Y sont débiles ou c’est moi ?

“Pauvres de nous, rackettés à tous les étages. Nous disons encore merci à la Coop et à la Migros qui quadrillent la Suisse avec les marges les plus importantes d’Europe sur l’alimentation”.

Ce “post” sur Facebook a été “aimé” par une flopée d’internautes, partagé une vingtaine de fois et largement commenté, genre “en Suisse, la nourriture coûte presque le double qu’en France; quant aux loyers pratiqués, c’est véritablement un scandale”. Ou “revenant en Suisse tous les 3 mois, je suis sidérée par les prix chaque fois” ou encore: “et dire qu’on ose critiquer ceux qui font faire leurs courses en France voisine…”

Et Swissinfo enfonce le clou expliquant que: ” les consommateurs de Suisse continuent de payer les prix alimentaires les plus élevés d’Europe. Les hôtels et restaurants ne sont nulle part ailleurs plus chers. Dans l’ensemble, les prix demeurent supérieurs de 61% en Suisse comparé au niveau européen….Dans le secteur de l’habillement, les vêtements étaient 43% plus coûteux en Suisse comparé à la moyenne européenne

Et de nous apprendre que l’Albanie, la Macédoine et la Bulgarie sont quand même sacrément moins chers que la Suisse. J’ajouterai pour ma part que le taxi entre l’aéroport de Bangkok et le centre-ville (36 km) coûte 12 francs, qu’à Athènes, le kilo de côtelette d’agneau en coûte 2, qu’à Luang Prabang (Laos), un repas complet au resto m’a coûté 3 francs et qu’à Cusco (Pérou), j’ai payé mon T-shirt 2,50 francs.

Ilôt de cherté  ?

Vous voyez où je veux en venir ? Non ? Alors une question: quel est votre salaire mensuel ? Vous n’aimez pas parler de cela ? Ce n’est pas grave. Prenons, au hasard, une infirmière. La connaissance à laquelle j’ai posé la question a 34 ans, 8 ans de métier et gagne brut: 5.300 francs par mois, plus les primes (nuit, dimanches, etc.). C’est le triple de sa collègue française, qui gagne 1.600 euros (1.750 francs).

En Albanie, Macédoine et Bulgarie, le salaire sera de 350 francs par mois. Idem à Bangkok où après 10 ans de métier, une infirmière touchera l’équivalent de 380 francs par mois. Au Laos, ce sera un peu mois: environ 250 francs. Bien sûr, il faudrait – pour être plus précis – tenir compte des impôts, vacances, charges sociales, etc.

En clair, comparer l’incomparable ne rime à rien. Si, pour le même travail, je gagne trois fois plus en Suisse qu’en France ou en Allemagne, 15 fois plus qu’en Albanie et 20 fois plus qu’au Laos, n’est-il pas normal que le prix des choses soit aussi plus élevé en Suisse qu’ailleurs (ce qui permet de payer des loyers et des salaires plus élevés) ? Car malgré le fait qu’en Suisse, tout ou presque est plus cher qu’ailleurs, nous avons un des niveaux de vie les plus élevés du monde.

A tout prendre, je préfère payer mon kilo de bidoche 5 fois plus cher qu’en Albanie plutôt que d’aller m’y installer et voir mon salaire réduit de 90 % (au cas où je trouverais du travail…).

Donc, il me semble que ce n’est pas moi qui suis débile, mais si vous n’êtes pas d’accord, dites-le !

Michael Wyler

Michael Wyler

Heureux retraité, Michael Wyler est un ex. Ex avocat, ex directeur de feu le Groupe Swissair en Chine et ex dircom. Au passé comme au présent, journaliste, chroniqueur, père de Jonathan et Julie, dont il est fier, tout autant qu’il l’est de son épouse Cécile, hypnothérapeute, enseignante en hypnose et PNL, auteur et conférencière.

35 réponses à “Y sont débiles ou c’est moi ?

      1. Le proverbe est le suivant : tout ce qui est à dire n’est jamais mieux dit que quand il va sans dire.
        Cela dit, votre article reflète une position que nous connaissons bien (en tant que frontalier).
        Nos commerces en France tournent plein pot. Grâce aussi aux suisses 😌 .

        1. Vous semblez avoir plaisir à enfoncer le clou ! C’est sans doute ce qui rend les frontaliers si sympathiques aux yeux des Genevois 🙂

  1. Non rassurez-vous mais uniquement réaliste …

    On pourrait développer encore plus sur le sujet mais libre à chacun de le faire !!!

