A Vidy, le grand art de Nicolas Bouchaud

Il est des spectacles qui ne se racontent pas. Ils se vivent, s'éprouvent et se partagent. Ils vous accueillent dans l'intensité de leur juste présence et vous habitent encore longtemps. Présenté jusqu'au 7 novembre au Théâtre de Vidy à Lausanne, "Le Méridien" de Nicolas Bouchaud, d'après le texte de Paul Celan, fait partie de ces spectacles-là. Un cheminement hasardeux, mais magique dans le territoire immense et incertain de ce que pourrait être l'art, en particulier la poésie.

Au départ, un discours. Celui que prononça Paul Celan le 22 octobre 1960, lors de la réception du prix Georg Büchner à Darmstadt. Né en 1920 en Roumanie dans une famille juive de langue allemande, l'écrivain a subi les persécutions fascistes et nazies. Il a fait de son œuvre un outil de témoignage et de lutte contre la barbarie. Dans "Le Méridien"  – c'est son titre – il recourt à tous les codes du discours de réception pour aller bien au-delà et transformer ce passage obligé en une véritable performance. Multipliant les allers et retours, les virages, les zigzags, il s'appuie sur le théâtre de Büchner et sur la complexité de ses personnages pour libérer peu à peu sa propre parole.

Mis en scène par Eric Didry dans un décor intelligemment réduit à l'essentiel, le comédien Nicolas Bouchaud s'approprie les mots et les phrases de Celan avec une fulgurante évidence. Il les mâche, les avale, les engloutit ou les recrache. Il les rythme et les danse. Il jongle avec eux comme un bateleur libéré de la pesanteur pour nous rappeler, avec Paul Celan, que "Celui qui marche sur la tête, Mesdames et Messieurs, – celui qui marche sur la tête, il a le ciel en abîme sous lui."

Lausanne. Théâtre de Vidy. Jusqu'au 7 novembre.

Le 3 novembre, rencontre avec l'équipe artistique à l'issue de la représentation.

Le 4 novembre, introduction au spectacle par Eric Vautrin, une heure avant le début de la représentation.

 

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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