Fureur et mystère dans le marais camarguais

Questions de style, questions de rythme, les bons polars se reconnaissent souvent dès les premières pages. On croche, on adhère, un vrai bonheur. Réédition, chez Belfond, d’un livre paru en 2004 à L’Ecailler du Sud, “La Bête du marais” de Xavier-Marie Bonnot – réalisateur de documentaires et auteur d’une dizaine de romans – fait partie de ces réjouissantes découvertes. D’emblée l’auteur pose le décor, tisse une atmosphère et patiemment noue les fils de l’intrigue. Très imagée, sa langue n’en reste pas moins naturelle et quand l’argot ou le patois s’en mêle, c’est toujours à propos.

Un monstre mythique

La bête du marais, c’est la Tarasque, un monstre du folklore provençal, une sorte de dragon décrit par Jacquesde Voragine dans la Légende dorée et qui, semant la terreur, est censé hanter les marécages dans la région de Tarascon. La Tarasque a sa fête, le jour de la Sainte-Marthe, et ses chevaliers. Se serait-elle soudain réincarnée? Peu probable, et pourtant….Le mythique animal constitue le fil rouge reliant toute une série de meurtres dont les victimes, affreusement mutilées, font l’objet de terrifiantes mises en scène.

De Palma, flic atypique amateur d’opéra

La vengeance d’un justicier masqué? Les morts appartenaient au milieu ou semblaient impliqués dans diverses magouilles. A l’exception du premier, toutefois, un mystérieux industriel allemand tombé amoureux de la Provence et de son passé. Pour mener l’enquête, Xavier-Marie Bonnot, lui-même né à Marseille en 1962, fait appel à son personnage fétiche, Michel De Palma, alias le Baron, flic idéaliste et atypique, “homme de colère et de tempête” par ailleurs très cultivé et grand amateur d’opéra. Toujours hanté par l’ancien meurtre d’une jeune fille qu’il n’est pas parvenu à élucider, le policier se remet à peine d’une blessure. Souffrant de terribles migraines, il se jette à corps perdu, et au péril de sa vie, dans une traque qui le conduit – et nous avec – de Marseille à Mausane, au pied des Alpilles, et de Tarascon à La Capelière, au bord de l’étang de Vaccarès.

Et si vous vous êtes attaché au commandant De Palma, réjouissez-vous! Vous le retrouverez dès mars prochain dans “La voix du loup”, une réédition également, à découvrir chez le même éditeur.

“La bête du marais”. De Xavier-Marie Bonnot. Belfond, 476 p.

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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