Demna Gvasalia de VETEMENTS nommé chez Balenciaga

Depuis qu’Alexander Wang a quitté Balenciaga fin juillet, le monde de la mode spécule sur le nom de son successeur. L’info est tombée mercredi 07 octobre: Demna Gvasalia, le chef de file du collectif VETEMENTS, qui fait le buzz depuis trois saisons à Paris, a été nommé à la tête de la maison parisienne. Sa mode coup de poing dans la lignée de Martin Margiela, ses silhouettes décalées passées à la culture remix ont séduit le groupe Kering qui avait besoin d’une figure forte à la tête de Balenciaga. Pour en savoir plus sur le prochain directeur artistique, il faut lire la revue de défilé de Elisabeth Clauss ci-dessous.

Un blog, c’est un espace de liberté, un lieu où l’on peut recevoir des amis. J’avais envie d’y convier cette journaliste belge que je croise depuis des années à la fashion week parisienne. Pendant que j’étais chez Lanvin jeudi 1er octobre, elle était chez VETEMENTS.

VETEMENTS, LA DISSIDENCE, par Elisabeth Clauss

C’était jeudi soir à Belleville, dans le décor galvaudé d’un restaurant chinois. Le collectif subversif VETEMENTS présentait sa quatrième collection, l’enfance de l’art, une révolution qui gronde et qui se vent

VETEMENTS (en majuscules et sans accent), sont de cosmopolites héritiers de Margiela, qui se disent eux-même « en train de tuer le père » en réinventant leur style, sur les bases de seulement trois collections  qui ont affolé les acheteurs, la presse, et les stars (un peu pointues, il faut dire). Kanye West les plébiscite. Lors de la dernière fashion week, il s’est présenté au showroom pour embarquer des pièces qu’il souhaitait porter en concert le lendemain.

Demna Gvasalia, le chef de file de ce groupe de quinze créatifs (des dissidents du système « prêt-à-jeter » qui sont  issus du monde entier – ils sont russes, allemands, français, belges, suisses, britanniques, italiens, roumains) explique passer des journées entières de création « à discuter du sens de chaque pièce, à dépiauter l’utilité de chaque vêtement et à échanger  avec les autres jeunes designers de la place. Il a même, fait unique, embauché un sociologue au studio. Demna a 33 ans, il est diplômé de l’Académie d’Anvers et ancien de chez Margiela. Ensemble, ils reviennent aux sources de la mode mais n’entendent pas faire « de la tendance ».

La saison dernière, avec une équipe alors nombreuse de moitié, ils avaient créé l’événement avec leurs uniformes détournés de l’autorité (gendarmes, gardes de sécurité, pompiers). Ils repensent l’approche de ce qu’ils appellent « le produit », sans prétention ronflante de “réinventer la mode”.

On réfléchit au détournement des pièces, on ne crée pas, on recrée.

Sur des amis branchés qui avaient tous « des gueules », mêlés à des mannequins à identité forte, ils ont réinventé les tabliers de cuisine en plastique de nos grands-mères, ces toiles cirées version Liberty qu’on voyait surgir au moment du goûter, proposé des classiques du vestiaire « cocktail années 80 » déconstruits et restructurés, avec cuissardes à fleurettes et talons fuyants (contrairement au regard qu’ils posent sur la société), et comme philosophie de tête, l’oversize.

Des manches si longues qu’elles en deviendraient des jambes, des sweats-shirts réassemblés qui deviennent des robes drapées. Il y a de l’humour, chez VETEMENTS. Une distanciation nécessaire par rapport à ce système de la mode qui se cannibalise mais dont ils ont besoin puisqu’ils émergent, une réflexion autour des enjeux et du message de ce qu’on porte et  transporte. Ils fabriquent des habits et on sent monter un grand vent d’anarchie.

 

 

 

 

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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