Back to Belfast

Vous ne connaissez pas Maurice Gouiran? Et bien vous avez tort. Né en 1946 à Rove, près de Marseille, dans une famille de bergers, docteur en mathématiques, spécialiste de l’informatique appliquée aux risques et à la gestion des feux de forêts, cet écrivain au style clair et sobre est l’auteur d’une trentaine de romans policiers, dont plusieurs ont été primés. Il est en outre lauréat du Grand Prix littéraire de Provence 2018 pour l’ensemble de son oeuvre. Et vient de sortir un nouveau polar, “L’Irlandais”, publié comme les précédents aux Editions Jigal.

C’est à Marseille, tout naturellement, que démarre l’histoire. Le peintre Zach Nicholl vient d’être retrouvé mort dans son atelier, le crâne fracassé. Après avoir été l’une des figure importante du street art, l’Irlandais – c’est ainsi qu’on le surnomme – s’était reconverti dans une peinture plus classique et préparait une exposition en galerie, une série de grands tableaux sur le thème des fleurs rouges.

De cet homme passablement mystérieux, ses potes du Beau Bar savent tout au plus qu’il a quitté Belfast et l’Irlande du Nord vingt ans plus tôt, juste au lendemain des accords de paix de 1998. Et qu’il est marié avec Aileen, une compatriote de la région de Galway rencontrée à Paris, “une grande fille mince et brune au regard un peu triste qu’il avait emmenée dans ses valises à Marseille”.

Du Bloody Sunday aux grèves de la faim

Zach a-t-il fait l’objet d’un règlement de comptes tardif liés à ses possibles liens avec l’IRA? Ou s’agit-il simplement d’un cambriolage qui a mal tourné? La police penche d’abord pour cette dernière explication, une dizaine de toiles du peintre ayant disparu. Eleveur de chèvres à ses heures et héros récurrent des polars de Maurice Gouiran, le journaliste Clovis Narigou n’y croit pas. Il connaît bien l’Irlande du Nord pour y avoir travaillé à l’époque de ce qu’on appelle pudiquement Les Troubles. Il convainc son chef au journal Les Temps Nouveaux de l’autoriser à repartir pour Belfast sous prétexte qu’il a de nouveaux scoops et veut enquêter sur la résurgence des querelles autour de l’IRA.

Du Bloody Sunday de janvier 1972 aux meurtrières grèves de la faim de 1981, ce voyage est pour l’auteur l’occasion de revisiter un passé peut-être un peu vite enterré. Il en profite aussi pour rappeler le rôle clé joué dans ce conflit par le street art et les fameux murals utilisés comme instrument de lutte aussi bien par les catholiques que par les protestants.

 

“L’Irlandais”. De Maurice Gouiran. Editions Jigal, 238 p.

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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