    Bonne journée

  2. Plutôt d’accord avec vous.
    Toutefois, là où je ne suis pas d’accord de payer plus ici qu’ailleurs, ce sont les marques étrangères qui imposent leur prix déjà multipliés par 1.5 voir 2, pour vendre en Suisse. Ensuite s’ajoutent des couts supplémentaires justifiés, comme transport, douane, etc.
    Donc, ce n’est pas le commerçant suisse qui prend une grande marge – nécessaire pour payer ses frais, de salaires dignes – mais la marque qui taxe les suisses.

    1. Transport et douane sont aussi des charges à l’étranger, puisque rien ou presque n’est plus fabriqué chez nous (ou chez eux). Que la Poste facture 30 CHF de frais de facturation pour CHF 6 de TVA (dissuadant dès lors tout achat privé à l’étranger en-dessous de CHF 200) n’a aucune justification, sauf celle du client (résident) captif, et un parlement plus attentif à certains qu’à d’autres. Je n’ai rien contre, si cela est nécessaire à la bonne marche des choses, il faut juste que cela soit dit afin d’être volontairement accepté

  3. Bonjour,

    Je ne partage pas votre avis pour les biens qui ne se subisse pas de transformation. Par exemple, un casque de moto est plus cher en suisse qu’en France qui applique pourtant une TVA à 20% au lieu de 10%. Quel est la valeur ajoutée de la vente en Suisse ? C’est vrai qu’un kilo de viande sera plus cher en Suisse car la partie “transformation” du produit implique des coûts plus important. (Salaire, norme, etc..)
    Le problème de la Suisse c’est les monopoles/duopoles des grands groupes qui impose leur prix. La difficulté des nouveaux entrants à pénétrer un marché.
    A l’inverse, une marque comme Apple joue le jeu en vendant moins cher en Suisse qu’en France. (Normal vu la difference de TVA)
    Je suis convaincu que la plupart des distributeurs profitent du fort pouvoir d’achat Suisse pour faire des grosses marges.

    Bonne journée !
    Philippe

    1. Vous avez (partiellement) raison Philippe et mon texte est un peu provocateur et… simpliste. Bien des marques étrangères vendent plus cher en Suisse, sachant que le marché le supporte. Et bien des marques suisses vendent plus aussi plus cher en Suisse qu’ailleurs…

  4. Je ne pense pas que les gens refusent de parler de l’envers de la médaille, en l’occurrence leur salaire effectivement relativement élevé. Qu’il soit supérieur en CH n’est un secret ou un déni pour personne.

    Les hauts salaires peuvent justifier des prix élevés, mais aucunement des marges élevées (p.ex: Migros et Coop, tel que mentionné dans le § d’introduction), les salaires étant à priori des charges. Dénoncer des marges élevées n’est aucunement déligitimé par des salaires élevés, les deux n’étant pas mathématiquement liés.

    Pour preuve que les prix élevés ne sont pas toujours justifiés par des salaires élevés, certains domaines sont parfaitement concurrentiels avec les pays européens, comme p.ex. le matériel informatique, quasiment moins cher chez nous, et ce malgré les salaires.

    La consultation médicale 5-6x plus chère qu’à côté, la pizza à CHF 25, soit 3-4x le prix italien semble bien tout ceci semble bien entré dans les moeurs et accepté…le vrai mystère c’est plutôt ça, étant donné que tout se sait.

    1. Merci Ioan. Les marges indiquées pour Coop et Migros sont des marges brutes et ces deux géants ont un duopole aujourd’hui battu en brèche par les Denner, Lidl, etc. Quant à la pizza à 3 fois le prix italien, cela me semble normal. Le personnel qui vous la prépare et vous la sert gagne au moins 3 fois plus que le pizzaiolo italien, non ?

      1. Oui. Dans le “big picture” il faudrait alors aussi inclure le coût du logement, qui annule passablement le pouvoir d’achat initial d’un salaire élevé. Le pizzaiolo suisse ne pourra pas acheter de logement en dessous de 700k, avec l’endettement (de facto quasi-éternel, spécificité de chez nous, finissant locataire auprès de la banque) qui va avec, ou avoir un loyer inférieur à 1500 CHF. Il faudrait une vrai étude ciblée sur des cas sélectionnés.
        Mais on vit bien en CH, malgré la Migros et la Coop (avec une préférence pour la 1ère me concernant 😉 )

  5. En attendant, et en lien direct avec cette thématique de la cherté, 75% du parlement F vient d’être renouvelé.

    Je me demande sincèrement comment la base corporatiste de la Suisse, clé de voûte de tous les prix surfaits, survivrait à un pareil renouvellement chez nous. A mon avis cela en stresserait plus d’un, un lobby (SIA, FMH, etc..) ayant à priori pas mal de peine à travailler chaque nouveau membre une assemblée renouvelée à 75%.

