Le bruit de la souffrance

the-tocsin-of-liberty-by-currier-ives-980x775Pendant longtemps, avant les sirènes électriques, le lourd tocsin résonnait dans les nuées pour signaler le danger du feu, de l’épidémie, de la mort, de l’invasion ou de la guerre. Le bruit campanaire rimait avec le danger social. Il s’opposait au silence pacifié. Or, le poète Paul Valéry disait : « Entends ce bruit fin qui est continu, et qui est le silence. Écoute ce que l’on entend lorsque rien ne se fait entendre » (Tel quel, 1960). Écouter le silence pour entendre le réel : belle injonction poétique qui semble être d’un autre temps.

Aujourd’hui, le tintamarre du monde empêche cette hygiène intellectuelle. Il sature nos sens. Il nous assourdit. Il nous empêche d’écouter le silence invisible et réparateur d’humanité.

Ce tapage qui s’amplifie est bien évidemment celui d’une souffrance collective, individuelle et globale en pleine croissance. Elle est alarmante par le désarroi humain qu’elle recèle. Elle est terrifiante aussi. Ses échos plus ou moins déformés résonnent, loin du réel, dans les sociétés nanties, volontiers chuchoteuses, haïssant les cris, soucieuses de préserver l’acquis des sécurités. Entre apocalypse et farce absurde, cette pétarade peut conduire à la perte générale de sens. Tout tapage  complique la mise en sens critique du réel. Tout tapage brouille l’histoire comme le font les rumeurs alarmantes que flatte la populisme sécuritaire.

Trop plein sonore

Le bruit est devenu terreur. Il répercute la grande épouvante contemporaine. Râles des damnés affamés, crépitation répétée des assassinats de masse organisés par la nébuleuse terroriste contre des civils désarmés, canonnades et bombardements au Proche-Orient qu’emplissent les détonations des lignes de front et des effondrements de ruines, hurlements effarés des naufrages en Méditerranée où sombrent des esquifs de fortune couverts de réfugiés hagards avec les cris des noyés glissant épouvantés dans les abysses silencieux, clameurs des émigrés qui buttent sur les murs barbelés de la honte en Europe que protègent les charges policières, vociférations des xénophobes qui les fustigent haineusement, tollés s’élevant des camps “humanitaires”, sanglots des enfants otages du mal orchestré par les adultes, cris de colère en France et ailleurs contre l’austérité, ouragans et tempêtes du réchauffement climatique, chuchotements des Panama Papers où gisent les noms de ceux qui réclament à corps et à cri l’austérité tout en camouflant leurs richesses : le vacarme mondial résonne comme la dissonance planétaire. La dissonance sociale et politique de sa gouvernance. La saturation du scandale dans le sens d’un trop plein sonore. Le bruit ravageur aussi d’une histoire naturelle de notre planète bleue épuisée.

La parole du silence

L’aubade globale du mal tonitruant ressemble à la mélopée d’innombrables dysfonctionnements que la mondialisation généralise faute de pouvoir les juguler. À sotto voce ou à pleine voix, en contre-point, le chahut envahissant invite urgemment au silence méditatif, voire accusateur.  Cette sérénité nécessaire à la reconstruction critique mais que que fracasse la médiatisation quotidienne des horreurs répétées de l’histoire des fanatiques ou des prédateurs de tous les bords.

Cette pause sonore pourrait instaurer la récupération du sens qu’il faut donner aux choses. En résulteraient certainement la salutaire mise à distance icarienne pour un meilleur point de vue  et la possibilité de prendre plus de temps pour mieux expliquer à nos enfants ce que cache le tintamarre mondial, afin qu’il ne les laisse pas abasourdis. Ce silence est un ingrédient essentiel de la capacité réactive qui humanise chacun.

Est-il souhaitable de renouer avec le silence du recueillement spirituel ou laïc ? Peut-on faire entendre la “parole du silence” réprobateur contre le tintamarre du monde pour en épuiser les causes en réarmant la parole juste ? Aristote avait peut-être raison : tout silence peut porter en lui sa récompense… de justice ! 

En hommage libre, fraternel et trop bref à un livre très innovant : Alain Corbin, Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours, Paris, Albin Michel (204 p.), 2016.

Terrorisme : armer la parole

 

« Quand surgit la véritable violence, avec sa bande-son et sa bande-image, ses sacrificateurs et ses victimes, ses appels et ses harangues, son horreur et son étrange héroïsme, ses idéaux et ses prestiges, se crée un trouble de dénomination : nous sommes privés de mots exacts pour la dire et réduits à user d’un glossaire dévalué, face au défi insupportable de cette nouvelle violence, qui nous paraît donc un « retour » à la barbarie, à l’état de nature des « sauvages » d’avant le contrat social […]. Le discours public retombe sur la solution de facilité : l’hostilité neuve, innommable du djihadisme et du Califat n’appartient ni à notre Temps, ni à notre Espace ». Philippe-Joseph Salazar, Paroles armées. Comprendre et combattre la propagande terroriste, 2015, p. 227.

 

 La violence démocratique

Depuis la première grande offensive terroriste du XXIe siècle contre la société civile (New York, Twin Towers, 2001), la réponse politique au terrorisme de masse reste celle de l’État sécuritaire avec des catégories d’explication classique. Les spécialistes évoquent volontiers les lois d’urgence antiterroristes dont le Patriot act nord-américain est exemplaire. Un scénario qui n’est pas achevé.

Symptôme de la mondialisation qui affaiblit la souveraineté étatique, l’internationalisation du terrorisme brise les frontières juridiques et politiques. L’offensive armée unifie dans la défense les territoires qu’elle vise dans un village planétaire confronté au même problème du mal et de la violence aveugle. Celle qui frappe avant tout les civils.

D’une tuerie publique à l’autre, la nébuleuse terroriste marque progressivement des points contre la démocratie dont les territoires s’étendent lentement depuis le XIXe siècle. Le régime démocratique est sommé par la violence de limiter (ou de reconsidérer) les droits et les libertés. Il s’agit d’assurer la sécurité des personnes dans les fluides démocratiques de la modernité sociale – habitat, travail, motorisation excessive, transports ferroviaires et aériens, loisirs.

Police ou armée?

Police ou armée : un nouveau nœud gordien se dessine à l’horizon des États démocratiques. En effet, la politique sécuritaire transforme en profondeur les conceptions classiques des pratiques policières. Elle en mine les usages traditionnels. Elle dénature la conception libérale du maintien de l’ordre sous l’État de droit. L’ancien impératif de neutraliser sans tuer s’efface devant celui de la neutralisation létale selon Le Monde du 14 mars 2016 (« on glisse d’une conception où l’on maintenait à distance des manifestants à une conception où l’on vise ces manifestants »). Aujourd’hui, dans les grands pays comme les États-Unis et la France, la militarisation croissante des forces de police — progressivement équipées d’armes et de munitions de guerre — est une nouvelle donne de la société démocratique. Figure éponyme du film d’anticipation politique sorti en 1987, RoboCop va-t-il devenir progressivement la figure coutumière des espaces urbains soumis à l’État sécuritaire ?

