Enquête futée d’un Marocain à Paris

De l’humour, voilà qui rare et bienvenu dans le monde du polar. Certes, celui de Soufiane Chakkouche peut s’avérer parfois un peu lourd et convenu, mais on lui pardonne volontiers. Son deuxième roman, “L’inspecteur Dalil à Paris”, témoigne d’un sens du rythme et de la langue que l’on souhaiterait à bien d’autres. Ce n’est en outre pas tous les jours que l’on tient entre ses mains un roman policier marocain. Avec ce que cela apporte de fraicheur et de différence dans l’approche et le point de vue.

Cette singularité se manifeste déjà dans le choix du personnage principal puisque l’inspecteur Dalil, le héros de l’histoire, n’aurait justement rien à y faire en principe, dans l’histoire. “Ancien inspecteur de police déchu de son titre par le temps”, il se consacre désormais à la pêche en compagnie de son chien, “un magnifique rottweiler femelle très sage pour son jeune âge”. Parallèlement, ce jeune retraité dialogue en quasi permanence avec sa Petite voix, sorte de conscience ironique et lucide qui ne manque pas une occasion de donner son avis, souvent des plus pertinents.

Transhumanisme et Daesch

La quiétude de notre pêcheur est toutefois de courte durée. Le voilà brusquement tiré de sa paisible activité par une offre qu’il ne peut décliner car elle vient de très haut. Le BCIJ (le Bureau central d’investigation judiciaire) lui demande, à 61 ans, de reprendre temporairement du service et de partir pour Paris.Il s’agit de collaborer avec le commissaire Guillaume Maugin, le patron du 36, quai des Orfèvres, sur une enquête urgente et délicate. Bader Farisse, un étudiant marocain qui préparait une thèse sur le transhumanisme, a été enlevé devant la mosquée de la rue Myrha alors qu’il venait de mettre au point une puce qui, greffée sur le cerveau humain, devait donner à son porteur un savoir et un pouvoir infinis, lui permettant notamment de se connecter directement à Internet. En résumé l’heure est grave, très grave, d’autant que l’enlèvement du petit génie a été revendiqué par Daesh.

Grelottant sous la pluie et de plus en plus enrhumé, se méfiant de tous y compris de ses collègues français auxquels il réserve quelques pièges de son cru, l’inspecteur Dalil va découvrir tout à la fois Paris, et la vérité. Dont la logique n’est pas aussi manichéenne qu’on aurait pu l’imaginer.

“L’inspecteur Dalil à Paris”. De Soufiane Chakkouche. Jigal polar, 192 p.

 

 

 

 

 

 

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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