Nuit de “crystal” à Hambourg

Voilà un livre qui détonne dans le petit monde parfois quelque peu paresseux du polar contemporain. Si l’histoire de “Nuit bleue” – du nom d’un bar – demeure assez classique, son style, sa forme et plus généralement son esprit surprennent agréablement. L’Allemande Simone Buchholz écrit bien. Elle ignore les formules toutes faites et les descriptions à l’emporte-pièce, les phrases qui semblent directement sorties d’un guide touristique. Du coup, c’est avec un plaisir tout neuf que l’on découvre en sa compagnie Hambourg – où elle vit depuis une vingtaine d’années – Leipzig et Dresde, avec même une petite escapade à la frontière tchèque.

“Nuit bleue” commence par une bagarre rythmée comme un rap. L’enquête démarre ensuite sur les chapeaux de roue. Pas de mise en contexte, pas de longue présentation des personnages. Glissés entre les chapitres comme des petits billets oubliés, de brefs monologues permettent à chaque protagoniste d’évoquer, à la première personne, différents moments clés de son existence. Au premier abord dérouté par le procédé, le lecteur très vite trouve ses marques et complète, ravi, le puzzle qui lui est malicieusement proposé.

Une procureure mise au placard

Enquêtrice et personnage principal de cette série – qui compte une dizaine de titres en allemand, Chastity Riley nous devient d’emblée fort sympathique. Cette procureure un brin déjantée s’est retrouvée placardisée à la suite de quelques problèmes que l’auteur n’évoquera pas ici. Fille d’une Allemande et d’un soldat américain, grand fumeuse et grosse buveuse de bière, elle vit dans le quartier chaud de Sankt Pauli, entourée d’amis et de collègues un peu cabossés par la vie comme elle.

A défaut de pouvoir exercer son métier, Chastity Riley s’occupe de la protection des victimes. C’est ainsi qu’elle se retrouve au chevet d’un homme hospitalisé dans un état critique après un passage à tabac. Elle est accueillie par un médecin juvénile qui porte sa blouse “comme un trench-coat” et lui confie la phrase que le blessé a dite à une infirmière avant de retomber dans les vapes: “Ça prend la place de tout ce que tu aimes”.

Une drogue terrifiante

Qui est donc l’homme aux multiples fractures et que voulait-il dire pas là? Mystère. A son réveil, Chastity Riley comprend à son accent que ce grand baraqué dans la cinquantaine, qui s’il n’était pas aussi amoché “ressemblerait presque à Georges Clooney, en plus grand”, doit être Autrichien. Lui-même lui révèle s’appeler Joe. Le reste, la jeune femme devra le lui arracher progressivement, au fil de rencontres agrémentées de nombreuses bières et cigarettes.

A contre-cœur, Joe finira par lui révéler que son agression est liée au trafic de drogue, celui de la “crystal meth”, mais surtout d’une autre et encore plus terrible substance, la drogue-crocodile. Pour en apprendre davantage, il lui conseille de prendre contact avec Hannes Wieczorkowski à la PJ de Leipzig. L’occasion d’un petit voyage vers l’ex-Allemagne de l’Est, et d’une sacrée découverte. Dommage, Chastity Riley commençait à bien l’aimer, “ce butor des Alpes”!

“Nuit Bleue”. De Simone Buchholz. Traduit de l’allemand par Claudine Layre. Collection Fusion, Editions L’Atalante, 336 p. En librairie à partir du 21 janvier 2021. 

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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