Le monopole étatique de la violence légale doit arrêter le terrorisme selon le cadre constitutionnel non modifiable dans l’urgence. S’y ajoute un autre combat légitime. Celui qui arme les paroles et équipe les rhétoriques contre la propagande terroriste. Le combat de persuasion qu’il faut mener débute à peine.

Les armes aiment la parole

L’offensive terroriste est aussi celle du discours politique. Les armes aiment la parole. Proclamation, récits, mises en scène (notamment des exécutions capitales dans l’économie archaïque du supplice public), photographies, vidéos : la guerre planétaire de la mondialisation terroriste est idéologique. Le salafisme djihadiste et le Califat, son institution armée, mènent la guerre médiatique (une bataille de communication) de la propagande. La mobilité virtuelle du Califat excède pour l’instant sa mobilité géographique.

Saisir et combattre les vitupérations de la propagande djihadiste oblige à la prendre au sérieux. Il faut déconstruire l’imaginaire social, politique et confessionnel que répand le Califat numérique pour universaliser son nomos de la haine (territoire mental et géographique). Le Califat est une forme inédite du politique menée par une « belligérance totale ». En suscitant l’hostilité, elle provoque son incompréhension analytique hors des catégories d’opposition de la civilisation à la barbarie. Le partisan du Califat, déjà actif sur notre sol national, prépare une « attaque de guérilla politique ».

Mentalement désarmés

Grande question : pourquoi sommes-nous mentalement désarmés face aux partisans du Califat avançant masqués dans les territoires à libérer avec cette nouvelle « guerre subversive » ? Désarmés au point de ressortir les vieilles lunes culturalistes, notamment les « explications amorphes » de la causalité religieuse, de la déliquescence du lien social et de l’agression des « croisés » occidentaux ?

L’hostilité du terrorisme islamique califal est polymorphe et illimitée. Comme le faisait l’hitlérisme dans les années 1930 en plaçant la race au-dessus des nationalismes, le Califat politique — comme État d’exception— absolutise la guerre subversive en l’activant hors du territoire califal et en l’inscrivant sous l’élan libérateur de la mondialisation qu’accélère l’économie. Planétaire, la guerre de conquête politique s’émancipe des règles ancestrales du droit international (ancien droit des gens). Le nouveau territoire du terroriste est celui de la Terre toute entière : l’ennemi mécréant est universel.

Contre le « totalitarisme nouveau » de l’« islam propagandiste », une nouvelle rhétorique politique s’impose. Celle du murmure démocratique, qui censure toute parole « bénignement offensante » au nom du relativisme socio-culturel et de l’égalitarisme, est devenue caduque. Il faut retrouver la force rhétorique des grands moments de l’histoire politique de la démocratie en guerre. Pour coexister belliqueusement avec l’ennemi, il faut parler contre (et avec) le Califat et les « maîtres du djihadisme ». La nouvelle arme rhétorique pour le contrecarrer sur les terrains de l’engagement et de la persuasion reste peut-être à inventer hors des catégories les plus convenues de notre désarmement mental.

Deux lectures très innovantes :

Jenny Raflik, Terrorisme et mondialisation. Approches historiques, Paris, Gallimard (Bibliothèque des Sciences humaines), 2016 (416 p.). Philippe-Joseph Salazar, Paroles armées. Comprendre et combattre la propagande terroriste, Paris, lemieux éditeur, 2015 (262 p.).

 

 

Mise en œuvre de la peur !

La votation de ce weekend sur l’initiative dite de « mise en œuvre » (“pour le renvoi effectif des étrangers criminels”) illustre le récidivisme du populisme pénal cher à l’UDC. Le souverain suisse s’exprime encore et toujours dans le climat passionnel de la peur insécuritaire. Des statistiques judiciaires mal établies écrasent le débat public. La précarité économique écrase les plus démunis à qui est vendue l’idée de la prospérité liée à l’expulsion des étrangers (“Comité pour le sauvetage de la place industrielle suisse”).

Indigne de l’État de droit

Le même registre moral de la peur a marqué les votes antérieurs sur le régime de la perpétuité réelle, sur l’imprescriptibilité des crimes sexuels, ainsi que sur la récente tentative anachronique de réintroduire en Suisse la peine capitale (été 2010). Ce climat mine en Suisse l’avenir du droit égal pour chacun dans les libertés et les obligations. En divisant l’opinion publique sur le sort des justiciables non-nationaux, cette initiative viole le principe supérieur de la libre-circulation des individus en Europe auquel souscrit l’État fédéral. Elle brise l’universalité du droit, impératif de la société démocratique. Elle légitime dangereusement un régime pénal différencié pour des crimes identiques commis par des « Suisses » et des « étrangers ». Il s’agit là moins d’une « double peine », que de deux modalités du pénal mises en concurrence dans un climat de haine sociale.

Ce scénario juridique est indigne de l’État de droit au XXIe siècle. L’initiative UDC sur la mise en œuvre pour expulser les criminels non nationaux ouvre le piège fatal de la justice pénale à composante communautaire ! On pourrait dans la foulée imaginer des sanctions confessionnelles. Expulsion des criminels catholiques hors des cantons à majorité protestante ; idem pour les délinquants protestants hors des cantons à majorité catholique. Suivra vite le sort pénal des juifs, des bouddhistes, des musulmans, des animistes et des athées ! De facto, quoiqu’en disent les politiciens de tous les bords qui tentent de limiter bien tardivement les pots cassés du populisme pénal qu’ils n’ont pas su combattre, voire ont attisé, le vote à venir ramène la Suisse à l’Ancien régime des délits et des peines.

Archaïsme pénal

L’initiative mise en œuvre nous ramène à un régime pénal obsolète d’avant l’État de droit. Le régime de l’arbitraire qui a prévalu en Europe continentale de la fin du Moyen âge à la Révolution. Le régime des particularismes sociaux et juridiques pour différencier la sanction pénale du prêtre de la peine de l’aristocrate et du roturier, celle aussi du bourgeois ou du paysan. Le régime archaïque de l’infamie sociale que les réformateurs des Lumières comme Beccaria ou Voltaire ont combattu au nom de la modernité, du libéralisme, de l’humanisme et de l’égalité devant le droit. L’initiative de l’UDC fait écho aux mécanismes d’ostracisme de la Terreur  qui désignait le coupable comme l’« ennemi » social indigne du corps de la Nation, et punissables de sanctions extrêmes, comme les noyades collectives de Nantes ou les grandes charrettes de la guillotine. Il y a un vestige du terrorisme juridique des années 1793-1794 dans l’initiative sur la mise en œuvre contre les étrangers coupables d’un crime en Suisse. Peut-on imaginer de bannir dans son pays d’origine un terroriste ayant commis une tuerie de masse dans une ville d’Europe sans rendre des comptes à la justice et aux victimes ? Peut-on ainsi concevoir que l’État pénal capitule dans sa mission régalienne que ronge le populisme pénal ? 

