L’héritage magnifique de Stefan Kaegi à Vidy

Parler de la mort, de sa mort, n'est pas forcément triste. Ce peut être un fragile et précieux cadeau fait à l'autre, une façon, aussi, de regarder sa vie en face. C'est, en tous les cas, ce qui ressort du magnifique travail de Stefan Keagi et Dominic Huber du collectif Rimini Protokoll présenté pour quelques jours encore au Théâtre de Vidy.

 "Nachlass" est une installation scénique dans laquelle le spectateur se meut à sa guise. Elle se compose de huit "pièces sans personne", huit petites chambres, toutes différentes, dans lesquelles une femme ou un homme – il y a aussi un couple – évoque, dans un enregistrement, ce qui restera, ou devrait rester d'eux après leur mort, ce qu'ils désirent transmettre ou partager avant de disparaître.

Une dame très malade qui a choisit la date de sa mort nous chante une chanson de sa jeunesse. Une autre nous présente ses photos de famille et règle la durée de son intervention avec un réveil à la sonnerie implacable. Avec naturel et sérénité, un commerçant zurichois d'origine turque nous présente son futur cercueil et sa tombe. Un homme encore jeune, mais se sachant condamné, s'adresse à sa fille et nous convie à une partie de pêche à la mouche.

Avec "Nachlass", Stefan Kaegi et son équipe se situent bien au-delà du simple document, du témoignage brut comme on peut en voir parfois dans les installations d'arts plastiques. Ce qu'il met à la disposition des neuf personnes qui se sont confiées à lui, c'est un petit théâtre. Avec un décor qu'ils ont choisi, un temps de parole et de représentation limités, avec la possibilité de s'adresser directement au public. L'un d'eux, qui nous a proposé un verre d'eau, nous recommande de ne pas oublier de jeter le gobelet dans la corbeille en sortant. C'est émouvant, très troublant, mais pas triste. Plutôt revigorant, et parfois même presque joyeux. 

"Nachlass". Conception Stefan Kaegi et Dominic Huber (Rimini Protokoll). Lausanne. Théâtre de Vidy. Jusqu'au 24 septembre

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d’art, d’architecture et de théâtre.

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