Haider Ackermann et son armée des ombres


Et soudain la voix de Maria Callas s’est détachée du mixage techno où elle disparaissait sous les sons synthétiques. Elle a pris le dessus dans sa toute puissance, s’est élevée au milieu des statues du Palais de Tokyo, cristalline, implorante, merveilleuse. « Casta Diva… »
Chaste déesse. Sont-elles si chastes que cela les femmes lancées sur le podium par Haider Ackermann dans une nuée de neige carbonique? Sous les blousons de cuir portés à cru, seul un gilet, ou une écharpe blanche,  sans doute volée à un homme portant smoking, voile un sein. Elles portent des pantalons de cuir taille basse et des chemises ornées de dentelles façon jabots, des blousons de moto tagués dans le dos d’un H qui ne résume pas le créateur, mais qui l’identifie. Quelques pantalons de satin et des couleurs poudrées – rose, jaune, mauve, vert pistache, bleu pastel  – que l’on s’attendrait à retrouver dans les peintures d’Elisabeth Vigée le Brun plutôt que dans une collection signée Haider Ackermann, prince des obscurités et des demi-teintes. Sur le visage, une voilette, comme une toile d’araignée. Elles ont la peau pâle de celles et ceux qui connaissent les portes qui font passer d’un monde à un autre.

Spargi in terra quella pace que regnar tu fai nel ciel, chante Maria Callas*

Et nous la regardons passer cette sublime tribu de femmes unies dans leur dessein. De qui, de quoi vient-elle nous sauver, cette armée des ombres?

Haider Ackermann Fashion Show, Ready to Wear Collection Spring Summer 2016 Paris Fashion Week NYTCREDITS: Valerio Mezzanotti /NOWFASHION
Haider Ackermann Fashion Show, Ready to Wear Collection Spring Summer 2016
Paris Fashion Week
NYTCREDITS: Valerio Mezzanotti /NOWFASHION

*Répand sur la Terre, cette paix que tu fais régner au Ciel. (Norma, Bellini).

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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