Une incitative qui ressuscite le vieux bannissement en usage sous l’Ancien régime ! Exil des non-citoyens frappés d’atimie à Athènes, pèlerinage expiatoire au Moyen âge du chrétien pécheur, le bannissement s’affirme comme une peine en soi dès le XVIe siècle. Juste avant la peine capitale et les galères où près d’un condamné sur deux y meurt d’épuisement, le bannissement est lié à la montée en puissance de l’État moderne souverain sur un territoire unifié dans le puzzle des souverainetés en Europe. Au terme d’un procès en « grand criminel », le bannissement perpétuel ou « à temps » (5, 10, 15, 20 ans) veut « purger » le pays ou la cité de ceux que sous l’Ancien Régime la justice estime « irrécupérables ». Irrécupérables, mais pas assez pour être exécutés par la corde ou sur la roue.

Bannir sans juger

Le bannissement est une brutale mesure d’élimination sociale sans finalité réparatrice. Disparue au début du XIXe siècle, cette peine s’ajoute à la confiscation des biens matériels du banni. Incarcéré durant le procès, jugé et condamné, marqué au fer chaud (« v » pour voleur ; « vv » pour voleur récidiviste, etc.), le justiciable est ensuite transféré manu militari sur les frontières de la juridiction qui le bannit. Débarrassé de ses fers, il est littéralement envoyé se faire pendre ailleurs, quelque soit le crime commis ! Sous l’Ancien Régime, le bannissement est une « école du crime ». Désocialisé par l’arrachement communautaire, devenu infâme par la cicatrice pénale de la marque ardente, le banni est placé dans l’impasse sociale de la récidive. De nouveaux crimes lui offrent alors ce que la société ne peut plus lui donner en le mettant hors du lien social.

Or, comme le déplorent avec Beccaria les juristes progressistes de la fin du XVIIIe siècle hostiles au bannissement comme école du crime et comme sanction sans finalité correctrice, l’exil pénal plonge l’individu dans la mort civile. Cette mort juridique est incompatible avec les deux éléments du contrat social sous l’État de droit : la responsabilité individuelle du crime commis qui légitime la peine subie dans le ressort juridique de l’infraction;  la dignité du justiciable devenu criminel que punira une peine identique pour chacun. Toute autre voie est pernicieuse. Toute autre voie est fatale pour les principes d’équité et d’égalité qui fondent et légalisent le droit moderne. Renvoyer l’étranger auteur d’un délit dans son pays natal pour qu’il aille se faire pendre ailleurs illustre l’arrogance de l’État qui légitimerait la forme moderne du bannissement archaïque. L’exil pénal devient le déversoir social d’individus renvoyés chez eux après avoir commis un crime en Suisse, lequel est répressible selon le code pénal qui en vigueur. Principe universel depuis le droit romain !

Démagogie et vindicte

À continuer d’écouter les démagogues de la justice criminelle, à continuer de briser les acquis de la modernité pénale nés avec les principes démocratiques et libéraux des Lumières et de la Révolution qui depuis 1848 inspirent la législation fédérale, la Suisse prend un risque. Celui de devenir un nouveau musée au cœur d’une Europe qui se veut libérale. Le musée de l’archaïsme pénal. Mais aussi de l’archaïsme politique, tant que des objets universels et essentiels aux libertés individuelles comme ceux du droit seront livrés à la démagogie sécuritaire, à l’insécurité du présentisme et à la vindicte sociale qui aveuglent le souverain. Il est temps de repenser les objets soumis à l’exercice illimité de la souveraineté populaire pour le soustraire à la démagogie sécuritaire des populistes du pénal !

A lire: Denis Salas, La volonté de punir. Essai sur le populisme pénal, Paris, Hachette, 2005

Otages du mal

“L’enfance : – Il est midi tous les quart d’heure – Il est jeudi tous les matins – Les adultes sont déserteurs – Tous les bourgeois sont des Indiens”. Jacques Brel, « L’Enfance » (1973).

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Depuis toujours, les enfants paient le prix fort des guerres et des atrocités commises par les adultes au nom de la raison militaire ou des idéologies purificatrices. Victimes en leurs corps, ils le sont en leurs âmes. Leurs regards terrorisés ne mentent jamais. S’ils survivent orphelins ou non des conflits armés ou des violences terroristes, s’ils ont la chance de n’être pas estropiés ad vitam par une mine anti personnelle, un mitraillage ou un bombardement, s’ils n’ont pas fondu dans la vomissure du napalm, s’ils échappent aux prédateurs de toutes sortes, leur enfance est volée. Anéantie. Traumatisée. Irrémédiablement enfouie sous les fleurs noires de la brutalité des guerres civiles et internationales, des purges ethniques, des règlements de comptes confessionnels, des occupations militaires, du fanatisme homicide. Apocalypse now !

Le Massacre des innocents

En 2011, l’UNESCO organise un colloque mondial sur le drame des Enfances en guerre. En donnant la parole aux enfants victimes de la guerre, l’organisation internationale tente d’insuffler un sursaut moral aux idéologues bellicistes, aux acteurs, aux propagateurs et aux bénéficiaires des guerres tout autour de la planète — de moins en moins bleue, de plus en écarlate (1). Comme le chagrin de l’enfance exterminée.

Les enfants insouciants sont les otages du mal qu’orchestrent les adultes. Selon l’Observateur (newsletter en ligne de l’OCDE) : « Au moins deux millions d’enfants sont morts ces 10 dernières années à la suite de guerres déclenchées par des adultes, qu’ils aient servi de cibles civiles ou qu’ils aient été tués au combat en tant que soldats » (2). Plus de 500 chaque jour! Les innocents hébétés crament dans les brasiers de l’incendie mondial. Au crépuscule, leurs âmes perdues ne  hantent pas assez les vivants, insatiables de la société du spectacle des épouvantes recommencées.

Ajouté à la menace diffuse des tueurs de masse nommés « terroristes », le drame planétaire des réfugiés frappe aujourd’hui la société apeurée, sécuritaire et xénophobe dans laquelle chaque jour nous sombrons davantage avec l’effritement de la démocratie libérale et de l’État de droit.

Les enfants disparus

Alors que la politique européenne d’asile envers les réfugiés est meurtrière avec la clôture programmée des frontières, la restriction du regroupement familial et la multiplication des camps d’enfermement d’étrangers pauvres en Europe (2010 : 250 camps en Europe), 27% du million de demandeurs d’asile arrivée en EU (2015) sont des mineurs. Leur santé et leur intégrité physico-morales devraient être la priorité de toute action humanitaire au niveau transnational. Pourtant ils sont la cible des prédateurs. Le Silence des agneaux est devenu assourdissant.

En effet, plus de « dix mille réfugiés mineurs » sont portés disparus durant les 24 derniers mois. Ce chiffre (estimation basse) exclut le nombre des enfants morts durant la fuite de leurs pays avec leurs parents – peut-on oublier la destinée fatale du garçonnet syrien retrouvé en septembre 2015 sur une plage turque ?

Après leurs enregistrements (Italie, Suède, etc.), près de 6000 enfants issus de zones de guerres ont disparus dans la nature. Avec l’exclusion prévue de la Grèce de l’espace Schengen, le chiffre des disparus explosera. La route des Balkans reste la plus dangereuse selon l’ONG Save the Children qui dénombre l’arrivée d’au moins 26 000 mineurs en Europe depuis 2015.

