Il était une fois Bratislava…et 1968

C’était il y a 50 ans. Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, les tanks soviétiques envahissaient la Tchécoslovaquie, mettant fin aux espoirs d’ouverture et de liberté associés aux réformes initiées par Alexander Dubček, ce que l’on a appelé le Printemps de Prague.Villiam Klimáček avait alors dix ans. Une quinzaine d’années plus tard, il sera l’un des fondateurs du fameux théâtre GUnaGu et devient le dramaturge slovaque le plus joué. Parallèlement à son travail pour la scène, la radio, la télévision et le cinéma, il a écrit une vingtaine d’ouvrages, dont “Bratislava 68, été brûlant” paru en 2011. Un livre magnifique, souvent drôle, inspirant et émouvant qui, publié par la très bonne maison d’édition Agullo, vient d’être traduit en français.

Une nation condamnée à la tendresse

“Nous sommes une nation condamnée à la tendresse. On nous envahit facilement”, nous prévient l’écrivain en préambule. Inspiré de témoignages réels, son récit en cinquante tableaux se veut “un roman vu du bas”. “Je mets de côté les noms qui ont électrisé nos pères et nos mères, qui ont bourdonné à nos oreilles d’enfants et que nous avons depuis refoulés. Ils étaient les protagonistes de la grande Histoire, alors que moi j’écris l’histoire des petits”, précise Villiam Klimáček. Pour incarner ces “crédules anonymes” broyés par des événements qui les dépassent, il met en scène trois couples et leurs enfants presque adultes. Une micro-société dont on suivra les pérégrinations, les épreuves, les deuils et les réussites sur plusieurs années.

De la plume élégante et tendre de l’auteur surgit ainsi l’incroyable figure de Jozef Rola. Cet homme éminemment polyvalent a d’abord étudié la théologie. On lui a toutefois refusé l’ordination parce qu’il n’acceptait pas d’espionner ses paroissiens. Pour subsister, ce pasteur sans ouailles travaille donc à la radio slovaque après s’être lancé dans des études d’art dramatique. Jozef est le beau-frère d’Alexander, dit Šani, qui occupe un poste important dans “l’unique entreprise tchécoslovaque de matériel médical”. Habillé par sa femme d’un gilet tricoté noir et jaune qui le fait ressembler à une guêpe, il est très fier de son cabriolet Škoda Felicia – beaucoup moins apprécié par son épouse. Le couple a une fille, Petra, qui termine brillamment sa médecine et qui a vécu, durant ses études, dans la famille juive de son amie Tereza. Fille d’un rescapé des camps de concentration, cette dernière se trouve justement en vacances dans un kibboutz au moment de l’invasion de son pays par les troupes du Pacte de Varsovie. 

Un choix cornélien

Rentrer? Rester? Partir? Chacun va devoir faire son choix. Au plus vite. “Pendant quelques jours, la frontière d’Etat fut un vrai boulevard, comme le constaterait plus tard un politicien avant de la faire fermer”, note l’auteur. Conscients que les choses allaient rapidement empirer en Tchécoslovaquie, plusieurs des personnages de “Bratislava 68, été brûlant” opteront pour l’exil, laissant au pays en “otage” une mère, une femme, un frère. Pour les uns comme pour les autres, la vie ne sera pas facile. Et les pressions du régime pour faire plier les réfractaires se révéleront aussi sournoises que déloyales.

“Bratislava 68, été brûlant”. De Viliam Klimáček. Traduit du slovaque par Richard Palachak et Lydia Palascak. Agullo, 368 p.

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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