Dior en son jardin des délices

Un jardin dans un jardin. Le premier est symbolique, le second appartient au Musée Rodin.

Le long chemin qui mène à la structure éphémère servant de décor pour le défilé Dior haute couture fait partie de la scénographie. Les pas, obligatoirement lents quand on est juchée comme moi sur 12 cm de talon, laissent tout loisir d’observer l’architecture éphémère faite de multiples panneaux transparents peints à la façon des pointillistes. A l’intérieur règne une chaleur de serre, mais le lieu est trop beau pour que l’on s’en plaigne : les parois, comme des vitraux contemporains qui auraient été dessinés par Jackson Pollock, forment une chapelle païenne. Elle ne peut être dédiée qu’au culte du beau. Dans le dossier du défilé, j’apprends que je suis entrée dans “Le jardin des délices”, évocation du fameux triptyque de Jérôme Bosch. Vais-je passer du paradis à l’enfer ? Suis-je destinée à rester suspendue entre les deux?

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Raf Simons a commencé une saga en arrivant chez Dior et poursuit son œuvre, chapitre après chapitre. Pour sa dernière collection haute couture il convoque les peintres primitifs flamands. Les mannequins qui défilent, enveloppés de manteaux amples aux plis lyriques, semble être échappés d’un tableau empli de symboles dont  la signification échappe. Cet étrange jardin pourrait être une allégorie de notre quotidien.

La palette de couleurs semble avoir été empruntée à celle de Jan Van Eyck: des verts tirant sur le jaune, des rouges cinabre, des roses pâle. Les manches amples ont été bordées de vison comme le surcot que porte Giovanna Arnolfini sur le fameux tableau “Les époux Arnolfini”. Les modèles marchent en ayant  un bras étrangement replié sur le plexus, à la façon des portraits de Rogier van der Weiden, l’un de mes peintres préférés.

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J’étais intrigué par l’idée de fruit défendu et par ce que cela peut signifier de nos jours, explique Raf Simons dans le dossier. Comment l’idée de pureté et d’innocence s’oppose à celle d’opulence et de décadence(…).

Le créateur semble choisir le parti de l’innocence, évoquée par de longues robes virginales à peine protégées par bijoux façonnées comme des gilets sans manches en cottes de maille.

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Un défilé à clés. Par-delà son évidente beauté, il faudrait prendre le temps d’en décrypter les multiples symboles. Mais comme dans les tableaux de Jan Van Eyck, on suppose que l’auteur s’y révèle aussi.

 

 

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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