Criminalité organisée

Selon Europol, l’exode des réfugiés humanitaires est une manne financière pour des infrastructures criminelles de grande envergure et paneuropéenne. Les mineurs circulant sans être accompagnés d’adultes sont particulièrement vulnérables. Europol dispose de preuves accablantes sur l’exploitation sexuelle des réfugiés mineurs isolés, notamment en Allemagne et en Hongrie où fleurit maintenant la xénophobie étatique. D’autres pays sont dans la ligne de mire des policiers européens, débordés par le détresse des enfants perdus. Ils accumulent des données sur les mafias qui tirent profit de la vulnérabilité des mineurs jetés sur les routes de l’exil par la violence meurtrière des adultes. Depuis le sud de la Méditerranée, les gangs des passeurs font alliance avec ceux qui gèrent les réseaux florissants du commerce sexuel et de l’esclavage social des enfants vulnérables.

L’indifférence collective garantit la prospérité et l’impunité de ceux qui exploitent et massacrent les innocents. Massacrés sur le terrain des conflits armés. Sur la routes des exils forcés. Dans l’insalubrité policière des camps de rétention. Dans les réseaux criminels de l’économie noire et les bordels du libéralisme sexuel. Dans l’horreur économique de l’esclavage social. Nous sommes collectivement responsables du regard brisé des enfants exténués par la violence du monde.

Jusqu’à quand n’oserons-nous pas les regarder en face ?

 

James Whale, Frankenstein, 1931 – la créature s’apprête à noyer l’innocente “petite Maria” (© Universal)

(1) Rose Duroux, Catherine Milkovitch-Rioux (dir.), Enfances en guerre. Témoignages d’enfants sur la guerre, Genève, Georg (L’Equinoxe. Collection de sciences humaines), 2013.

(2) http://www.observateurocde.org/news/archivestory.php/aid/423/Les_enfants_sont_les_premi_E8res_victimes_de_la_guerre_.ht

Le traquenard du terrorisme

Théofascisme ?

Outre son déprimant cortège de souffrances physiques et morales, l’offensive terroriste contre les populations civiles de l’Europe démocratique (ainsi que d’autres régions du monde, dont la Syrie, l’Irak, la Tunisie, la Turquie ou encore le Nigeria et le Cameroun) aboutit lentement à l’objectif autoritaire que vise la stratégie de l’effroi. Partout, marche vers l’État sécuritaire, on constate le renforcement des pouvoirs de la police avec une potentielle mise à l’écart de la justice – comme le déplorent ce jeudi 14 janvier les Magistrats de la Cour de cassation en France. Partout, dans des sociétés jusque là globalement apaisées et sans ennemi déclaré, des législations de la peur tentent, au mieux, de prévenir le passage à l’acte des tueurs qui massacrent au nom de Dieu, de leur haine des sociétés libérales et multi-confessionnelles. Ces adeptes du « théofascisme », pour le psychanalyste Roland Gori*, obéissent à une culture fanatique de la violence aveugle fondée sur l’effacement de la pitié, l’apologie de la cruauté et le massacre aveugle d’individus désarmés. Viva la Muerte ! À bas la démocratie !

Selon le juge italien Guido Raimondi, nouveau président de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) le « terrorisme met en danger le socle de la démocratie ». Celui juridique sur lequel repose l’Europe pratiquement en paix depuis bientôt 70 ans, à l’exception de la guerre d’ex-Yougoslavie. Face à la nébuleuse du mal, motivé par la vulnérabilité des sociétés urbaines, l’angoisse collective et le populisme sécuritaire, l’État de droit pourrait déroger de plus en plus au « noyau dur des garanties de droits de l’homme, comme le droit à la vie, l’interdiction de la torture et des traitements dégradants, ou l’interdiction de la peine de mort ». L’état d’urgence inscrit dans la Constitution et la déchéance de la nationalité constituent, paradoxalement, le traquenard antidémocratique du terrorisme (peut-être sa fatale victoire) qui aujourd’hui piège la France et qui demain pourrait être dans un régime autoritaire une arme létale contre les libertés.

Restreindre la souveraineté populaire sur le pénal

Risquant d’être plébiscitée par un fort consensus social en raison du contexte de la stratégie de l’effroi, la deuxième initiative de l’UDC pour l’expulsion des criminels étrangers (votation populaire le 22 février 2016 : «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels (initiative de mise en œuvre)») obligerait l’application immédiate des dispositions de la première initiative du 28 novembre 2010 qui instaure un régime pénal selon l’origine nationale et un retour archaïque au bannissement de l’Ancien régime. Parti récidiviste du populisme pénal, champion autoritaire de l’alarmisme sécuritaire qui envenime la culture politique démocratique, l’UDC veut fautivement et de facto remplacer les juges par la vindicte punitive de la vox populi  favorable à l’expulsion immédiate des délinquants petits et grands d’origine non suisse. Non seulement cette initiative qui flatte l’émoi collectif contrevient aux engagements internationaux de la Suisse, mais elle instaure l’insécurité juridique en disqualifiant la proportionnalité de la peine, le travail des juges et l’action parlementaire. S’y ajoute l’amalgame moral entre les diverses formes de criminalité de droit commun et la dangerosité extrême du terrorisme. Il serait peut-être temps de restreindre la souveraineté populaire sur le champ du pénal.

La « démocratie sécuritaire » peut-elle endiguer la montée du mal intégriste ? Comment agir politiquement pour renverser la peur et l’inscrire durablement dans le camp de ceux qui désignent les Européens comme les ennemis à abattre ? La guerre sur le terrain des coordonnateurs politiques du terrorisme sera-t-elle la prochaine réplique à la stratégie de l’effroi ? Reconstruire la sécurité collective et individuelle dans le cadre de la société libérale et de l’État de droit n’est pas le moindre des défis politiques et géo-politiques à l’horizon de 2016 pour la démocratie pacifiée. Et cela, sans attiser le désarroi collectif par l’insécurité juridique et les clivages xénophobes.

* « La crise des valeurs favorise les théofascismes », Le Monde, Culture et Idées, samedi 2-Dimanche 3 –Lundi 4 janvier 2016, p. 7.


Photo: Douaniers suisses à  Bardonnex – Keystone

Université: pour une culture politique de l’humanisme.

 

 

 

Aujourd’hui, l’université comme le système scolaire obligatoire, sont la cible d’une politique de la dégradation institutionnelle. Certains politiciens et experts économistes méprisent les sciences humaines qui sont au cœur de la modernité éducative et universitaire. Ils menacent ainsi les fondements démocratiques de la fabrication des savoirs dont notre monde déboussolé a besoin.

L’effet de vérité

Dans notre société que blessent les violences économique, politique et climatique, le progrès moral et les repères face au désenchantement collectif dépendent de l’autorité forte des sciences humaines. Elles sont la mémoire des droits sociaux, de la perfectibilité humaine et des conflits de l’histoire qui ont forgé notre monde.

Dans leur langage universel, la littérature, l’histoire, la sociologie, l’anthropologie et la philosophie disent notre dette au passé et nos engagements pour demain. En décryptant les nouvelles mythologies inégalitaires de l’ultralibéralisme et du sécuritaire, en montrant que nulle richesse sociale ou matérielle ne peut être produite contre l’individu, elles prouvent qu’aucune société ne peut être abandonnée aux forces économiques et politiques qui bafouent l’héritage de l’humanisme en voulant réguler la société selon les impératifs idéologiques du marché et de l’équilibre budgétaire.

