Une belle leçon de fiction au Grütli

Prenez cinq bons comédiens, de la vidéo, un décor épuré, des costumes et des maquillages un brin outrés. Ajoutez-y une grande poignée de science-fiction, une touche d'enquête policière, une esthétique de telenovela métissée de film d'horreur, un verbe jaillissant et de l'humour sans compter. Mélangez le tout, secouez énergiquement et vous obtiendrez La Paranoïa. Une pièce décapante de l'Argentin Rafael Spregelburd mise en scène avec panache par Frédéric Polier au Théâtre du Grütli à Genève.

La Paranoïa fait partie de l'Heptalogie de Hieronymus Bosch, une série de sept pièces indépendantes inspirées des "Sept péchés capitaux" du célèbre peintre. Elle nous emmène sans escale en l'an 22 000 et des poussières à Piriapolis, une station balnéaire en Uruguay. Les "intelligences" qui contrôlent l'univers maintiennent les hommes en vie pour obtenir leur dose quotidienne de fiction. Or le filon semble s'épuiser.

Une équipe de créateurs, placée sous les ordres d'un colonel des opérations spéciales, est chargée d'y remédier. On y trouve une auteure à succès, un mathématicien qui ne maîtrise pas bien les nombres naturels, un astronaute déboussolé et un ancien robot qui ignore l'être. Tout en s'interrogeant sur le langage et les règles qui font une bonne histoire, ils se lancent avec énergie dans cette création collective dont le résultat est projeté sur un écran. Avant de découvrir qu'ils n'étaient eux-mêmes qu'une fiction générée par la fiction.

Vous suivez? Non? Alors courez au Théâtre du Grütli. Frédéric Polier a choisi de prendre le texte à la lettre et cela fonctionne à merveille. C'est drôle, surprenant, troublant, intelligent. La pièce dure trois heures, mais on ne sent (presque) pas le temps passer.

 

"La Paranoïa" de Rafael Spregelburd. Mise en scène Frédéric Polier. Avec Jean-Alexandre Blanchet, Camille Giacobino, Pietro Musillo, Madeleine Piguet Raykov, Julien Tsongas.

Genève. Théâtre du Grütli. Jusqu'au 22 mars. 

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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