Le cri d’amour de Pippo Delbono

Chez l'Italien Pippo Delbono, théâtre et biographie souvent se chevauchent, interagissent, s'alimentent. "Vangelo", sa dernière création présentée au Théâtre de Vidy, participe clairement de ce besoin de relire le monde à la lumière de sa propre vie. Micro en main, l'acteur et metteur en scène – né à Varazze en 1959 –  arpente la salle ou la scène, dirige ses comédiens à la manière d'un chef d'orchestre, rugit, hurle, souffre, danse et chante en direct. Et surtout, il raconte. Il raconte comment sa mère, quelques jours avant sa mort, lui a dit: "Pippo, pourquoi ne ferais-tu pas un spectacle sur l'Evangile? Tu enverrais ainsi un message d'amour. On en a tellement besoin, de nos jours." 

"Vangelo" est donc une réponse. Sa réponse. Forcément pleine de révolte et de refus, notamment face à l'Eglise, à ses hypocrisies, à sa morale culpabilisante et triste. Et puis, tout en nous proposant de réécouter les textes sacrés, Pippo Delbono confronte leur force et leur violence aux tragédies actuelles, notamment à celles des réfugiés qu'il a rencontrés lors de la préparation de ce spectacle. Il convoque aussi les images, l'iconographie douloureuse associée à l'Evangile, la musique classique et la chanson, multiplie les citations et les clins d'œil.

Héritier de Grotowski et de Pina Bausch, forgé à l'école des plus grands du théâtre et de la danse, Pippo Delbono nous offre une création totalement baroque, à la fois brute et savante, toujours à la limite du dérapage. Ne craignant ni la démesure ni le mauvais goût, ne maîtrisant pas toujours le temps, "Vangelo" est un spectacle plein de qualités et de défauts. A l'image de cette vie et de cet amour dont il essaie de capter le principe et l'essence. 

 

"Vangelo". Texte, mise en scène et films de Pippo Delbono. Lausanne. Théâtre de Vidy. Jusqu'au 16 janvier. Rencontre avec les artistes le 14 janvier à l'issue de la représentation.

 

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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