Contre la posture d’autorité de l’économie qui intimide pour accroître ses profits, les sciences humaines répondront par l’effet de vérité des hypothèses et du plausible. Liées par nature aux institutions de santé, de justice et d’éducation (trois richesses inestimables de l’État démocratique), elles éclairent les horizons d’attente collectifs et attisent l’intelligence sociale, dont l’appétit de la lecture, le goût de la discussion, l’obligation critique et l’effort synthétique.

Contre le fanatisme

Au-delà de leurs objets et de leur méthodologie, les sciences humaines constituent les savoirs et les compétences indispensables au lien social dans la réciprocité du respect identitaire. Magistère dont l’actualité est particulièrement brûlante depuis la guerre que la nébuleuse terroriste et obscurantiste mène contre notre mode de vie démocratique en assassinant notamment des intellectuels parmi la masse des innocents massacrés et en broyant les joyaux culturels des civilisations (1). L’éducation humaniste reste la meilleure façon d’endiguer le fanatisme homicide et la barbarie culturelle ! Appelant à “tuer” des enseignants “mécréants” et “pervers” (Le Monde, 5 décembre 2015), l’État islamique guerroie contre la tradition humaniste de l’esprit critique.

Les sciences humaines irriguent l’université au-delà de la fracture institutionnelle des disciplines et des facultés. Elles garantissent la tradition académique comme espace qui lie le savoir gratuit aux connaissances ancrées dans les défis du présent – un espace où la flânerie intellectuelle n’est pas un crime de lèse-majesté. Dans un pays comme la Suisse  privé de toute richesse hors du tertiaire, l’université d’aujourd’hui comme garantie d’un État moderne reste avec le système scolaire (obligatoire, post-obligatoire) et les apprentissages professionnels l’ossature de la société démocratique et le poumon de l’économie nationale. Quiconque nie cette évidence ne comprend rien à notre singularité socio-culturelle face aux défis de demain.

Le contrat égalitaire de l’éducation publique

L’université est solidaire du « contrat égalitaire » que présuppose toute éducation publique dans le temps long de la réflexion, contre l’écume des modes consuméristes et des démagogies politiciennes. Avec la spécificité des études littéraires, de la philosophie, de l’histoire sociale ou des idées, du droit, de la théologie, l’université combat l’amnésie culturelle qui induit l’intolérance identitaire, le racisme et le discours politique dépourvu de tout fondement éthique. Les sciences humaines et exactes ne peuvent que s’allier dans l’université forte de ses moyens pour promouvoir les savoirs et les connaissances sur lesquels s’appuie un développement social égalitaire. L’Alma mater vit de l’impératif humaniste – « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » – qui n’est pas réservé aux académies en Utopie. En formant les citoyens libres et les cadres éclairés de la société, l’académie leur apprend à penser la dimension humaine du lien social. Solidaire avec les institutions d’éducation non universitaires, de santé et de développement pour le progrès social, elle outille intellectuellement les individus pour questionner l’avenir des sociétés, étudier leur passé et concevoir leur imaginaire. Elle permet de penser le choix des politiques culturelles, éthiques et économiques qu’une société démocratique privilégie si elle veut effacer la précarité sociale au lieu de l’accroître.

Le temps long de la pensée critique

Matrice des sciences humaines, l’histoire, comme l’écrivait l’immense Georges Orwell (1903-1950) dans 1984 est un « palimpseste gratté et réécrit aussi souvent que nécessaire ». À l’instar de l’histoire, les sciences humaines affrontent les menaces budgétaires et les politiques populistes qui vont en précariser les moyens et les périmètres institutionnels, tout en démoralisant les étudiants. Enfants des sociétés démocratiques, les spécialistes en sciences humaines donnent du sens au passé et au présent. Ils ne sont pas des experts qui travaillent dans l’urgence médicale, pénale ou boursière. Souvent marqués par des actualités dramatiques (guerre, précarité, totalitarisme, terrorisme), les grands livres en sciences humaines publiés depuis un siècle résultent d’enseignements universitaires, dans la longue durée de la réflexion, par des enquêtes sur le terrain, en archives, en bibliothèques et aujourd’hui sur la toile. A l’instar du temps scolaire, le temps académique est un temps long et coûteux comme celui de la démocratie : tel est le prix social de la connaissance indispensable à rendre les individus autonomes et créatifs.

Les sciences humaines ne sont pas vouées à étudier le passé à l’aune du présent, car elles forgent la conscience critique des femmes et des hommes d’aujourd’hui. Pivot de l’éducation publique qui autonomise les enfants, elles sont dépositaires du capital social et symbolique qui permet à une société de tenir debout. Leur responsabilité morale est donc élevée, comme le seront les moyens de chaque enseignant qui participe à la chaîne démocratique de l’éducation obligatoire, post obligatoire et universitaire. Toute politique niant ces évidences est suicidaire et ruine l’avenir des institutions d’éducation publique.

Armer la démocratie

Anthropologues, archéologues, juristes, théologiens, historiens, littéraires, philosophes, politologues, psychologues, sociologues, enseignants, chercheurs : unissez-vous avec les autres collègues de l’université! Il s’agit d’ouvrir  un front commun de résistance humaniste avec les enseignants de l’éducation publique obligatoire et post-obligatoire. Partout où cela est possible. La menace politique et budgétaire qui pèse aujourd’hui sur les systèmes d’éducation et les sciences humaines qui en sont la matrice doivent unir dans la légitime défense spirituelle les savants, les enseignants et les intellectuels pour riposter démocratiquement à l’offensive obscurantiste contre l’école, l’éducation, la culture et l’université. Ni l’école ni l’université ne sont des entreprises privées. Elles ne peuvent pas appartenir à celles et à ceux qui aujourd’hui en fragilisent la destinée en jouant aux apprentis sorciers. Seule la société est dépositaire de ses institutions d’éducation qui doivent perdurer pour les générations futures.

Les sciences humaines éduquent les individus dont le monde de demain aura besoin. Elles forgent aussi nos rêves fraternels pour un monde meilleur. Les valeurs de l’humanisme critique, comme fondement de l’enseignement, sont les ingrédients du bien social et de la modernité démocratique. L’école et l’université en restent les pivots essentiels, n’en déplaise aux fanatiques obscurantistes. Unies, elles fabriquent les savoirs pour la défense même de la démocratie. En affaiblissant l’éducation publique, on désarme l’État démocratique, à l’instar de la guerre totale qui brise l’esprit par l’anéantissement des bibliothèques.

