A Vidy, Winter Family retourne la réalité comme un gant mouillé

Les spectacles coups de poing du duo franco-israélien Winter Family (Ruth Rosenthal et Xavier Klaine) laissent le public ébranlé, mais nourri. Qu'elle soit politique, économique ou culturelle, la réalité qu'ils dénoncent n'est en effet jamais manichéiste et les remèdes dont ils nous font éprouver l'urgence toujours encore à inventer. Après Jérusalem Plomb durci présenté l'an dernier à Lausanne, ils se glissent avec maestria dans les codes des TED Conferences et de leurs "ideas worth spreading" pour dénoncer l'absurdité des croyances et des discours qui nous sont imposés. Créé à Vidy, No World / FPLL s'articule autour d'une présentation du monde en neuf points menée tambour battant au rythme aléatoire d'Internet et sur fond de collisions d'images et de propos déconnectés.

Ils sont quatre en scène, cette fois-ci, graves, joyeux ou ironiques, voire cyniques, mais complices dans l'art jubilatoire de confondre la réalité avec ses oripeaux technologiques et ses clichés publicitaires. Fidèle à elle-même, sobre et multiple, Ruth Rosenthal mène le jeu en compagnie du breakdancer Mamadou Gassama, de la performeuse Johanna Allitt – absolument craquante quand elle s'essaie au twerk – et de l'auteur et cinéaste Guy-Marc Hinant parfait en conférencier anarcho-utopiste.

Comme dans leur précédent spectacle, la matière première de No World / FPLL est documentaire, et donc d'autant plus difficile à avaler. Surtout quand Ruth Rosenthal fait frire sur scène des nuggets tandis que se succèdent sur l'écran derrière elle des images de mignons chats joueurs et des alignements de cadavres humains enveloppés dans des draps. Quand les comédiens offrent ensuite la nourriture aux spectateurs, beaucoup, on le comprend, déclinent l'offre gentiment. "C'est la chose la plus indigeste que j'aie mangée depuis longtemps", dira d'ailleurs en sortant l'un de ceux qui y ont goûté.

 

"No World/FPLL". Conception, mise en scène et scénographie Winter Family.

Lausanne. Théâtre de Vidy. Jusqu'au 22 mars. Le 17 mars, rencontre avec l'équipe artistique à l'issue de la représentation. 

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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