Sacai, la parenthèse enchantée

Depuis qu’elle défile à Paris, Chitose Abe, la fondatrice de Sacai a imposé son unicité. On peut toujours trouver des filiations entre tel et tel créateur. Avec elle, c’est plus difficile : hormis le fait qu’on peut l’inscrire dans la famille des Japonais de la déconstruction –  Rei Kawakubo de Comme des Garçons notamment, avec qui elle a travaillé pendant dix ans dès 1987 – il est nécessaire de la traiter à part.

Ses collections relèvent de l’assemblage, comme on parlerait d’un grand cru. L’étrange beauté de chacun de ses vêtements, que l’on peut qualifier d’hybride, car remplissant plusieurs fonctions, est née de son art de l’alliage, de son goût de l’accident, de sa manière de manier les contraires de les unir malgré eux, pour atteindre l’harmonie contre toute attente. Ses vêtements sont à l’image des femmes qui cumulent tous les rôles: femme d’affaires et mère, créatrice et séductrice,… Dans un entretien qu’elle a donné au Hors-Séries Mode du Temps, parue le 19 septembre dernier elle déclarait:

Je ne me fixe aucune règle. Je ne fais confiance qu’à mon intuition. Mes choix artistiques s’apparentent à des coups de foudre.

J’essaie moi-même toutes mes pièces. Tout ce que je crée est motivé par le désir intense d’être porté.

Chitose Abe a introduit une touche plus féminine dans sa collection printemps-été 2016, n’hésitant pas à user d’effets de lingerie, de dentelles, de guipures, de dorures presque baroques. Elle avait déjà exploré il y a trois saisons les robes-foulards. Cette saison elle crée des robes en patchwork de bandanas, mélange la laine marine et la guipure dorée comme si elle avait sorti d’une malle aux trésors des tissus disparates auxquels elle aurait choisi de donner un sens.

Il y a quelque chose qui confine au magique dans les collections Sacai. La nature même d’un vêtement change selon l’angle depuis lequel on le regarde. L’endroit ne laisse jamais rien présumer de l’envers : lorsque une femme est passée, reste la surprise de découvir son dos. Un blouson peut se muer en robe. Il faut être attentif à cette métamorphose.

Chitose Abe a l’art de transfigurer le trivial et l’élever au rang du merveilleux.

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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