Avec Fabrice Brandli, UNIGE

  1. Paul Veyne, Palmyre. L’irremplaçable, Paris, Albin Michel, 2015.

Stratégie de l’effroi

patrouille-sécuritaire

Le terrorisme et la loi : la magistrale conférence donnée le 11 novembre, dans le cadre des Rencontres internationales de Genève devant 1500 personnes, par l’ancien garde des sceaux Robert Badinter prend aujourd’hui une singulière et éprouvante actualité. Avec hauteur et solennité, entre magistrat et tribun démocrate, après avoir souligné l’évolution du terrorisme ciblé (contre les fonctionnaires militaires, policiers, judiciaires et civils de l’appareil d’État) vers le terrorisme aveugle et collectif (masse des civils), Robert Badinter a rappelé une double évidence. Premièrement : la riposte au terrorisme ne peut que résider dans la vigilance et l’autorité forte de l’État de droit. Autorité forte ! À l’inverse, la juridiction d’exception est le piège liberticide que nous tend la nébuleuse terroriste. Cette idéologie de la mort en action qui métastase le corps social et mine le régime démocratique. Deuxièmement : le terrorisme est devenu une probabilité croissante dans les sociétés ouvertes et libérales que vomissent les adeptes de l’âge de fer. Vous « vivrez longtemps avec le terrorisme ! », a conclu lucidement Robert Badinter. Prenons acte !

Mass murder

Treize novembre, vendredi soir, dans la même ville, à la même heure, des individus paisibles croisent des tueurs déterminés qui les massacrent froidement. Du stade de France aux rues peuplées des 10e et 11e arrondissements, la tuerie de masse (« mass murder »), qui a endeuillé Paris, fait écho à celle de janvier 2015. Il s’agissait alors de liquider les héritiers libertaires de mai 1968. Maintenant il s’agit de plonger dans l’effroi la génération hédoniste des villes multiculturelles et cosmopolites (au moins 19 nationalités parmi les victimes) qui refusent l’intégrisme au nom de la diversité et de la liberté dans les relations humaines.

Le bain de sang du 13 novembre montre l’implacabilité de l’hyper violence de la guérilla urbaine. Sa nature imparable aussi, puisque la sécurité absolue est impossible dans les mégalopoles contemporaines. Il suffit de prendre un train à grande vitesse à une heure de pointe pour mesurer la potentielle vulnérabilité des gares : le risque zéro est utopique. Jailli de n’importe où, frappant froidement à l’improviste, évitant la confrontation directe avec les forces de l’ordre policières et militaires, tirant parti d’une connaissance fine du tissu urbain visé, l’action directe des tueurs en bande vise les points les plus vulnérables de nos villes aux sociabilités ouvertes – sportives, culturelles, fraternelles, festives, consuméristes.

Le feu nourri de la haine

Feu roulant sur les terrasses remplies de consommateurs,  liquidation haineuse du public juvénile du Bataclan (salle de spectacle) emporté par le rock californien : les méthodes des exécuteurs collectifs ressemblent aux tueries perpétrées par les commandos de la mort des régimes fascistes. La lâcheté est l’équation fondamentale du massacre urbain. La dysmétrie du passage en est la signature vile: des armes de guerre contre des corps désarmés, de l’acharnement contre des femmes et des hommes terrassés au sol. S’y ajoutent la fuite des assassins mais aussi leur anéantissement dans l’apocalypse meurtrière de l’auto-explosion (comment s’élabore un tel fanatisme ?). La scène du crime est une scène de massacre collectif couverte de centaines de douilles d’armes automatiques. Aveuglés par la haine, les meurtriers tirent à feu roulant. Inlassablement, en tenant le coup du meurtre de masse.

Se recueillir

Apresle 13NOvembre2015 (9)

Manifestations solennelles, recueillement et minutes de silence confortent évidemment notre fraternité humaine, religieuse et citoyenne avec les victimes de la mort planifiée. Rites  de passage émotifs pour surpasser la souffrance et fabriquer le deuil : ces gestes collectifs ou individuels rappellent notre attachement aux valeurs de la vie qu’abominent les mercenaires des massacres collectifs. Mais cela suffit-il ? De couronnes mortuaires en discours politiques solennels sur l’unité nationale, de minutes de silence en indignation émotive, pouvons-nous continuer à assister hébétés à la guérilla urbaine qui monte en force et en intensité ? Pouvons-nous continuer à vivre protégés par des forces policières et militaires en renonçant à nos sociabilités tout en étant plongés dans l’effroi collectif, perceptible hier aux quatre coins de “Paris endeuillé” ? Sommes-nous condamnés à nous incliner  drame après drame sur les traces sanglantes et les dépouilles meurtries du massacre urbain ? Aujourd’hui, des civils décimés, demain peut-être des hôpitaux ou des écoles dans la ligne de mire du terrorisme urbain en ses ramifications transnationales.

Riposter

Le fondamentalisme islamiste est intolérable à l’instar des autres fondamentalismes. Comment riposter à la stratégie de l’effroi ? Certainement pas en revenant sur les vieux refrains culpabilisants et culturalistes de la tolérance, ni en procédant à des amalgames fratricides. Tout revient maintenant sur les politiques nationales de sécurité. Depuis soixante-douze heures, la demande sociale de sécurité est palpable, alors que les forces de l’ordre sont au taquet !

Le défi terroriste est terrible dans sa complexité, notamment pour mettre fin aussi à ses effets  parmi les milliers de femmes, d’enfants et d’hommes qui au Proche-Orient en paient le prix fort.

Nulle réponse simpliste n’est crédible, dont celle des populistes qui font feu de tout bois dans leur volonté de clôturer dans la peur xénophobe nos sociétés multiculturelles, de jouer la carte des divisions fratricides et de dénoncer le “laxisme de la justice”. Si rétorquer démocratiquement à l’hydre du mal reste la priorité politique et juridique sous l’État de droit, il est évident que les prochaines et inévitables répliques terroristes contribueront à renforcer l’autoritarisme et les solutions sécuritaires de l’endiguement policier.

Emplie de la gravité républicaine, l’allocution du lundi 16 novembre de François Hollande devant le Sénat réuni à Versailles frappe par son fléchissement  sécuritaire (évitable ?),  mis encore sous la houlette constitutionnelle de l’État de droit. La guerre juste menée par une large coalition sera-t-elle, in fine, l’arme inéluctable du retour à la sécurité intérieure ? Nul ne peut le prédire. 

Penser

Rétorquer démocratiquement à la stratégie de l’effroi terroriste devrait amener  à évaluer lucidement ce qui, depuis une génération au moins, exclut de la République une génération issue de l’émigration. La génération perdue de l’éducation nationale. La génération renvoyée à l’impasse miséreuse de la ghettoïsation socio-culturelle, de la prolétarisation galopante, du délit de faciès, de l’accumulation des haines identitaires, du chômage incessant et de la survie dans la petite et grande criminalité organisée. Une marginalisation où le radicalisme islamiste enracine, avec une grande détermination politique, son idéologie totalitaire en recrutant, de manière directe ou indirecte, des activistes et des tueurs capables de répandre l’épouvante du terrorisme de masse comme forme supposée de la vengeance historique post-coloniale. Un recrutement de tueur au prix du suicide terroriste dans la haine sociale de tout mode de vie incompatible avec le fondamentalisme. Entre effroi collectif de l’hyper criminalité terroriste  et culture sécuritaire dont les effets politiques sont encore invisibles, nous pourrions vite atteindre une  forme inédite de vulnérabilité démocratique.

“Ce n’est pas par des lois et des juridictions d’exception qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l’histoire a déjà tendu aux démocraties. Celles qui y ont cédé n’ont rien gagné en efficacité répressive, mais beaucoup perdu en termes de liberté et parfois d’honneur”. Robert Badinter (http://www.liberation.fr/societe/2015/01/07/).

