Lanvin, un défilé comme un manifeste

« Pas de révolution mais une évolution chez Lanvin », dit Alber Elbaz juste après le défilé. Le directeur artistique de Lanvin a conçu sa collection printemps-été 2016 comme une réflexion sur la mode et sur son propre rôle de directeur artistique. Une extension de sa pensée, une idée exprimée en trois dimensions. Ce n’est pas la première fois qu’Alber Elbaz fait passer un message à travers une collection. Mais peut-être que celui-ci est plus fondamental parce qu’il touche au cœur même de son métier.

Cette collection, au fond, c’est lui qui en parle le mieux. Alors ouvrons les guillemets…

Dans ce show il y a une histoire, un commencement, un milieu, une fin. Ce n’est pas juste un défilé d’images. J’ai beaucoup réfléchi à cette collection. Elle est une extension du travail que l’on a fait au Musée de la Photographie avec l’exposition qui s’appelle Manifeste. J’ai vu des centaines de photos de toiles incroyables, des habits d’ateliers pas finis qui sont la vérité de notre métier. Et je suis tombé amoureux de ces vêtements que je n’ai pas vus depuis des années – le lendemain d’un défilé je déteste tout ce que j’ai fait. Et je les ai presque redécouverts ainsi que tout le processus de fabrication.

Une robe ce n’est pas qu’un devant et un derrière. C’est un travail qui se fait sur le corps, autour du corps, dans les ateliers avec des couturières et parfois elles oublient un fil qui devient comme un parfum humain sur une robe. Et c’est pour cela que j’ai laissé des fils. Il y a des habits qui ne sont pas finis et qui deviennent infinis.

La mode aujourd’hui est un théâtre. Peut-on retourner à l’essence de la mode, du vêtement. Peut-on encore montrer une simple robe noire sur un podium ou n’est-ce pas assez provocateur ? Y a-t-il encore de la place pour le classicisme ? Ne peut-on pas laisser une sorte de longévité aux pièces ? Pour se faire remarquer aujourd’hui, il faut parler extrêmement fort. Peut-on se contenter de murmurer ?

J’ai commencé le défilé par une chemise blanche et un pantalon noir, deux pièces essentielles de la garde-robe d’une femme qui sont à la base de tout. Et de là je suis parti vers une autre histoire, la seconde partie du show, la féminité, avec des couleurs et des robes « body conscious ». Parfois, quand je regarde les stars sur les tapis rouges, je vois plus de corps que de robes. Je me demande si le corps n’est pas devenu la nouvelle robe. C’est quoi notre job : couvrir ou découvrir le corps de la femme ? Certaines robes, vous ne pouvez les porter que si vous faites un régime et du sport intensif. Alors j’ai construit des gaines et sur les gaines on a installé ces robes super sensuelles.

J’ai terminé le défilé avec une autre réalité de la mode. Cela n’a rien à voir avec la création ni avec le savoir-faire, mais avec l’image. On était des stylistes, on est devenu des directeurs créatifs puis des créateurs d’images : on doit travailler sur l’image pour vendre des icônes comme le parfum Arpège, les fameuses ballerines, les colliers de perles, les sacs…

Je m’interroge sur la rapidité des choses : le fait que l’on peut aujourd’hui prendre le temps de regarder toute une collection sur son téléphone et décider en un clic de tout effacer. C’est aussi une question qui se pose dans notre travail: qu’est-ce qui est plus fort aujourd’hui, la beauté à l’écran ou le confort sur le corps?

LANVIN Ready to wear spring summer 2016 PARIS october 2015_
LANVIN Ready to wear spring summer 2016 PARIS october 2015_

 

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

3 réponses à “Lanvin, un défilé comme un manifeste

  1. mon Isa,
    j aime la calme lecture de ton Blog ! c est une parenthèse dans la folie des défilés, ma douceur avant de me coucher.
    très attentive à l interview d Albert ( Elbaz ) avec qui j ai travaillé il y a 20ans ..il a toujours murmuré…c ‘est ce qui le rend unique et j espère qu il restera comme ca. Car comme de jolis mots murmurés, ses vêtements, nous enveloppent, nous embellissent , nous sécurisent , nous “sexisent”. Albert est il ? – l homme qui sait murmurer à l oreille des femmes – sans hésitation OUI et depuis longtemps . natacha

    1. Merci Natacha! Cela reste de la folie: tant de défilés, si peu de temps! je poste dans le désordre, mais est-ce si important que cela, l’ordre?
      Oui, Alber Elbaz murmure. Mais dans une fashion week, on voit passer les vêtements que l’on portera et ceux que l’on verra sur les couvertures des magazines et sur le corps des “it-girls” lors de la prochaine fashion week. Ce ne sont pas les mêmes. C’est cela le jeu: pendant la semaines des défilés le propos des créateurs et des stylistes est exacerbé. Plus encore depuis la prolifération des réseaux sociaux. Comme il le dit très justement: qu’est-ce qui est le plus important? Aujourd’hui, c’est l’image. Demain, quand les femmes entreront dans les magazines, le confort, et le fait de se sentir belle, protégée dans un vêtement.

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