    1. Ah… vois me faites rêver ! Si seulement nos parlemntaires achetés ou vendus à la pharma, assurances, etc, pouvaient disparaître d’un petit coup de baguette magique…

      1. C’est histoire de prix et surtout de marge est vraiment intéressante: qui est habilité à se mettre les marges dans la poche? Est-ce uniquement pour payer les salaires? Non évidement, il y a l’immobilier et bien d’autres choses comme une foultitude de secteurs économiques cartellisés. D’autre part, bien des secteurs économiques suisses restent compétitifs au niveau international malgré les salaires élevés. Non, vraiment, votre justification est un peu courte. Et à vrai dire, l’absence de concurrence réelle qui bien souvent est à l’origine de ces prix élevés fait peser un poids sur toute l’économie en diminuant la compétitivité des secteurs soumis à la concurrence. Il y a là une inquiétante fragilisation. Vous semblez ne pas avoir été trop affecté par la précarité industrielle. Dommage.

        1. Merci Tanné pour ce regard intéressant et qui est bien utile au débat. Vous avez raison de dire que ma “justification est un peu courte”. Elle l’est. Mais comme vous le savez sans doute, plus un texte est long, moins il est lu et donc, quitte à être incomplet et provoquant, il ´ance une discussion. Bien sûr que dans bien des domaines, la concurrence réelle est illusoire. N’empêche, malgré un euro qui a passé de 1.60 à 1.08, nombre de nos industries ont trouvé moyen de résister. L’adversité est parfois source de créativité, non ?

  6. Bravo et merci pour cet excellent “post de blog” (aïe!, mon français, où vas-tu te nicher depuis peu..).

    Le monopole (auquel il est fait par ailleurs fait allusion dans un commentaire ci-dessus) qui m’irrite le plus en Suisse est celui de la Poste. Sensée être un service public (et créée comme telle à l’origine), elle est devenue une entreprise qui court après les marges bénéficiaires. Pour rémunérer qui, je vous le demande?

    Un exemple que j’ai entre les mains, et qui me déconcerte:
    Pour un achat effectué sur Internet, la valeur de l’objet étant de 120 euros, auxquels se sont ajoutés 35 euros de frais de port (partagés j’imagine entre les postes suisses et françaises dans un accord de réciprocité), j’ai été taxé par la Poste sur une valeur de CHF 171.25, pour la TVA sur une valeur de CHF 205, ce qui au final fait un montant total de frais de CH 51.10, soit environ la moitié de la valeur de l’objet.

    N”est-ce pas une forme d’impôt confiscatoire cautionnée par nos lois?

    1. Merci pour ce commentaire et surtout, merci de mettre le doigt sur un abus de situation monopolistique de ce monstre jaune qu’est la Poste. Les frais qu’ils perçoivent, que ce soit
      dans le cas que vous évoquez, pour retenir le courrier et autres services est tout simplement honteux et, comme les bénéfices vont à la Confédération, il s’agit d’un impôt, non ?

      1. Merci de votre prompte réponse, qui suscite en moi une nouvelle question: les dirigeants du “monstre jaune” perçoivent-ils des bonus, comme j’ai appris récemment que c’était le cas pour les dirigeants des CFF (alors que leurs trains n’ont jamais accumulé autant de retards et de défaillances que ces derniers mois..)

    2. Je me suis posé les mm questions, et ai dû me résigner à admettre que la société suisse est dans sa majorité désireuse de ces aspects. Il y a comme un patriotisme diffus qui protège ces abus, avec en filigrane l’idée que ces derniers participeraient d’un modèle globalement plus performant que chez le voisin.
      Il en est de même avec le coût de la médecine ambulatoire; on ne trouvera jamais une majorité pour trouver scandaleuse une facturation du simple au triple, voire quadruple, pour un même scan (exemple) entre un côté et l’autre de la frontière.
      Ces questions se heurent à une sorte d’ego national, dès que l’échantillon est suffisamment grand et endogène.

      1. PS..tout comme on ne trouvera jamais une majorité pour condamner le fait qu’il soit interdit, sous peine explicite de non-remboursement, de choisir le scan au tiers ou quartdu prix, mais de l’autre côté de la frontière. Ces questions s’extraient de la logique comptable; soulever le problème en soi est n’est globalement pas accepté, ni en public, ni en privé.