Conférence de Robert Badinter (Rencontres internationales de Genève), 11 novembre 2015:https://mediaserver.unige.ch/fichiers/view/91605

 

 

 

 

 

 

 

 

Privatiser la sécurité

Dans la France absolutiste, des chaînes de forçats sillonnent la France entre les prisons, les galères de Marseille puis dès 1748 les bagnes métropolitains (Toulon, Brest, Rochefort, Lorient). Enfer mobile sur terre, la chaîne est un mouroir qui peut tuer 3 forçats sur 10. De 1792 et 1836, d’avril à octobre pour éviter la rigueur hivernale mais par tous les temps, deux à trois fois l’an, 59 chaînes (moyenne 371 hommes), transfèrent 21 919 bagnards, durant vingt ou trente-cinq jours de voyage diurne (18 à 40 kilomètres journaliers). Organisée par l’État, la chaîne est confiée à des entrepreneurs privés. Ils tirent de juteux profits de cette mission régalienne, notamment en baissant le coût de revient du transport des forçats valides.
En 1836, la chaîne est remplacée par les voitures hippomobiles puis bientôt les fourgons cellulaires qui mettent les détenus à l’abri des regards. Entre-temps, les entrepreneurs privés sont remplacés par des fonctionnaires étatiques du service de la justice ou de l’administration pénitentiaire (1). Le monopole pénal que l’État détient depuis le XVIe siècle est devenu incompatible avec la privatisation de la coercition judiciaire. Cette modernité pénale est la nôtre.

La chaîne du pénal

Dans le grand désarroi étatique qui aujourd’hui fragilise les plus démunis, le monopole pénal régalien est progressivement rogné par la privatisation de la coercition judiciaire et des missions d’ordre public. On ne compte plus les polices privées qui accaparent le marché sécuritaire notamment tout autour de lieux sensibles ou prestigieux comme les ambassades ou les aéroports, alors que la privatisation des prisons se généralise aux États-Unis mais aussi en France. A Genève, comme dans d’autres cantons, s’ajoute maintenant la privhttps://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f9/Renault_Midlum,_Administration_p%C3%A9nitentiaire_Paris,_septembre_2013_-_2.JPGatisation du convoyage des détenus que vise le Conseiller d’État chargé du département de la sécurité et de l’économie Monsieur Pierre Maudet.

Sourd à l’opposition parlementaire, judiciaire, politique et syndicale, le magistrat préfère la sécurité privée à celle qu’assurent les fonctionnaires assermentés de l’État. Des contraintes budgétaires motivent en outre ce recours à des agents externes à la fonction publique: il serait moins coûteux de privatiser la sécurité que de la garantir avec les  moyens publics !

Dès le 1er novembre, la société Securitas remplacera donc les policiers dans le convoyage des détenus au moyen des trois fourgons cellulaires qui lui seront bientôt cédés ou vendus. Pourtant, l’image publique de la justice ne peut-être qu’étatique : seuls des fonctionnaires assermentés doivent incarner tous les maillons de la chaîne du pénal.

Éthique du glaive

Il est aisé à un observateur sourcilleux  de remarquer que le convoyage privé semble renouer avec l’économie de la chaîne  de l’Ancien régime affermée à des entrepreneurs qui en tirent bénéfice.

Est-il vraiment souhaitable que le monopole de la violence de l’État pénal puisse ainsi générer le bénéfice économique  d’acteurs privés ? Certainement inhérent au marché de la sécurité et des missions régaliennes, le clientélisme politique est-il compatible avec l’impartialité de l’État pénal ? Punir est une fonction trop grave pour en dénaturer les fondements étatiques par idéologie sécuritaire et contrainte budgétaire. Déplorer la privatisation croissante des tâches régaliennes de sécurité et de justice est moins une “posture idéologique” qu’une mise en garde démocratique contre la généralisation de tels usages.

Question: comment colmater la brèche croissante de la privatisation de la sécurité publique ?

Dans certains contextes politiques et sociaux,  cette privatisation des tâches régaliennes de l’État ne peut être que liberticide. Au-delà du problème sectoriel des douze agents de sécurité privée qui assureront, bon an mal an, le convoyage des détenus entre les lieux de détentions et le palais de justice,  la privatisation des tâches régaliennes pose très largement le débat démocratique sur la nature institutionnelle et le fonctionnement de l’appareil judiciaire. L’http://media.begeek.fr/2011/03/robocop.jpgéthique pénale n’est pas compatible avec des intérêts privés. A moins de retourner vers l’Ancien régime des délits et des peines.

Aujourd’hui il est aisé de privatiser le convoyage des détenus. Demain, des compagnies commerciales offriront peut-être d’autres services judiciaires et policiers (arrestation, garde à vue, interrogatoire, etc.) dont le coût avantageux pourrait mener l’État à soumettre encore davantage sa souveraineté régalienne aux lois du marché. Que deviendront les libertés et les droits des justiciables dans la marchandisation générale et la  privatisation du glaive ? 

Attention, Robcop veille au grain sécuritaire !

(1) Sur la sécurité privée du transport des forçats ferrés sous l’Ancien régime, voir le beau livre de Sylvain Rappaport, La chaîne des forçats, Paris, Aubier, 2006.

Le monde à venir ?

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Sorti en 1936 dans le contexte mondial de la montée des périls noirs et rouges, Les Mondes futurs (Things to come), crépusculaire long-métrage du réalisateur américain William Cameron Menzies (1896-1957), s’inspire du roman quasi éponyme (1933)1 de H.G. Wells (1866-1946). Ce compagnon de route des socialistes anglais prône alors un « État-Monde » ou démocratie parlementaire universelle contre les nationalismes belliqueux. La Machine à explorer le temps (1895), L’île du Docteur Moreau (1896) L’Homme invisible (1897), La Guerre des mondes (1898) : de notoriété planétaire, devenus des classiques cinématographiques, les romans d’anticipation scientifique de Wells mêlent scepticisme sur l’exercice du pouvoir, philosophie du déclin et progrès scientifique propice au mal. D’un pessimisme radical comme le sera 1984 (1949) de George Orwell (1903-1950), Les Mondes futurs montrent l’avènement inexorable d’une humanité décimée par la guerre interminable et bientôt réduite à une Atlantide totalitaire qu’obsède la fuite en avant technologique contre les incertitudes morales et politiques du temps présent. L’autoritarisme résulte ici du désarroi collectif.

Désarroi collectif

Crise économique et mondialisation qui accélèrent la déprogrammation néo-libérale de l’État-providence, métastase terroriste, conflit militaire de grande envergure sur l’horizon du Proche-Orient, drame humanitaire de l’afflux toujours recommencé de réfugiés en Europe, politiques sécuritaires de surveillance globale contre les libertés pour la défense nationale, dérèglement climatique, massacre environnemental : face à de tels maux, notre désarroi collectif n’a rien à envier à l’imaginaire dystopique (utopie négative) des Mondes futurs de Wells.

