’essayais de les associer avec des vêtements que j’avais déjà et rien ne fonctionnait ensemble. J’ai essayé de me remettre dans cet état d’esprit et de retranscrire cela dans la collection. C’est un écho de mes premiers jeux avec les tenues, mes premiers essais dont j’étais le cobaye, mon propre mannequin. L’idée que la femme prend une veste un peu sport qui pourrait être inspirée d’une veste Jean Claude Killy de la fin des années 80 qu’elle porte avec une jupe foulard. C’est complètement dissonant mais quand on porte un regard dessus, on trouve ça super. C’est une collection sexy mais j’avais peur qu’elle ne le soit pas suffisamment. Je crois qu’il y a une sensualité dans la manière de porter, de faire, d’associer…

Parfois, lorsque “quand ciel bas et lourd pèse comme un couvercle…”, quand on se demande si tout cela a un sens, pourquoi passer tant de temps à s’interroger sur la signification d’un pli (pas celui de Deleuze, mais de tous les autres plis), cette collection, enfant des souvenirs de Véronique Leroy, et par extension des souvenirs de toutes les filles qui ont un jour porté les vêtements trop grands de leur père, cette collection  porte en elle quelque chose qui est de l’ordre de la consolation.

Nina Ricci, un parfum de femme

En regardant le défilé Nina Ricci, ces femmes vêtues de robes-tabliers fermées d’un lien – il suffirait d’un seul geste pour les en défaire – ces femmes qui portent sur des jupes sages des corsages dont la transparence dévoile les seins, qui se meuvent dans une envolée de plumes, légères, je ne sais pourquoi, me vient soudain en tête « la chanson d’Hélène ». Parce que ces femmes qui marchent vers une histoire, ou qui la fuient, semblent porter en elle les fêlures des ruptures. A moins que ce ne soit une projection. « Je t’aimais tant Hélène, il faut se quitter, les avions partiront sans nous. Je ne sais plus t’aimer Hélène », dit Michel Piccoli à Romy Schneider dans les Choses de la vie.
C’est beau un défilé qui fait surgir malgré soi les images d’un film de Claude Sautet. C’est rare aussi. Il y a dans les silhouettes dessinées par Guillaume Henry pour Nina Ricci une densité telle que les mannequins ne sont plus des mannequins, mais des femmes, avec un destin.

IMG_9781

Pour moi Nina Ricci c’est un caractère de femme plus qu’un concept de mode ou des tribulations conceptuelles que je ne maitrise pas, confie Guillaume Henry après le défilé. J’aime bien partir de l’idée d’un personnage et me poser la question de qui elle est? Où elle va ? Comment on peut se raconter sa vie ? Est-ce qu’elle revient de quelque part ? Est ce qu’elle part quelque part ? C’est comme ça qu’on commence une collection.

Qui est-elle?

Je ne sais toujours pas puisque c’est quelqu’un qu’on voit passer! Mais définitivement j’espère que sur cette saison elle avait une dimension sensuelle. Et c’est pour ça qu’il y avait du vernis sur toutes les choses. Du vernis sur les cuirs d’autruche, sur les souliers,
J’aime la contradiction entre la force et le vulnérable. J’aime l’idée qu’elle porte des collants en voile de soie avec des souliers blancs. J’aime l’idée qu’on puisse lui retirer la blouse d’un geste. Elle porte des robes-tablier : c’est aussi simple qu’un T-Shirt. J’aime l’idée d’une femme qui ne se complique pas trop la vie, mais qui soit sophistiquée. C’est une recette pas facile.

Pour moi la plume est un élément du vocabulaire de Nina Ricci, mais comment rendre une plume décontractée ? On l’a laquée, on l’a sur-teinte, on l’a coincée dans du cuir papier.

