Cinq petits nègres aux Marquises

Géographe, professeur à l’Université de Rouen – spécialiste en géographie électorale, Michel Bussi est par ailleurs une véritable star du polar français. Depuis la parution en 2011 de “Nymphéas noirs”, accueilli par une pluie de prix divers, ses livres – un par an en principe – caracolent en tête des ventes. Ils sont traduits dans pas moins de 35 pays et les droits de plusieurs d’entre eux ont été cédés en vue d’adaptations télévisuelles. Michel Bussi, 54 ans, est également auteur de contes pour enfants. Bref, de quoi susciter autant d’admiration … que de méfiance.

Plaire au plus grand nombre? Voilà en tout cas qui ne gêne guère ce défenseur de la culture populaire. Un auteur qui se dit lui-même “enfant de Jules Verne, de Maurice Leblanc et d’Agatha Christie” et qui évoque, parmi les livres qui ont façonné ses premières années, les aventures du Club des cinq ou les enquêtes d’Alice. Michel Bussi sait aussi faire preuve d’humour et d’autodérision. Il le prouve dans son nouveau roman, “Au soleil redouté” qui vient de sortir aux Presse de la Cité, comme les précédents.

Atelier d’écriture aux Marquises

Cette intrigue, fort bien ficelée, met en scène un écrivain célèbre, adulé et sans doute quelque peu vaniteux. Extrêmement prolifique, il écrit cinq livres par an au grand dam de son éditrice qui peine à lui faire comprendre qu’on ne peut pas en publier plus d’un tous les six mois. Dans le cas présent, il est toutefois d’abord question du talent des autres plus que du sien. Pierre-Yves François, alias PYF, encadre un atelier d’écriture, accessible sur concours et organisé aux Marquises par sa maison d’édition, les éditions Servane Astine.

Jacques Brel et Paul Gauguin

Les cinq lauréates, sélectionnées parmi quelque 32 000 candidats, n’ont apparemment qu’un rêve, écrire. Avec leur mentor, elles sont logées, ainsi que leurs deux accompagnants – la fille de l’une, le mari d’une autre – dans la pension Au soleil redouté. Entre tartare de thon coco, purée d’umara et poulet fafa, leur quotidien est rythmé par les chansons de Jacques Brel et l’ombre de Gauguin. En dépit de son ventre trop rond et de son crâne à moitié dégarni, Pierre-Yves François plaît aux femmes et ne s’en prive pas. Il donne par ailleurs à son auditoire conquis quelques conseils et deux exercices. Avant de disparaître avec une troublante mise en scène. Peu après, une participante est assassinée puis une deuxième. Pierre-Yves François est retrouvé mort lui aussi. Et l’on se doute bien que ce n’est pas terminé.

Suspense et fausses pistes

Agatha Christie et ses “Dix petits nègres” ne sont pas loin. Grand amateur de fausses pistes, Michel Bussi ne se prive pas de nous le suggérer, en se cachant derrière les textes et les récits de ses personnages. Je m’arrête là, et n’ayez aucune crainte. Je n’ai rien révélé d’essentiel. Le suspense, promis juré, reste intact. D’autant que Michel Bussi apprécie les retournements virtuoses de dernière minute. “J’aime qu’entre le point de départ de l’histoire et la dernière page, la résolution paraisse impossible”, annonce-t-il en quatrième de couverture. La fin d'”Au soleil redouté” – nom emprunté à la chanson “Les Marquises” de Jacques Brel – s’avère effectivement assez bluffante.

“Au soleil redouté”. De Michel Bussi. Presse de la Cité, 428 p.

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

Une réponse à “Cinq petits nègres aux Marquises

  1. Ah chouette, un nouveau Michel Bussi! Je suis fan de cet auteur, géographe en plus (comme moi)! Je dois dire que le dernier que j’ai lu, La dernière licorne – tout ce qui est sur terre doit périr, m’a tenue en haleine de la première à la dernière page. A la recherche des restes de l’Arche de Noé, rien que ça! C’est plutôt mouvementé et très bien ficelé.
    Ironie du sort (car je me fournis en romans dans une ancienne cabine téléphonique où s’échangent les livres gratuitement) , j’ai enchaîné avec un vieux bouquin de David Gibbins, Atlantis. Lui, il est archéologue de formation. Il emmène ses lecteurs en Mer Noire, sur les traces du déluge et… de l’Arche (ou plutôt des arches). C’est moins bien écrit que les livres de Bussi, c’est certain, mais passionnant en termes de faits archéologiques et historiques.
    Avec ces auteurs érudits, comme Bussi ou Gibbins, on se divertit, on tremble, et on s’instruit aussi.
    Merci de m’avoir ainsi titillée pour cette nouvelle lecture!

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