Dans le monde à venir, comment encore accepter que trois sources d’enrichissement colossal à l’échelle planétaire résultent du trafic des armes (rang 1), de celui de la drogue (rang 2) et de celui des espèces animales en voie d’extinction (rang 3) ? Avec ses cultures de la mort, ce monde à venir sera-t-il celui de “l’horreur”, selon le colonel Kurz, ce mercenaire-individualiste des causes perdues qui agonise à la fin du film Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola ?

La futurologie n’est qu’une discipline spéculative, sans fondement, sinon celui de l’imaginaire uchronique. Or, ne serait-ce que pour entretenir l’espoir de nos enfants en une vie sinon meilleure du moins non dégradée matériellement et moralement par rapport à la nôtre, il faut  penser  le monde de demain pour infléchir celui d’aujourd’hui selon la ligne de mire de l’humanité.

Tel est l’enjeu politique du travail intellectuel. Ses bases : un système scolaire et universitaire ancré dans l’humanisme critique, des structures médiatiques libérées des contraintes financières, un État fort et ambitieux dans ses politiques culturelles qui ne suivent ni les lois du marché ni les carcans liberticides ou homicides de l’intégrisme confessionnel.

Responsabilité morale

Mais tel devrait être aussi la responsabilité morale des politiciens élus en ce qui concerne le monde à venir. Tel le Persan faussement naïf des Lettres persanes de Montesquieu (1721), un observateur impartial de la vie publique dirait que trop souvent ils nourrissent la montée du désarroi collectif. Notamment lorsqu’un discours issu de la vieille tradition sociale-démocrate de l’État régulateur des inégalités mime aujourd’hui celui du néo-libéralisme pour justifier l’austérité que les plus démunis paient au prix fort de leur vie fragile.

N’incarnent-ils pas ce désarroi général, celles et ceux qui, en Angleterre, en Espagne, en Grèce ou en France et demain ailleurs en Europe, plébiscitent avec espoir des formations politiques fidèles aux fondements et aux promesses égalitaires du socialisme historique ? Mais aussi ces électeurs apeurés, oublieux de l’histoire du XXe siècle, qui consacrent les partis d’extrême droite favorables à l’avènement autoritaire de la priorité nationale dans tous les secteurs de la société ?

On ne remontera pas dans le temps, sauf dans le roman de H.G. Wells, pour retrouver le meilleur des mondes possibles. Pourtant, face à celui qui vient, le travail intellectuel et politique est immense. Déconstruire les mythologies contemporaines les plus obscurantistes, les plus inégalitaires, les plus tournées vers les polarisations haineuses des différences socio-culturelles ou confessionnelles ou encore les plus hostiles à aux droits de l’Homme permettra partiellement, mais en partie seulement, de contrer l’avènement du pire des mondes possibles que prépare le désarroi collectif. Immense responsabilité morale face au monde à venir !

  1. The Shape of Things to Come

L’embellie de bourreaux

Ultime maillon de la chaîne punitive, le bourreau est une figure sociale vieille comme le monde. Son infamie flétrissait celles et ceux qu’il anéantissait dans l’éclat du supplice :  “La marque du crime est incrustée sur mon front, je suis moi-même un criminel condamné pour l’éternité” – P. Lagerkvist (1891-1974), Le Bourreau (1933), traduit du suédois (1952).

Or, les bourreaux ont heureusement disparu des 97 pays abolitionnistes pour tout crime de droit commun, politique et militaire (dont l’Union européenne avec la Suisse). Au contraire de ce progrès pénal qui doit s’universaliser, les exécuteurs sont régulièrement actifs, notamment dans 31 États aux U.S.A., ainsi qu’en Chine ou en Iran. Le bourreau a d’ailleurs particulièrement la cote en Arabie Saoudite, de même que dans les zones terrorisées par  Daesh comme l’ont montré en 2015 les  égorgements commis par des sbires déguisés en exécuteurs.

Dans le royaume pétrolier, le bourreau a le statut de “personnel religieux”. Son traitement est au bas de l’échelle salariale de la fonction publique. Cette année, l’administration saoudienne a recruté huit nouveaux exécuteurs. La monarchie absolue islamique prévoit-elle l’augmentation des mises à mort, des mutilations corporelles et des flagellations jusqu’au sang pour des condamnés à des peines moindres? Depuis janvier 2015, 110 personnes, au moins ont été pénalement tuées sur les places d’Arabie Saoudite. Forte augmentation par rapport aux deux dernières années: 78 exécutions en 2013, 87 en 2014 (AFP)1. Femmes, hommes, ressortissants nationaux et étrangers: le sabre du bourreau saoudien est égalitaire.

Les condamnés politiques risquent gros. Âgé de 21 ans, fils d’un opposant au régime, torturé pour aveux, condamné à mort pour un “délit politique”, soit manifestation tenue contre le régime à l’âge de 17 ans, le jeune opposant chiite Ali Mohammed Al-Nim serait sur le point d’être décapité. Son corps crucifié sera exposé jusqu’au “pourrissement” pour intimider les récalcitrants à l’ordre royal.

Le spectacle de la douleur

http://www.alterinfo.net/photo/art/default/5147123-7681656.jpg?v=1358845613

Le spectacle de la douleur saoudien est immuable. Il mêle archaïsme et modernité. Le rituel suppliciaire repose sur la décapitation publique au sabre par l’exécuteur vêtu blanc que protège un cordon armé. Le supplicié est à genoux, parfois étendu au sol, parfois les yeux bandés. Le crime pénal accompli, suit la levée du cadavre mutilé par une ambulance. Homicide, viol, vol à main armée, sorcellerie, adultère, sodomie, sabotage et apostasie: fourre-tout sécuritaire, arsenal du maintien de l’ordre public, le contentieux capital du royaume saoudien ressemble comme une goutte d’eau à celui qui avait cours dans la monarchie de droit divin en France sous l’Ancien régime. De François 1er à Louis XVI, le supplice de la roue ou de la pendaison visait à réactiver publiquement la souveraineté absolue du roi que blessait le crime d’un sujet.

Ancien Régime

En Arabie Saoudite, la similitude pénale avec l’Ancien Régime européen va jusqu’à l’exécution publique du supplice par décollation. Censée intimider les éventuels délinquants, une telle publicité n’est que l’instrument répressif pour forger la discipline sociale et remettre les esprits déviants dans le droit chemin de l’orthodoxie politique et religieuse. Dans la France de Louis XV, le 1er juillet 1766 à Abbeville, âgé de 21 ans,le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre est condamné à mort et exécuté pour impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominable. Il aurait blasphémé contre une procession religieuse et tailladé un crucifix. Torturé pour aveux, il est décapité publiquement. Son corps mutilé est jeté au bûcher.

Après Voltaire et Beccaria, au nom des droits de l’Homme, l’Europe éclairée a vomi l’atroce exécution du chevalier de la Barre, réhabilité en 1793.

Que dirons-nous devant le sort funeste du jeune opposant politique Ali Mohammed Al-Nim si Ryad en décide la décapitation publique puis la crucifixion d’infamie? Quelle légitimité expiatoire donne de facto Riyad aux bourreaux recrutés par l’ “État islamique”? Comment inciter les États rétentionnistes à abolir cette culture de la mort pénale qui légitime les violences les plus archaïques ? Comment arrêter l’embellie des bourreaux?

1 Croisement de diverses sources émanant d’ONG.