Bertrand Guyon laisse entrer le soleil chez Schiaparelli

Bertrand Guyon est une sorte d’oxymore de la mode: il a trente ans de carrière or personne ne le connaît. “Il est vierge de presse”, comme le dit joliment un ami. Il est resté dans l’ombre des grands: celle d’Hubert de Givenchy, de Christian Lacroix, puis de Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli, chez Valentino. Le duo était au premier rang et est venu l’embrasser juste après le défilé.

Le nouveau directeur artistique a défilé pour la première fois sous la bannière fuchsia de Schiaparelli le 06 juillet. Dans la salle, beaucoup d’émotion. Sans doute parce que tout le monde attendait de voir si enfin on avait trouvé la perle rare qui saurait faire renaître une maison qui fut fermée pendant 60 ans. Marco Zanini s’y était essayé, mais sans succès. Trop littéral. Bertrand Guyon a pris le fil de l’histoire autrement: il s’est intéressé au personnage avant tout: à la femme qu’était Elsa, à ses zones d’ombres et de lumière.

J’ai essayé de comprendre cette femme que je ne connaissais pas beaucoup en réalité. Je suis partie d’elle, ce qu’elle était même avant d’ouvrir sa maison de couture. Il y a deux facettes en elle: l’austère, la timide, que l’on connaît peut-être moins, avec des silhouettes noires, et son extravagancem dit-il.

La première collection de Bertrand Guyon n’est pas un hommage ni une réécriture du passé. On reconnaît des pièces emblématiques, comme la cape Phoebus dessinée par Christian Bérard pour la collection hiver 1938-39, mais au lieu de la riche broderie Lesage des origines, celle-ci est en boutis monochrome, léger comme une plume.

Look 31back

Photo: DR

On découvre dans la collection quelques clins d’œil qui pourraient être une forme de surréalisme discret d’aujourd’hui. Et deux perfectos brodés. “Si Schiaparelli vivait aujourd’hui, elle porterait définitivement un perfecto”, souligne la sculpturale Farida Khelfa, l’ambassadrice de la marque.

Look 3

Photo: DR

Schiaparelli est une marque très contemporaine, relève Bertrand Guyon. On a envie d’esprit, de fantaisie. On vit une époque atroce. Et cette collection est une résistance, relativement joyeuse et solaire.

 

 

 

 

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi

Isabelle Cerboneschi est la rédactrice en chef des Hors-Séries du Temps. La mode est un monde qu'elle aime arpenter Iphone en main. Cette "shoe addict" sait bien qu'un vêtement ne naît pas par hasard et qu'il parle autant de nous que de notre époque. Regards côté cour et côté jardin.

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