Lors de la présentation de sa première collection Nina Ricci, il y a six mois, Guillaume Henry avait choisi le parti d’un vestiaire assez carré, presque dur, avec des cabans oversize aux larges épaules. Une rupture avec la silhouette délicate esquissée pendant des années par son prédécesseur Peter Copping, parti chez Oscar de la Renta. Cette femme était distante, comme une première rencontre. C’était le cas d’ailleurs.
Qui est-elle ? Guillaume Henry ne l’avait pas encore cernée. Mais il se rapproche doucement de cette femme Nina Ricci dont les traits se précisent…

IMG_9742

 

Vanessa Seward, “une femme française”

C’est la deuxième collection que Vanessa Seward lance sous son nom et ses silhouettes sont déjà des objets de désir. Pour l’automne hiver, elle a su créer la bonne cape dont toutes les femmes avaient envie, le bon chemisier à lavallière, le bon pantalon taille haute un peu Drôles de Dames. Et pour l’été? Elle va nous transformer en Talitha Getty de retour de Tanger. Des robes en lamé portées pieds nus, des sahariennes, des tailleurs pantalon blanc, des manteaux argentés,… Et en bande son: sa voix,  harmonisée par le compositeur Christophe Chassol, récite comme un mantra “bleu blanc rouge”, ou d’autres phrases  et mots qui donnnent le ton de son défilé in vivo.

C’est mon hommage au charme de la femme française, dit-elle. En été on mélange ce qu’on rapporte de voyage: il y a des inspirations argentines, indiennes, marocaines, dans cette collection. J’ai utilisé beaucoup de tissus “couture”.

Les tissus que l’on utilise pour la haute couture, elle connaît: 9 ans chez Chanel avec Karl Lagerfeld, 2 ans chez Saint Laurent avec Tom Ford, des années chez Azzaro.  Depuis 2012 elle dessine une collection par saison pour A.P.C., le chantre du minimalistes l’épure. Comme quoi le glamour mène à tout.

Pourquoi le bleu blanc rouge?

J’ai toujours aimé cela. Je ne sais pas si c’est l’influence de la France ou des Etats-Unis, mais je m’habille beaucoup en bleu blanc rouge. Et j’aime les uniformes des hôtesses de l’air.

Toutes les filles marchent à plat, en sandales ou pied nus.

Je trouvais que les tenues étaient très glamour, avec beaucoup de lamé, et marcher à plat leur donnait un côté décontracté.

“Enfin on va pouvoir s’habiller!”, lui lancent après le show quelques amies en se bousculant pour l’embrasser…

Quand Elie Saab descend dans la rue

Lorsque l’on est convié aux défilés d’Elie Saab, on vient généralement avec l’idée de nourrir ses rêves, de s’emplir les yeux de robes de princesse inaccessibles, de fourreaux pour tapis rouges, de dentelles, de broderies, de robes qui ne daignent descendre jusqu’à terre que pour l’effleurer en douceur.

Alors quand le premier look de la collection printemps-été est un petit pantalon Capri en dentelle blanche, suivi de près par une jupe de patineuse de dentelle noire portée avec un blouson, par une robe de dentelle façon Saint-Tropez portés avec des sandales plates, des shorts, des pyjamas de jour nonchalants, et même quelques pièces arborant des couleurs primaires qui frisent le street style, je me dis que le couturier libanais a amorcé un sérieux changement de cap avec sa ligne de prêt-à-porter. Impression renforcée lorsqu’il vient saluer en jeans et en blouson de cuir.

Ce n’est pas un vrai virage, précise-t-il après le show. Il y a un moment que je passe des messages dans mes collections. Les femmes veulent faire leur choix elles-mêmes, ne pas se laisser dicter leur mode, mixer les choses comme elles le souhaitent, mélanger pour définir leur style, exprimer leur personnalité. Cette collection est nonchalante, il y a moins de ceintures, moins de contraintes, les vêtements sont plus amples, l’allure est cool, relax.

Quand je lui fais remarquer que sa collection s’adresse à une clientèle plus jeune que d’habitude, il répond en riant:

Il y a plus que dix ans que je travaille avec les filles des clientes que j’ai commencé à habiller! La mère et la fille veulent porter les mêmes vêtements. Il n’y a plus de vestiaire déterminé par l’âge. La mode n’a plus de codes.

Le message de cette collection c’est la liberté de choix.

 

Le vestiaire jour-nuit de Lutz

On pourrait énumérer tous les basiques qu’une femme souhaite posséder dans sa garde-robe : chemise blanche, trench-coat gris-vert, sweatshirt, pantalon noir, veste d’homme, jupe crayon, etc.

