Horreurs boréales

Reconnaissons-le! “La fille sans peau” de Mads Peder Nordbo n’est pas un livre tendre. Il comprend une série meurtres cruels et glaçants. Il a en outre pour fil rouge la maltraitance et les abus sexuels sur les enfants. Typiquement nordique, diront certains. Ils n’ont pas tort. “La fille sans peau” n’est cependant pas un polar nordique parmi d’autres. C’est d’abord un bon polar où l’auteur évite toute complaisance dans la torture et l’horreur pour privilégier une forme de témoignage. Ces violences et ces abus, ce sont en effet l’un des fléaux de la société groenlandaise qui sert de cadre et de décor au roman. Un pays que l’auteur connaît bien. Il y a vécu de nombreuses années, en travaillant notamment pour la mairie de Nuuk, la capitale du pays. “La fille sans peau” est le premier volet d’une trilogie. On ne peut que s’en réjouir.

Une macabre découverte

Comme l’écrivain, son “héros” Matthew Cave est un homme venu d’ailleurs. Journaliste danois, il s’est établi à Nuuk, après un accident de voiture qui a coûté la vie à sa femme enceinte. Engagé par le journal local, il se retrouve en première ligne lorsque, en août 2014, on découvre un corps parfaitement conservé dans la glace, la momie de ce qui pourrait être “le dernier des Vikings”. Il a déjà rédigé son article quand, le lendemain, le cadavre s’est volatilisé. Et plus grave encore, le policier chargé de monter la garde est lui-même retrouvé mort, nu, éventré de l’entrejambe au sternum. Il a été éviscéré comme un phoque. Un procédé qui évoque, pour les locaux, une série d’anciens et terribles meurtres restés impunis.

Matthew voit son scoop lui échapper. Il lui est par ailleurs formellement interdit d’évoquer l’affaire et, “quand ça vient d’en haut, on préfère obéir. Dans cette ville, c’est comme ça”, lui précise son rédacteur en chef.Pour lui permettre de se changer les idées tout en faisant quelque chose d’utile, ce dernier lui suggère de se pencher sur ces fameux meurtres perpétrés dans les années 1970, “parmi les plus terribles affaires non élucidés des pays nordiques”.  Quatre hommes, encore jeunes, avaient été retrouvés morts, éventrés, éviscérés et qui plus est écorchés, probablement avec un ulo, un couteau inuit muni d’une lame en demi-lune.

Des notables impliqués

Par où commencer? Matthew se tourne d’abord vers un ancien du journal. Ottesen, un policier dont le père avait travaillé sur l’affaire, lui confie ensuite le carnet tenu par l’un des enquêteurs à l’époque. Il y découvre que les hommes assassinés étaient fortement soupçonnés d’avoir abusés de leurs filles et que des gens influents de Nuuk – eux encore en vie – semblaient impliqués dans ces maltraitances. Intimidations et menaces ne tardent pas à confirmer les soupçons du journaliste. Pour échapper à ses poursuivants et découvrir la vérité, Matthew va bénéficier de l’aide de Tupaarnaq, une jeune Groenlandaise fière et rebelle, emprisonnée à l’âge de 15 ans pour avoir tué son père, sa mère et ses deux petites sœurs et qui vient d’être libérée. Aussi mystérieuse que fascinante, cette habile chasseuse de phoques a le corps entièrement recouvert de tatouages. Vous l’avez devinez, la fille sans peau, c’est elle.

 

“La fille san peau”. De Mads Peder Nordbo. Traduit du danois par Terje Sinding. Actes Sud, 380 p.

 

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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