  7. OK, nos salaires sont plus élevés, mais nos factures aussi. Est-ce qu’en France voisine le loyer d’un HLM de 3 pièces coûte aussi 2000 € à son occupant, alors qu’il coûte ce prix en Suisse ? Idem pour les assurances maladies. Est-ce qu’il est normal qu’un tube de crème pour la douleur coûte 11 € en Italie alors que le même coûte 42 Chf en Suisse et que le fabricant est Novartis ? Est-ce qu’il est normal que l’on veuille nous empêcher d’acheter surtout de la nourriture de base en zone frontalière alors que les 80 000 frontaliers payés à Genève n’achètent rien dans notre pays ? Il ne faut pas oublier que la clientèle des magasins frontaliers est en majorité composée de résidents suisses ayant de grosses difficultés à joindre les 2 bouts. En voulant limiter les achats à 50 CHF, ces familles vont vraiment souffrir. Ces familles ne peuvent déjà pas se faire soigner correctement ou aller chez le dentiste. Les habitants de Genève aux salaires élevés achètent en Suisse.

    1. merci pour ce témoignage. Nous avons le choix d’agir en consommateurs – et donc de rechercher le meilleur prix – ou comme citoyens, sachant que toute action a des conséquences. Acheter en France ou en Italie, certes. Mais il nous faut aussi être conscients que ce faisant, nous affaiblissons aussi nos entreprises. Je suis conscient de très nombreux abus, notamment dans la pharma, mais pas uniquement. Et donc, vos remarques sont tout à gait pertinentes.

    2. Le tube Novartis coûte 42 CHF en CH contre 11 € en Italie pour la simple et bonne raison que la loi le permet, en réalité le promeut, via le non-remboursement par l’assurance maladie du tube à 11 Eur.
      Assurance maladie dont le réglement est fixé par une loi, qui ne relève en rien du hasard.

      On ne trouvera aucune majorité au parlement fédéral pour que ceci cesse. Ni à gauche, ni à droite, ni nulle part.

      Dès lors, la Suisse étant une des démocraties les plus parfaites, on peut se dire que c’est “normal”, de par la volonté d’une majorité de la population, représentée par son parlement. Je ne sais pas si cette volonté est mûrement réfléchie, mais il est clair que les choses sont ainsi de façon acceptée par une majorité (dont je ne fais pas partie pour cet aspect précis).

  8. Bonjour article intéressant et suis du même avis ?
    La comparaison se fait toujours sur ce qui est moins chère, par contre jamais sur le prix des téléphones, téléviseurs, voitures, etc…qui coûtent presque le même prix qu’en Suisse et la avec les salaires dérisoires c’est dans leurs rêves que nos voisins se les offres…
    Un bon indice pour comparer c’est l’indice Big Mac, des étudiants ont calculé le temps de travail nécessaire pour en acheter un à travers le monde (faire une recherche sous Google)
    Merci encore

    1. Mais non. Il est évident que pas mal de choses sont moins chères chez nous, telles celles que vous soulevez. C’est la preuve que c’est possible; quand il y a concurrence, en CH on y arrive. Ce sont les niches de monopole ou légales (assurance maladie) qui alimentent les abus.

  9. Tout d’abord, le franc suisse n’a jamais cessé de monter par rapport au autre monnaie depuis au moins 50 ans. C’est étrange que beaucoup semblent le découvrir seulement maintenant. Mais réellement, la durée de vie des PME soumises à la concurrence internationale n’est pas fameuse. Il est rare que leur fondateur arrive à les remettre sans qu’elles n’entrent dans des perturbation dévastatrices.
    La capacité de s’adapter est valable dans le sens positif comme dans le sens négatif. Par exemple, si le financement des routes n’était pas si aisé, on peut parier que chaque village n’aurait pas son tunnel le long de la Transjurane et tant pis cela fait un peu moins d’herbe à brouter.
    Par ailleurs, les entreprises bénéficient d’une grande facilité pour s’adapter à la conjoncture par des licenciements. Cependant, le recourt répété et massif à ce moyen est la meilleure façon de faire perdre toute dynamique et toute valeur à une entreprise. Malheureusement, les banquiers et les managers débarqués ont beaucoup de peine à comprendre cela. Mauvaise adaptation… Heureusement, lorsque l’entreprise n’intéresse plus les investisseurs, elle est généralement laissée à ses cadres qui bon an mal an parviennent généralement à la maintenir. Reste les problèmes sociaux que cela pose pour les plus âgés qui se voient en plus éjectés des caisses de pension. Là encore, le modèle Suisse est mis à mal car incompatible avec la fin du plein emploi.

  10. BRAVISSIMO. C’est exactement ça. Décontracté et d’une voix douce, je sers ce raisonnement depuis de nombreuses années. Et, soudain, les regards fuient et le silence s’installe. Je choisis ce moment pour ouvrir une bouteille de Cornalin, parce qu’on ne le trouve pas ailleurs qu’ici!

  11. Le vrai scandale, ce ne sont pas les prix rapportés à nos niveaux de salaires, ce sont les marges que se font les distributeurs en achetant à bas prix à l’étranger et en revendant au prix suisse, et en exigeant de nos fournisseurs et producteurs suisses des prix alignés sur l’étranger ! 😡

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