Perpignan: le mort du Vendredi saint

Rien de tel qu’un bal masqué pour régler ses comptes avec l’humanité et commettre un crime impunément. Une procession de pénitents peut offrir “les mêmes avantages”, avec ses cagoules en pointe et ses longues robes de bure, pour autant que l’on prenne soin de bien choisir ses chaussures afin de brouiller les pistes et de ne pas être aussitôt identifié. Telle est la leçon d'”Une ritournelle ne fait pas le printemps” du Français Philippe Georget, quatrième polar d’une série dédiée aux saisons et dont les enquêtes sont confiées aux bons soins du lieutenant Gilles Sebag, un policier attachant et particulièrement humain.

Le roman débute à Perpignan, un Vendredi saint, en pleine procession de la Sanch. Les pénitents défilent, cachés sous la traditionnelle caparutxa. Craignant un attentat terroriste, la police est sur les dents. Mais c’est de l’intérieur que viendra le danger. Et la mort. Après une fausse alerte – des pétards lancés par des enfants gitans – un des participants s’effondre, frappé d’un coup de couteau en plein cœur.

Un ami de Charles Trenet

La victime s’appelait Christian Aguilar. Professeur de piano “discret, voire secret, célibataire sans enfants”, cet homme de 63 ans vivait dans une maison ayant appartenu précédemment à Charles Trenet, qu’il semblait par ailleurs avoir bien connu. Le pianiste avait-il le même goût pour les jeunes hommes que le chanteur? Avait-t-il commis quelque geste déplacé envers l’un ou l’autre de ses élèves? Pour bien comprendre le contexte, il faut aussi préciser qu’au moment du crime, étrange coïncidence, le lieutenant Gilles Sebag et son collègue Jacques Molina avaient été rappelés en urgence pour s’occuper d’un hold-up dans une bijouterie, boulevard Clémenceau

Chronique d’une ville

Y aurait-il un lien entre les deux affaires? La police le soupçonne. Ce qui rend l’enquête plus complexe encore. Et sans révéler le fin mot de l’histoire, précisons que Philippe Georget n’est pas auteur à se contenter des évidences et que le lecteur n’est donc pas au bout de ses surprises. Né en 1963 dans la région parisienne, licencié en histoire, grand voyageur devenu journaliste, l’écrivain connaît en outre bien la région ayant travaillé pour France 3 à la Locale de Perpignan. Clair et rythmé, son nouveau polar se fait la chronique de cette ville, avec ses petits et ses grands trafics, ses notables pas tout à fait nets, ses quartiers pauvres et bien sûr sa gastronomie. Entre deux interrogatoires, Gilles Sebag et son équipe se retrouvent régulièrement au Carlit pour une cargolada – des petits escargots gris grillés sur la braise – ou aux Halles Vauban où “on sait avec qui on vient déjeuner mais on ignore toujours avec qui, au final, on partagera une table.”

 

“Une ritournelle ne fait pas le printemps”. De Philippe Georget. Editions Jigal, 262 p.

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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