Récité comme ça, c’est ennuyeux. Mais revues à la manière du styliste allemand Lutz Huelle, ces pièces prennent une dimension sexy. La chemise blanche laisse apparaître les épaules, le sweatshirt s’ouvre sur les côtés, la veste masculine possède des franges, la jupe crayon est brodée de paillettes géantes qui brillent dans la nuit.

Je voulais des vêtements simples, hyper faciles à porter, dit Lutz Huelle. Des vêtements quotidiens qu’on veut porter tous les jours, du matin au soir, mais qu’ils soient excentriques, un peu étranges, surréalistes.

J’adore quand on voit et qu’on ne voit pas. Je trouve plus sexy une grande chemise d’homme qui s’ouvre sur le côté qu’une robe étroite qui moule. J’aime cette façon qu’ont les filles de choisir quand elles veulent être sexy ou pas. Ce sont elles qui laissent tomber une épaule de chemise pour dévoiler la peau.

J’aime l’idée de la nudité décidée.

Rochas surfe sur l’esprit Beach-couture

Pour la maison Rochas Alessandro Dell’Acqua a tenté un mix inédit : le style couture-beach-casual. Des T-Shirts imprimés d’images représentant des fonds marins ou des propriétés à Malibu, transparaissent sous des robes de voile blanche. A ce grand mix il ajoute un esprit surréaliste, faisant broder sur des robes de dentelle noires des girafes inspirées de l’œuvre de Dali.

Je voulais mixer l’excentricité de Gala et de Dali avec l’esprit « surf » californien, les beach boys, une couture causal, confie Alessandro Dell’Acqua juste après le show. Un mélange de surréalisme et de sport.

Les Italiennes ont adoré, les Françaises un peu moins. Rochas vient de fêter ses 90 ans et surfe sur sa propre vague.

 

Maison Margiela, la touche subversive

On retrouve dans la collection printemps-été 2016 Maison Margiela dessinée par John Galliano quelques thèmes chers à la marque : les références au Japon, à la passion du tailoring (un des grand savoir-faire du couturier anglais) avec notamment de très belles vestes  peplum à basques. La collection a un esprit fifties, un côté Jolie Madame, mais avec une madame ne serait pas vraiment jolie. Qui serait même parfois un monsieur.
Elle/Il porterait de sublimes manteaux de brocards brodés de pampilles de cristal, des kimonos fermés par un obi qui n’est autre qu’un « sac-à-main-à-dos », des escarpins avec une excroissance à l’arrière du talon en forme d’avocat. Et en guise de bas de soie, du film plastique. Un mélange de pièces riches, proches de la couture, et de détails triviaux. Hommes et femmes sont pris dans des filets. Une allégorie de la mode ?


John Galliano semble revenir à ses premières explorations. Dans cette collection, il y a quelque chose d’un laboratoire d’idée qui ramène à ses débuts, lorsqu’à peine sorti de Central Saint Martins il faisait défiler un vestiaire européen vu à travers le prisme du regard d’un Afghan, à la manière des Lettres persanes de Montesquieu. Son défilé de 1985 Afghanistan repudiates western ideals (je n’y étais pas mais il y a des photos) était à sa façon une critique de la manière de se vêtir d’une certaine bourgeoisie. Les années ont passé…

Les oiseaux de nuit sortent en Rykiel

Le temps d’un show, la boutique-bibliothèque Sonia Rykiel du Boulevard Saint-Germain s’est transformée en boîte de nuit. Les 50’000 livres qui ornaient les murs ont été cachés derrière des rideaux noirs. Seuls restaient les murs laqués rouges et la moquette aux baisers. Des serveurs portaient sur leurs plateaux des cocktails old fashion – Blue Bird ou Nymphéa. On se serait cru aux grandes heures de l’Elysée-Matignon.

Fourreaux pailletés, plissés, volants, dos dévoilés, épaule dénudée, cuirs à franges, boas trainés derrière soi comme un symbole de séduction possible, paillettes, un brin d’irrévérence. C’est une femme libre que Julie de Libran a dessinée pour le printemps-été.

C’est un oiseau de nuit, dit-elle. Elle peut dessiner, écrire, danser toute la nuit. Elle est libre.

J’ai voulu des matières brillantes. Il y a une belle lumière la nuit, celle de la ville, des phares des voitures, ça scintille. Je voulais que ces femmes se sentent lumineuse, belles, qu’elles brillent la nuit.

Le boa ? C’est très glamour. Elles le trainent derrière elles comme une trace, pour qu’on les suive.

En octobre dernier le CEO de Sonia Rykiel déclarait au magazine Business of Fashion son intention d’investir dans la maison (qui appartient à hauteur de 80% au groupe chinois First Heritage Brands) afin de la replacer dans le groupe de marques qui comptent. Sonia Rykiel est très parisienne, très Saint-Germain-des-Prés et n’est pas encore très connue sur les marchés russes, indiens, africains et chinois. Des continents à conquérir. Mais le groupe entend pour l’instant consolider les marchés européens, asiatiques, et américains : un flagship devrait ouvrir ses portes à New York.

Le plus bel atout pour réussir faire connaître la marque sur les marchés étrangers c’est Julie de Libran, elle-même, avec son goût cosmopolite-chic, son regard légèrement décalé de Française ayant grandi en Amérique. Le profil de la femme qui s’habille en Rykiel ? Un peu le même que celle qui s’habille en Chloé. Indépendante, libre, à la recherche d’une mode joyeuse, tendre, légère. Depuis l’arrivée de Julie de Libran dans la maison il y a trois saisons, la marque, quasi moribonde, connaît une croissance à deux chiffres. La directrice artistique fut le bras droit de Marc Jacobs chez Louis Vuitton. C’est elle qui a dessiné le sac Coppola pour son amie Sofia Coppola. Elle sait rendre les femmes plus belles. « Belle en Rykiel », c’est le nom d’un parfum, c’est aussi son slogan.

PS: J’ai hésité à publier mes photos floues. Floues parce que les filles passaient vite, que l’espace était étroit, sans recul. Mais je les ai gardées. Parce qu’elles ressemblent à ces images que l’on prend la nuit, en vitesse, dans une boîte de nuit, quand on voit passer une fille si jolie qu’on voudrait essayer d’en garder la trace, même floue…

 

Galliano so british !

Depuis plusieurs saisons, on ne comprenait plus très bien quelle direction le groupe LVMH entendait donner à la marque John Galliano. Comment définir l’identité d’une maison dont la personne qui en porte le nom dessine les collections Margiela, tandis que Bill Gaytten, son ancien bras droit, en est le directeur artistique ? La réponse semble si simple : British. La collection printemps-été 2016 est une sorte de retour aux origines, lorsque John Galliano venait d’être diplômé de Central Saint Martins à Londres en 1984.
Mais rien à voir avec les collections des débuts de John Galliano, « Les Incroyables et Les Merveilleuses » de 1984, son défilé de 1985 « Afghanistan repudiates Western Ideals » où ceux qui ont eu la chance d’être présents découvraient son talent et son goût pour l’histoire du costume et sa manière d’interpréter le passé de manière contemporaine. Ce n’est pas l’esprit des premiers vêtements qui est exhumé cette saison, mais l’époque elle-même, 1984, lorsque dans la rue se côtoyait des faunes qui ne se mélangeaient pas : punks, mods, new romantics,… Ce sont eux qui émergent de la collection printemps-été, mais revus à la sauce d’aujourd’hui : celle du grand mixage.

C’est une collection british, dit Bill Gaytten en souriant (comme si le doute était permis). J’ai toujours été un peu rock’n’roll de toute façon. Un peu excentrique.

Les filles portent des robes victoriennes et des vestes en Prince de Galles, des blousons de motard dont le dos est peint de l’Union Jack et les manches cloutées, des robes de dentelles transparentes portées avec des casques de Bobby créés pour le défilé par le chapelier Stephen Jones.

 Il y a un petit peu de Beatles, de punks, de rockers, de mods dans la collection mais ce n’est pas littéral. Les filles portent des robes de dentelle sous des vestes ou des parkas piquées à leur boy-friend. C’est un truc fille-garçon mais pas androgyne : ce sont définitivement des filles qui portent des chaussures et des vestes d’homme.

Il y a une homogénéisation des genres, des styles et des époques, poursuit-il. Les gens de ma génération on était plutôt mods ou punk ou glam rock. On ne se mélangeait pas. Aujourd’hui on mixe tout. Les gens ne dont plus mono style. Et c’est cool!